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Eurydice Déchaînée, Melchior Ascaride

Tear of the GoddessPentakill (extrait de l’album II : Grasp of The Undying)

J’ai déjà eu ici l’occasion de dire tout le bien que je pensais du travail de Melchior Ascaride en tant qu’illustrateur (de grand talent), tout comme j’ai pris plaisir à dire tout le bien que je pensais notamment de ses contributions à la Bibliothèque Dessinée, petite merveille éditoriale des Moutons Electriques. Alors forcément, quand j’ai appris qu’il allait nous gratifier d’un ouvrage où j’allais découvrir son talent d’écrivain, je n’ai pas caché mon enthousiasme ; il fallait bien dire qu’à mes yeux, si le ramage se rapportait au moins un peu au plumage, j’allais me régaler.
Cette chronique est bien entendu l’occasion du verdict sur cette question épineuse ; Melchior Ascaride est-il aussi talentueux à l’écrit qu’à l’illustration ?
Oui.

Ambitieux, en plus, le bougre. Parce que non content de nous gratifier de ses toujours superbes illustrations, il les lie avec un talentueux et sublime travail de maquette intérieure ; ce qui n’a plus rien d’étonnant, à ce stade, mais fait toujours plaisir. Comme pour tous les opus de la Bibliothèque Dessinée que j’ai pu lire jusque là, ces ajouts ne sont pas de simples suppléments, ce sont des compléments, qui ajoutent des éléments supplémentaires utiles et nécessaires à la compréhension globale de l’ouvrage. Comme toujours, on se surprend à tourner le bouquin dans tous les sens pour suivre les méandres de sa narration, prêtant attention à tous les détails qui parfois racontent ce qui n’est pas dit ou font mieux comprendre ce dont il est réellement question. Et c’est un kiff total de voir ainsi liés l’utile et l’agréable.

Ambitieux aussi parce qu’il s’agit ici d’une déconstruction méthodique, maline mais surtout furieuse d’un fameux mythe grec et de sa cosmogonie générale, s’appuyant sur leur dimension prescriptrice malsaine pour mieux en tirer les enseignements d’un temps révolu par un procédé assez simple mais diablement efficace : donner la parole à celles qui en ont trop longtemps été privées. C’est en soi tout bête, mais axer toute la réécriture d’un récit ancien sur ce qu’il peut avoir aujourd’hui d’insupportable dès qu’on en examine les détails internes, c’est terriblement évocateur. Melchior Ascaride part de concepts connus et reconnus et se contente de changer le prisme devant nos yeux pour faire surgir une nouvelle métaphore, autrement plus moderne et significatrice.

Mais que ce sobre constat de ma part ne vous laisse pas préjuger d’une lecture simpliste, au contraire. Toute la beauté de cette novella, c’est bien de donner à lire une métaphore fouillée et érudite qui pousse à réfléchir au delà d’une évidence frappant d’autant plus fort qu’elle s’inscrit dans les circonstances que l’on connaît. Par le jeu de codage érudit des enjeux au fil du parcours d’une Eurydice vengeresse mais introspective, il me semble que Melchior Ascaride tient un discours conscient de la complexité nécessaire qu’implique le changement, dépouillé de considérations purement personnelles ou individuelles. Si ce récit se concentre sur Eurydice, ses griefs et ses souffrances, il a l’intelligence de les inscrire dans des schémas plus généraux ou collectifs, faisant appel à des notions vitales lorsqu’il s’agit des problèmes qu’il soulève en filigrane.

En bref, encore un petit bijou de la collection de la Bibliothèque Dessinée. Si l’honnêteté me commande – tout de même – de déplorer quelques passages un peu verbeux et quelques petites longueurs, l’ensemble est assez proche de la perfection à mes yeux, avec une plume précise et stylisée qui se prête parfaitement bien à l’ambiance mythologique modernisée ; merveilleusement soutenue par l’ajout graphique. J’aime profondément les textes sachant mélanger leurs influences et leurs intentions pour faire dire à ce qui a pu exister auparavant des choses qui étaient là mais n’ont jamais été vraiment exprimées ; c’est précisément le cas ici. Il ne s’agit pas de tordre de vieilles légendes pour leur faire dire des choses qui n’y seraient pas, il s’agit de les lire autrement sans les dénaturer, d’en extraire un propos complémentaire qui nuance notre regard dessus.
Voilà. C’était très très bien quoi.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

6 comments on “Eurydice Déchaînée, Melchior Ascaride

  1. Yuyine dit :

    Oh bordel que ça donne envie! Je me demandais ce que ça valait mais je suis complètement convaincue!

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Tu m’en vois absolument ravi, merci !
      J’espère que tu ne seras pas déçue, du coup. =)

      J'aime

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