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Impossible Planète – Episode 19

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Alors je vous préviens tout de suite, c’est beaucoup moins spectaculaire que vous pourriez le croire, et j’en suis tout à fait désolé. Tout comme je suis désolé de ne pas avoir d’informations concrètes à vous fournir sur l’après-vie. D’une, parce que si j’avais pu recueillir la moindre information, j’aurais sans doute trop été sous le choc pour réaliser que je pouvais en effet le faire, et de deux parce que je ne suis pas resté mort assez longtemps pour vraiment savoir de toute manière. Mais attention, hein, je vous ai pas menti ni exagéré ! Je suis effectivement techniquement mort, mais seulement le temps de 2,388 secondes, selon les instruments de mesures de mon scaphandre, reliés au vaisseau.
C’était Andro le plus proche de moi, à ce moment-là, prêt à s’engouffrer dans l’ouverture à ma suite à la moindre alerte, et heureusement, parce qu’il était le plus à même de livrer un témoignage précis. D’après lui, j’ai été soudainement figé sur place, au moment d’un contact aussi discret que fugace avec un voile évanescent dans l’encadrement de la porte, comme une vibration de l’air, à peine un reflet, que seul son œil mécanique a su voir. Et puis comme ça, j’ai été vaporisé ; pouf. Je n’ai pas disparu à proprement parler, selon lui ; c’était comme si mon corps tout entier s’était dispersé en fumée, sans pour autant perdre sa cohérence d’ensemble, décomposé en la somme éclatée de toutes ses parties, en gardant le plan général histoire de faciliter le remontage.
De mon côté, aucun choc, aucune douleur, aucune sensation, d’ailleurs. Juste un voile noir qui m’est tombé dessus, comme ça. Et puis mes yeux qui se rouvrent, comme en me réveillant d’un long mais profond sommeil, débout. Dans la position exacte, dans le même mouvement, la même inertie, qu’au moment de ma mort.
Je me suis interrompu immédiatement, en titubant comme si j’étais bourré. J’ai pas pris longtemps à réaliser la réalité de la situation, même si j’avais un mal fou à y croire. Il le fallait bien.
J’étais ailleurs. À poil. C’est important de le préciser je pense.
Ailleurs. Complètement à poil.
Vous voyez où je vais avec ça hein ?
Oui ! Téléportation, bordel, l’Arlésienne de la Science-Fiction depuis je-ne-sais-combien de siècles, je l’ai vécue ! Et attendez, c’est même pas le plus dingue ! Mon scaphandre était venu avec moi ! En parfait état, pas une pièce qui manquait, posé juste à côté de moi, simplement ôté de mon auguste personne, sans la moindre conséquence notable pendant le transfert, comme ça. Même mes vêtements étaient encore à l’intérieur, et mon équipement aussi était là ! Une paille. J’ai pas beaucoup réfléchi, sur le coup, ma pudeur a pris le dessus, bien aidée par la panique à l’idée de potentiellement respirer des trucs pas propres, même si sentir l’air remplir mes poumons était hyper agréable et que la température ambiante était absolument parfaite. Je me suis précipité pour me rhabiller avant toute autre considération. Sans compter que j’avais besoin de savoir si je pouvais encore communiquer avec le reste de l’équipage.
Et à peine j’avais renfilé mon scaphandre et activé ses systèmes que j’étais pris d’assaut par les paroles fiévreuses du reste de l’équipage qui essayaient tout à la fois de s’assurer que j’étais encore parmi eux et de comprendre ce qui avait bien pu se passer. Il faut bien dire que c’était encore plus n’importe quoi de leur point de vue que du mien. J’avais disparu de leur vue et des instruments de mesure du vaisseau pendant une trentaine de secondes, et je revenais comme une fleur, presque comme si de rien n’était.
Je vous passe les retrouvailles émues, l’occasion de vérifier encore une fois que certains gros durs ne le sont pas tant que ça. Vous devrez juste me croire sur parole.
Mais on est pas du genre à perdre le nord ; et après tout, c’était pas la première fois qu’on croyait perdre l’un·e d’entre nous, l’essentiel, c’était le boulot, rien que le boulot. On s’est très vite remis. Il fallait qu’on détermine où j’avais atterri, s’il était possible pour les collègues de me rejoindre ou pour moi de les rejoindre ; mais surtout ce qu’il était le plus sage de faire.
La bonne nouvelle, c’est que pour une IA du calibre d’Achille, c’était facile de faire le point sur ma position, puisque nos instruments s’étaient reconnectés sans anicroche. C’est beau la technologie, quand ça fonctionne. Mais faut être honnête, il y a eu un long moment de flottement avant qu’on fasse vraiment quelque chose. Fallait qu’on laisse l’adrénaline redescendre en parlant un peu pour ne rien dire, histoire de se reprendre tranquillement. Mon scaphandre indiquait aussi un rythme cardiaque élevé, d’ailleurs, sans doute du à ma petite attaque de panique en découvrant que j’étais tout seul et tout nu. En dehors de ça, j’étais dans la même forme qu’avant ma mort, aucune trace d’un quelconque pathogène dans mon système, pour ce que nos mesures habituelles pouvaient détecter. On pouvait pas vraiment savoir, alors on s’en est pas préoccupé.
Larsen a pas pu s’empêcher de réfléchir à haute voix sur quelques hypothèses rendant possible ce qui était censé être l’aberration, l’impossibilité scientifique de la téléportation. On aurait dit un gamin qui listait tous ses jeux préférés. Sans lien logique, frénétique, quasiment incohérent. Y en a une qui m’a convaincu et que j’ai retenue, ceci étant dit, c’était l’idée d’un clonage parfait, avec destruction du modèle originel au moment du « transfert ». Parce que malgré son côté glauque et ses terribles implications éthiques, bah je la trouvais sexy, cette hypothèse. Chacun son truc hein. C’est pas bien de juger, je vous vois.
Mais je l’écoutais qu’à moitié, pour être honnête, à ce moment là, il est tout à fait possible que j’ai raté des données. Parce qu’une fois réglé le problème de mon attentat involontaire à la pudeur, j’ai du me concentrer sur ce qui était important. À savoir me rendre compte que j’avais complètement changé d’environnement. Donc pendant que tout le monde parlait, je devais faire l’inventaire des nouveautés à portée de regard et me préparer à en rendre compte clairement. Et autant dire qu’il y en avait un joli paquet, et que ça allait pas être simple.
Franchement, en vrai, c’était le bordel. D’un côté on avait Larsen qui essayait de comprendre ce qui s’était passé, moi qui essayait de gérer ma panique de mon côté sans rater un seul élément potentiellement utile, Achille qui essayait tant bien que mal de trianguler ma position tout en essayant de récupérer le feed vidéo de mon scaphandre qui semblait être brouillé, et Cap’ qui devait essayer de concilier tout ça sans péter un plomb. Elle a pas réussi.
Elle a poussé une de ces bonnes gueulantes froides dont elle a le secret. Elle n’a pas haussé la voix. Non, au contraire, elle a rien dit. Mais Cap’, elle a de ses silences qui parlent, qui projettent la tension de son corps entier dans les vides entre les mots des autres, voyez ? Ces silences de profs, qu’on remarque trop lentement pour notre propre bien, ces hérauts discrets d’une apocalypse singulière. Putain ce que je parle bien quand je m’y mets.
Bref, elle a plus rien dit, tout le monde l’a entendu, alors tout le monde a gentiment fermé sa mouille, et elle nous a tapé un p’tit speech bien monocorde qui nous a fait l’effet d’une douche glacée. Ce qui a bien calmé tout l’équipage et nous a remis bien droit sur les bons rails. Elle est balaise, Cap’, vraiment, ça vaut le coup de le répéter. Meilleure capitaine que j’ai jamais croisée. Elle mérite mieux que nous, sans déconner.
On s’est recentré, encore une fois ; cette foutue planète nous mettait dans tous nos états, c’était pas possible. On a rétabli nos priorités, il était plus que temps.
Au revoir les Drogos, on devait se retrouver. Et pour ça, on devait d’abord déterminer où j’étais, pour savoir si les autres avaient plus intérêt à continuer leur exploration sur leur chemin vers moi, ou si la meilleure solution était de prendre le même portail de téléportation que moi. Donc, avant toute chose, on a laissé notre sort entre les mimines virtuelles d’Achille.
Pour ce qui était du feed vidéo, c’était mort, il voyait pas de solution. Pas un brouillage artificiel selon lui, juste un problème de distance et d’obstacles physiques trop imposants. Ce qui appuyait l’hypothèse que je m’étais faite très tôt, à savoir que j’étais sous terre. Et oui, pardon, j’ai raconté tout ça complètement dans le désordre ; il faut dire que c’était quand même salement confus, à ma décharge.
J’avais atterri dans une espèce de long, large et haut couloir, en essayant de ramener ses proportions à l’échelle qu’on avait pu constater jusque là pour en déterminer la nature. Ç’aurait tout à fait pu être un hangar ou un entrepôt classique, sinon. Mais pas de sable ou de métal monotone ici, juste ce qui ressemblait à du triste béton. En plus lisse et propre que notre béton à nous, évidemment, parce que les propriétaires du coin, de toute évidence, ne se refaisaient pas. Et puis rien. Tout l’espace était absolument vide, en tout cas depuis là où j’étais, à savoir un point un peu aléatoire, pas au milieu, pas dans un coin, juste… quelque part dedans. Tout ce que je voyais, c’était, vaguement, quelques portes, disséminées le long des murs, de façon à peu près régulière.
Et à priori, pas de portail de téléportation à proximité de moi, même si, en discutant vite fait avec Andro pendant quelques secondes avant que Cap’ nous rappelle à l’ordre, j’avais déjà compris qu’avec mes pauvres yeux d’humain normal, je pouvais pas vraiment espérer en repérer un même s’il était posé sous mon nez. Donc, une première conclusion facile, il n’était pas question que l’équipage me rejoigne avec le portail, tout simplement parce qu’on avait pas encore la moindre certitude de pouvoir ressortir facilement de l’endroit où j’étais arrivé. Il allait falloir que je sois patient.
Très patient, en tout état de cause, puisque Achille a finalement réussi à repérer la position de ma petite prison personnelle temporaire. Une bagatelle de 32 kilomètres en direction de la Tour à partir de mon point de départ. Il allait falloir que je sois très patient. Heureusement que nos équipements radio était de si bonne qualité, sinon j’aurais pas donné cher de ma santé mentale, absolument tout seul et sans repères, même avec mes vêtements, mon matos et mon scaphandre.
Là dessus, petit coup de théâtre, quand Andro a voulu regarder avec plus d’attention à travers la porte, et donc à travers le portail, histoire de récupérer de potentielles infos supplémentaires. Plus de miroitement de l’air à signaler. N’écoutant que son instinct d’imbécile – il a aussi un instinct de mec intelligent mais il s’en sert moins – il a passé la main à travers la porte pour se rendre compte qu’effectivement, il n’y avait plus de portail. Juste un chambranle tout ce qu’il y a de plus normal.
Et derrière la porte, deux Drogos, un de chaque côté, inertes, au sol. Hypothèse immédiate de Larsen, à laquelle nous avons tou·te·s logiquement souscrit : j’avais été piégé par les deux saloperies qui avait crée un portail en se planquant derrière la porte, pompant au passage toute leur énergie. Forcément, puisque ces bestioles ne faisaient pas le moindre bruit et qu’on ne voyait rien à l’intérieur, on s’était fait – oui, bon, je m’étais fait – avoir par un des plus vieux coups du monde. À la sauce extragalactique technologiquement supérieure, certes, mais un vieux coup tout de même. Ça vous fait remettre des choses en perspective, ça c’est sûr.

Mais pardon, je m’égare encore. Faut dire qu’à partir de là, j’ai plus grand chose à raconter de passionnant pendant un certain temps, forcément. Puisque mon boulot, c’était de pas bouger en attendant que les autres me retrouvent, puis qu’on avise à ce moment là en fonction du temps pris à me retrouver et des potentielles découvertes qu’iels feraient sur le chemin.
Alors ça va, j’avais de quoi m’occuper, du moins me distraire, en dehors des discussions qu’on pouvait avoir par radio, j’avais des rations et de l’eau dans mon sac pour tenir quelques jours dans le pire des cas, j’étais serein quant à mes chances de survie, même pour ce qui était de mon confort ; le scaphandre était équipé d’une sorte de matelas gonflable automatique intégré dans le dos. À terme, moi, je vise une publication et une adaptation cinéma de toute cette histoire (oui, sinon, je me ferais pas chier à la raconter hein), et franchement je serais ravi de faire leur pub. Super produit.
Mais bref, bordel, faut que je me concentre un peu moi, ça devient n’importe quoi.
Ouais, du coup, pendant plusieurs très longues heures, bah j’attendais quoi. C’tait chiant.
Or, moi, j’suis pas très doué pour les trucs chiants. D’autant plus que les autres avaient pas grand chose à me dire, je sentais bien qu’iels essayaient de m’inclure dans la conversation, de me décrire les endroits par où iels passaient. C’était adorable, dans l’intention, mais en vrai ça me brisait les noix d’une force…
Alors j’ai été con. Je l’admets bien volontiers. J’ai craqué. Comme cela arrive aux meilleur·e·s d’entre nous. Sauf à Cap’, mais elle triche sans doute. Parce que je savais très bien que je finirais par craquer bien avant qu’iels me retrouvent de toute manière, alors autant gagner du temps, pour iels comme pour moi.
À un moment, alors que Burrito me faisait un cours magistral d’un ennui admirable sur les différences qu’il pouvait dénoter entre les différentes architectures entre les quartiers qu’iels traversaient ; je me suis levé, et je suis allé ouvrir une porte.
Et bah vous m’croyez, vous m’croyez pas, je suis re-mort, dites donc.

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