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Fragments – 11

Bureau d’Insertion et de Contrôle : 1

[…]

Il parcourut le document des yeux avec un air de concentration sur le visage, mais sans réelle conviction. Il s’était fait une idée de la situation dès que son interlocutrice avait péniblement passé la porte, butant dans le chambranle, tellement nerveuse qu’elle arrivait à peine à marcher droit. Les premières fois étaient sans doute celles qu’il détestait le plus ; c’étaient celles où il fallait être intransigeant, presque cruel, pour établir un premier tri.
Fred n’était pas un méchant. Au contraire, même, il se mettait plus souvent en porte-à-faux vis-à-vis de sa hiérarchie qu’autre chose à force d’altruisme, mais pour pouvoir aider les gens dont il avait la charge, il devait d’abord établir une réelle complicité avec iels. Ce genre de choses prenait du temps. Il ne pouvait pas juste leur pointer du doigt les failles du système sans s’assurer d’abord que leurs exploitations ne le ferait pas virer : c’était une science exacte et difficile, l’Administration française. Surtout quand il s’agissait des Autres, parce qu’on rajoutait de l’opaque sur le kafkaïen. Ou l’inverse, peut-être.
Il releva les yeux avec l’air compassé n°3, option moue triste, avant de se rappeler que ça ne lui servirait à rien dans le cas présent et opta pour le soupir n°2 à la place, mais pas trop fort.

« J’ai oublié des trucs ? C’est ma femme qui a rempli le formulaire, vous comprenez, alors il peut peut-être manquer des éléments… J’ai tout retenu par cœur, donc on peut les rajouter maintenant s’il faut ! Faudra juste que vous l’écriviez quoi… »

Elle osait à peine parler, la pauvre. À tel point qu’il l’avait sentie concentrer son énergie juste pour trouver la force de se lancer. Un peu trop d’ailleurs, parce qu’elle en avait tellement mis qu’elle avait presque crié la première partie de sa phrase avant de se rendre compte du volume de sa voix ; son plaidoyer pitoyable s’était terminé dans un filet de voix à peine audible. Elle suintait le désespoir, la pauvre. Littéralement. Ça en foutait partout sur et sous sa chaise, heureusement que le Ministère avait fait poser du lino et engagé des gnolls pour le ménage ; bouffaient tellement tout qu’on faisait des économies folles en frais de recyclage. Fallait juste insister sur les produits senteur citron pour couvrir leur haleine, quoi.
Il répéta son soupir pour essayer de bien lui faire comprendre qu’il était de son côté. Il ouvrit la bouche pour lui expliquer la situation avant de se rendre compte qu’il avait oublié son nom. Il fouilla précipitamment sur son bureau puis se rendit compte que le nom en question était littéralement marqué en en-tête du formulaire qu’il tenait dans la main. Il se reprit magnifiquement en s’infligeant tout de même un facepalm mental pour sa peine.

« Je suis vraiment désolé, Madame… Felelurgh, mais le problème de votre formulaire n’est pas qu’il est mal rempli, c’est surtout que ce n’est pas le bon. Alors, ne vous inquiétez pas, on va reprendre depuis le début, je pense avoir compris ce qui s’est passé. »

Elle se faisait toute petite sur sa chaise, les griffes serrées sur son sac à s’en faire pâlir les écailles. Putain de culture Atlante, à toujours foutre une pression monstre sur ses habitant·e·s dès le plus jeune âge ; se retrouvaient à toujours penser que tout était de leur faute à la moindre contrariété. Il aurait beau lui expliquer encore et encore que c’était sans doute le préposé qui avait mal compris son problème et lui avait indiqué le mauvais formulaire, elle trouverait toujours un moyen de culpabiliser.
Il sentait bien son énergie se concentrer de nouveau, avec un supplément de noirceur qui n’avait rien de rassurant. Elle était en train de partir, merde. Par précaution, il appuya sur le bouton d’alerte silencieuse sous son bureau tout en essayant de dégager une énergie blanche aussi doucement que possible, en contre-mesure : comme à la formation, tranquille. Heureusement qu’il était doué pour ça ; elle se mit très vite à respirer plus normalement, ses yeux s’écarquillant de surprise en se rendant compte qu’elle avait failli se perdre dans ses pires instincts.
Elle lui sourit, soudainement bien plus détendue. Il l’avait sans doute échappé belle.
Il hocha discrètement la tête en direction de l’agente de sécurité qui avait surgi derrière la vitre, qui repartit tranquillement en comprenant que tout allait bien.

[…]

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