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Fragments – 10

Crédits : @avantigwen

Méchas du Littoral : 4

[…]

Forcément, qu’il hésitait.
Il avait embarqué sur sa mob comme il se serait choisi un steak-frites au self ; sans vraiment réfléchir, presque mécaniquement, parce que ça lui semblait la chose à faire, sur le moment. Ce dont il avait envie, plutôt, ce que son corps réclamait. Et c’est bien pour ça qu’il s’était arrêté, comme le con qu’il était, en plein milieu de la route, sans même avoir regardé derrière lui s’il prenait le moindre risque.
Parce que parfois, le cerveau retient nos mouvements, le temps d’évaluer la situation au mieux. Oui, tu as envie d’un steak-frites, comme tu en as eu envie la veille, et les jours d’avant encore. Mais tu sais, inconsciemment, que l’envie et le besoin, c’est pas exactement la même chose. Ce dont tu as besoin, ce serait plutôt les lasagnes aux épinards frais et au chèvre avec trop d’épinards dedans, au moins une fois de temps en temps ; t’entendrais presque tes parents te le dire avec un sourire résigné. Savent bien que tu vas reprendre ton steak-frites, avec un max de ketchup, en plus, mais iels feraient pas leur boulot correctement si iels n’essayaient pas au moins un peu.
Il se secoua la tête, histoire de lier son corps à l’effort de son esprit de penser à autre chose qu’une médiocre métaphore alimentaire. Ce dont il avait vraiment envie, ce n’était pas de manger. Il avait pris un petit-déjeuner très copieux précisément pour ne pas avoir faim dans les heures à venir. S’il était là, c’était bien parce que sa véritable envie était trop forte pour qu’il l’ignore.
C’était pas la première fois qu’il arrivait jusque là. Il s’était peut-être déjà arrêté une dizaine de fois, juste ici, pour avoir le même débat intérieur, encore et encore ; pour entendre sa mère ou son père, avec toujours ce même ton compassionnel à la con. Il les entendait autant qu’il se disait lui-même que sa colère ne lui apporterait rien de bon, et qu’elle ne valait pas qu’il sacrifie son avenir. Ce genre de clichés d’autant plus agaçants qu’ils contenaient une part indéniable de vérité. Il aurait beau répondre qu’il n’avait pas d’avenir de toute façon, il se voyait mal tenir ce genre de discours en prison militaire. Ou pire.
Mais voilà, c’était le genre de pensées qu’il n’avait qu’en regardant ses pieds, ses yeux tournés en lui-même, égoïstement. Dès qu’il levait sa tête, qu’il se tenait droit, qu’il se tournait tout entier vers ce putain de Mécha géant, toutes ses considérations disparaissaient. Il ne restait plus que la colère, et une haine brûlante, qui le consumaient de l’intérieur et lui donnaient l’impression de pouvoir cracher des flammes de rage.
Une insulte, voilà ce qu’il était, ce machin métallique. Tout le monde savait qu’avec cette taille, il était incapable de se mouvoir efficacement, que ce n’était qu’un monument inerte, rien de plus qu’un symbole, une menace en l’air. Mais il y avait toujours ce putain de doute, cette crainte que malgré tout ce qu’on pensait savoir, on se trompe. Ils tenaient la région par la peur, ces salopards, sans avoir à proférer ouvertement la moindre menace. C’était d’autant plus dégueulasse que c’était sournois et arrogant. Et que ça fonctionnait.
Mais pas pour longtemps.
Aujourd’hui, c’était la bonne. Il n’avait plus peur. Du moins sa peur était écrasée par tant d’autres sentiments contradictoires qu’il était sans doute trop perturbé et confus pour suffisamment la ressentir. Par dessus tout, il sentait monter un truc de son ventre, de ses tripes, qui fondait ses envies et ses besoins ensemble, le faisait se tendre tout entier vers un seul objectif qui saurait satisfaire à l’ensemble.
Il sentait son matos dans son dos, bien calé, rangé, de façon à lui éviter la moindre mauvaise surprise, et à lui garantir une vitesse d’exécution optimale. Ouais, il était prêt, enfin. Toutes ces hésitations, ces doutes, ces demis-tours où il pleurait de honte, c’était pour le préparer.
C’était pour aujourd’hui.
Il redémarra avec un coup de pied rageur et une détermination renouvelée.

[…]

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