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Fragments – 13

Crédits : @avantigwen

Méchas du Littoral : 5

[…]

Elle aurait pu s’arrêter dès l’instant où elle avait passé la dune. Elle aurait sans doute dû, d’ailleurs. Dès la descente de la voiture, de toute façon, elle ne l’avait pas senti. Une lourdeur dans l’atmosphère, malgré la fraîcheur du vent du large et la douce chaleur du soleil sur ses bras. Le temps avait beau être à la limite de la perfection, il y avait un truc, imperceptible, qui n’allait pas.
Mais c’était une curieuse, Mylène, il fallait qu’elle en ait le cœur net. Alors elle avait traversé le parking et gravi la colline de sable qui se dressait entre elle et son farniente bien mérité, commençant à comprendre ce qui n’allait pas alors qu’elle approchait de son sommet. Comme un signe espiègle du destin, la semelle plastique de sa tong avait ripé sur un gros caillou dissimulé sur son chemin, au moment précis où elle avait vu surgir la tête du Mécha dans son champ de vision, produisant un son aussi surprenant que dissonant avec l’ambiance de l’endroit.
En baissant la tête, elle s’était rendu compte que ce n’était pas un gros caillou, mais bien un morceau de ferraille terriblement oxydé, tordu et méconnaissable ; elle avait décidé de s’approcher pour essayer de comprendre comment il avait pu arriver là. Pendant une seconde, elle avait été tenté de récupérer l’artefact mais avait eu trop peur de bêtement se blesser. Elle s’était contenté des quelques pas en plus pour passer la hauteur et découvrir la bête de métal dans toute sa pitoyable splendeur, la détaillant au fur et à mesure de son avancée sur le chemin menant à la plage.
Elle avait ralenti au fur et à mesure, saisie par l’incongruité de l’instant et de la situation. À vrai dire, elle ne comprenait pas vraiment que ce soit simplement possible, mais avait complètement intégré les raisons de son malaise initial. La lourdeur dans l’air était tout simplement due aux émanations malsaines causées par la présence prolongée du Mécha dans l’eau, qui n’était fait que pour y passer, certainement pas y séjourner.
Elle le savait, elle avait bossé sur une multiplicité de prototypes, tous classés secret-défense depuis. Elle qui d’ordinaire était si fière de voir se promener un peu partout dans la région ce qu’elle appelait avec ironie ses gros bébés, se retrouvait saisie d’effroi. Sur ce modèle, plusieurs des innovations qu’elle avait imaginées et créées à partir de rien avec ses collègues, si ce n’étaient des besoins opérationnels exposés par les patrons de son labo.
Elle se sentait trahie, à tant d’égards que c’en était douloureux. Son orgueil et des restes d’une éducation militaire l’empêchaient de se laisser aller à son chagrin devant les gens qui partageaient la plage avec elle, mais son ventre était un terrible sac de nœuds.
Ses inventions devaient aider le public, pas pourrir les derniers espaces de liberté et d’insouciance qui leurs restaient, bon sang ! Elle qui avait pris une réelle pause, bien méritée, après trois ans de travail acharné et deux burnout causés par la conviction profonde qu’elle n’avait pas de temps à perdre pour assurer un semblant de paix à ses concitoyens. De ce qu’elle en savait jusqu’à ce jour, elle avait réussi, et pouvait se targuer d’une véritable excellence dans son domaine.
Mais cette seule vision d’un titan d’acier censément indomptable, couché dans l’eau de la marée basse, contaminant l’eau des alentours à coup de polymères et de métaux lourds, venait de faire s’écrouler les parois de sa tour d’ivoire. En dehors de quelques câbles à peine assurés pour empêcher que la situation ne s’empire, rien n’avait été fait par les autorités compétentes.
Le pire, c’est que Mylène était vraiment une experte, elle pouvait discerner à vue de nez le degré d’oxydation de la coque inférieure, baignée dans l’eau en quasi permanence ; cela devait faire au moins trois semaines que l’engin était perdu ici. Pas un panneau, pas une simple ligne de bouées, même pas un agent ou qui que ce soit pour empêcher les gens de se mettre en danger. Elle était outrée et furieuse, d’autant plus qu’elle se sentait affreusement impuissante.
Elle commençait à se demander si avertir les gens présents aurait une quelconque utilité, étant donné qu’en paréo et chapeau de paille, elle manquait sans doute de crédibilité.
Mais les questions firent place à la terreur quand elle vit un jeune enfant sortir de l’eau, couvert des pieds à la nuque d’horribles plaques rougeâtres, totalement inconscient de sa condition, un sourire jusqu’aux oreilles, et aller vers sa mère, qui lui ouvrait les bras, souriante, elle aussi.

[…]

One comment on “Fragments – 13

  1. bailaolan dit :

    Pan dans les tripes.

    Aimé par 1 personne

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