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Underdog Samurai, Romain Ternaux

Sudden Urge – Rise Against (extrait de l’album Nowhere Generation)
Mind Fight – Tom Cardy

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire ici, et comme je le redirai aussi souvent que l’occasion me sera donnée : j’aime beaucoup le travail éditorial des forges de Vulcain. Pour leur charte graphique unique autant que pour leur positionnement et leurs choix singuliers dans un paysage francophone souvent un peu trop vertical. Et de fait, quand je prends un roman des forges pour le lire, je peux être sûr que mettrai les yeux au minimum sur un texte singulier que je n’aurais sans doute jamais ou très rarement l’occasion de pouvoir lire ailleurs. Et comme je me targue de régulièrement tenter des trucs à l’aveugle et que j’ai le goût de la cohérence, j’ai profité d’un cadeau de l’amie d’Outrelivres ; à savoir, bien entendu, l’objet de la chronique du jour, dont l’auteur et sa réputation d’audace littéraire me faisaient de l’œil depuis quelques temps.
La question étant évidemment, maintenant, de livrer le verdict de ma lecture, qui s’est avérée curieuse et très surprenante.
Mais difficilement enthousiasmante, il faut bien l’admettre. Je vais essayer de démêler tout ça.

Les aventures soudaines d’un jeune homme qui après avoir reçu un sabre japonais à la suite d’une coûteuse commande sur le darkweb pour laquelle il a dépensé une fortune, se rend compte qu’il a été arnaqué ; et décide, fort logiquement selon lui, de se venger. Pour cela, il va mobiliser ses connaissances longuement et durement acquises en arts martiaux, se lançant ainsi dans une étrange quête révélant son potentiel enfoui, la réelle nature de sa relation avec son grand-père, et peut-être même ce qui ressemble à une prophétie.

Que ce hasardeux résumé de mon cru ne vous leurre pas : Underdog Samurai est à la fois bien plus compliqué et bien plus simple que ça. Pour le dire très sincèrement, Underdog Samurai est à mes yeux un sacré bordel conceptuel, avec ce que cela signifie de qualités et de défauts mêlés. Car malgré tout ce que je vais pouvoir dire de négatif à propos de ce roman de Romain Ternaux, je dois avant toute chose dire que cet auteur a indéniablement un truc. Bien que ce roman soit relativement court, entre le volume et la pagination choisie par les Forges, j’ai connu des romans encore plus généreux en aération filer bien moins vite que celui-ci. J’ai lu ce roman extrêmement vite, parce qu’il faut bien dire que son style très direct et oralisé fonctionne terriblement bien sur moi, à l’instar de son ton et de ses dialogues malicieux me semblant remplis d’une mordante ironie.

Mais. je dis bien « semble ». Parce qu’une fois le roman terminé, je nage encore en plein doute. Or, le doute, quand il s’agit d’interprétation personnelle, je dois bien dire que je n’aime pas ça. Encore maintenant, je ne saurais dire exactement quelle était précisément l’intention de Romain Ternaux avec ce roman. Parce qu’en dehors d’un ton extrêmement décomplexé et d’une aventure qui, pour le coup, était assez ostensiblement foutraque pour des principes purement humoristiques – qui pour la majorité fonctionnent – je dois dire que les personnages de ce roman, en particulier son protagoniste principal, ne brillent pas par la sympathie qu’ils inspirent. Au contraire. Notre « héros » me semble plutôt être un sacré connard, à vrai dire. Sexiste, borderline incel, volontiers raciste, égocentrique, égoïste, prétentieux, assez bête ; il n’a pas grand chose pour lui à mes yeux, en dehors de son statut d’élu absolument assumé par son auteur, le faisant volontiers passer en god mode dès que l’intrigue a besoin de se débloquer ou face au moindre obstacle. Alors ce côté foutraque m’a bien fait marrer, je dois le dire, dès lors que j’ai su comprendre que c’était l’idée de toute cette aventure, mais je n’ai jamais su si le parti pris par Romain Ternaux était alors satirique ou complètement aux antipodes de ce que j’attends de mes héros littéraires aujourd’hui (et j’insiste sur l’aspect masculin de ces derniers).

Dès lors, il y a deux possibilités. Si ce roman est effectivement une satire du trope de l’élu bénéficiant d’une prophétie, trop souvent trop fort et ne dépendant que des besoins de l’intrigue pour trouver des solutions à ses problèmes hors d’un réel progrès personnel ou d’une évolution bénéfique, je pourrais éventuellement souscrire à la démarche.
Mais si ce roman ne se veut qu’une aventure aux tons pulp décomplexés, une suite de combats et de situations loufoques autour du trope que j’évoquais plus haut, alors là je ne peux que le détester de toute mon âme ; ce genre de « héros » représentant plus ou moins tout ce que je déteste, uniquement motivé par l’appât du gain, de la gloire et de la chair fraîche d’une femme considérée comme un bout de viande.
Le cœur de mon problème avec Underdog Samurai réside du coup dans le doute qui m’habite encore, maintenant que ma lecture est terminée. La conclusion du roman et la façon qu’a eu Romain Ternaux de l’écrire me feraient pencher vers la première solution, mais je dois alors signaler que le contrat n’est pas pleinement respecté à mes yeux, puisque sans assurance de sa part, preuves à l’appui, je ne peux être sûr de rien.

Certes, ce roman est indubitablement fun, et il déploie pas mal de concepts très amusants, jouant de façon très ludique avec des éléments surreprésentés de la pop culture, notamment du cinéma d’action-aventure ; mais si je ne peux pas être certain que je ris bien avec le roman, et non à ses dépens ou de mauvaise grâce, forcément, il y a quelque chose qui coince. La focalisation interne et le flux de conscience supposent une certaine complicité avec ce héros qui n’en est absolument pas un, et je n’ai jamais vraiment su si je devais souffrir avec lui et faire preuve d’empathie avec un petit con pensant que le monde entier tourne autour de lui ou simplement être spectateur de ses atermoiements menant systématiquement à valider sa vision complètement tordue, crade, du monde. Alors certes, je penche effectivement plutôt pour la seconde solution, notamment grâce à la conclusion ouverte du roman, mais le doute n’a toujours pas cessé de m’assaillir, et ça m’emmerde, très honnêtement.

Je sais pas, voilà. Et à mes yeux, douter du point de vue moral d’un roman au moment de sa conclusion, j’estime que c’est une faute assez rédhibitoire qui lui est imputable plus qu’à moi. J’aimerais croire que la démarche de Romain Ternaux est audacieuse et ne souffre finalement que d’un parti-pris jusqu’au-boutiste de sa part, faisant pâtir son travail de sa volonté forcenée d’originalité ou d’un certain manque de nuance formel. Mais encore une fois, je ne peux jurer de rien, et je me dois de réserver mon jugement pour éviter d’être trop abrupt ou péremptoire.
Je dirais donc que ce roman mérite une attention poussée au reste du travail de son auteur ; avec une vision plus globale des œuvres de Romain Ternaux, je saurais sans doute plus aisément à quoi m’en tenir. Il reste donc sur mon radar. Je serais ravi de constater à terme que mon impression était la bonne, souffrant simplement d’un manque de connaissance de mon côté pour analyser exhaustivement les intentions et les ambitions d’un auteur à la plume assez fascinante. Après tout, malgré mes quelques grincements de dents, j’ai laissé échapper quelques souffles par le nez et même un ou deux réels éclats de rire. Et je suis allé vite dans ma lecture, ce qui suggère également une réelle qualité narrative et dramaturgique : je n’ai jamais cessé de vouloir savoir exactement où tout ce délire allait m’amener. D’autres ouvrages plus clairs dans leurs intentions n’ont pas réussi à atteindre ce but cardinal et m’ont bien plus cruellement déçu.
À charge de revanche, donc.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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