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Deus Ex, Norman Spinrad

The Matthew Effect – Nothing More (extrait de l’album Nothing More)

J’ai une étrange et très personnelle obsession pour la cohérence. Ce qui m’amène parfois à exiger de moi-même certains efforts ou quelques concessions, histoire de pouvoir être au moins un peu crédible lorsque je prêche pour ma paroisse. Laquelle estime qu’il est bon d’aller piocher un peu partout et dans toutes les époques pour découvrir autant de bonnes choses que possible. Alors la démarche est encore loin d’être parfaite, mais je fais des efforts.
Au rang desquels le court roman qui nous intéresse aujourd’hui, glané d’occasion dans un rachitique rayon SF d’une librairie d’occasion, avec quelques autres camarades anciens. Le choix a été facilité par l’absence de réel choix, évidemment, mais surtout parce que j’ai vite fait croisé le nom de Norman Spinrad au gré d’une de ces formidables conversations virtuelles où je ne comprends pas la moitié des références se croisant au dessus de ma tête. Au delà de m’intéresser à des auteurices d’avant, il s’agit aussi et surtout pour moi de mieux comprendre pourquoi ces noms font désormais référence ; pour ensuite décider si oui ou non je veux en découvrir plus.
La réponse aujourd’hui est indubitablement oui. Je vais vouloir lire plus de Norman Spinrad à l’avenir. Mais néanmoins, je demeurerai circonspect, tout de même. Explications à suivre, comme toujours.

Dans un futur proche de celui de 1992 (date de publication du roman, c’est important), la Terre est globalement dévastée ou en cours de dévastation. Montée des eaux, rayonnements UV surpuissants, saturation de l’atmosphère en CO2, pas grand chose pour se réjouir. C’est dans ce contexte que Marley Philippe, détective privé spécialiste des question concernant « l’Autre Côté » – comprenez cyberespace – et les carniciels – duplicatas numériques d’humains – qui l’habitent, est convoqué par rien de moins que le Vatican, en la personne de la papesse Mary 1er. Il est question de résoudre une étrange disparition. De cette affaire dépendra l’avenir de l’Eglise et peut-être aussi d’une partie de l’Humanité.

Avec ce résumé un peu velu (je vous jure que j’ai fait de mon mieux), vous devinez sans doute déjà un premier aspect inévitable de Deus Ex ; à savoir qu’il est conceptuellement assez costaud. C’est sans aucun doute, à côté de sa singularité, sa plus grand qualité, même si cette fort louable ambition le plombe un peu plus souvent qu’à son tour. Pour être tout à fait clair, j’ai adoré le concept développé par Spinrad, tant sur la forme que sur le fond, dans un mouvement intriquant assez élégamment la science-fiction et une forme de théologie sans jamais sembler risquer le faux pas. Le seul truc, c’est que le thème, de fait, est quand même assez costaud, et nécessite pas mal de dialogues et de narration pas toujours intuitifs ou simplement accessibles ; ça demande une petite dose de gymnastique mentale. À cet égard, je ne saurais vraiment dire si la traduction est à blâmer, puisque j’ai eu de mauvaises expériences avec toutes celles qui datent de plus de 20 ans en arrière ; mais j’aimerais croire que le travail d’Isabelle Delord-Philippe est plutôt propre et que le responsable est plutôt Spinrad lui-même.

Parce qu’il faut bien dire que si le vertige conceptuel était délicieux jusqu’au bout et que les questions soulevées par l’auteur l’étaient tout autant pour moi, le voyage n’a pas été de tout repos. Et c’est dommage, parce qu’on devine en filigrane un monde très intéressant à creuser, d’autant plus avec le décalage temporel entre la publication et aujourd’hui, avec des constats et des prévisions assez impressionnant·e·s de la part de Spinrad, qui, lui, a su écouter les premiers rapports du GIEC, tout comme se tenir au courant des évolutions technologiques à venir. Alors certes, sa vision du cyberespace et du cyberpunk se heurte pour bonne partie à la réalité d’aujourd’hui et à tous les récits plus modernes venus après lui, mais honnêtement, il n’est pas ridicule du tout, et j’oserais même dire qu’avec juste un petit coup de poliche, Deus Ex ne rougirait pas du tout face à d’autres sorties récentes à mes yeux.
Mais pas de tout repos malgré ces qualités prospectives, donc, parce que malheureusement, ce roman était un peu trop verbeux pour son propre bien. Si j’osais, j’avancerais que la construction allongée – bien que maline – du récit, nous donnant beaucoup (trop) d’occasions d’attendre qu’il se passe vraiment quelque chose ou des éléments de contexte pas forcément utiles malgré leur intérêt propre sont du·e·s à un certain besoin de volume final, de dilution de l’idée centrale. Ce qui fait que malgré ses qualités, l’intrigue traine quand même pas mal et ne repose pas assez sur ses personnages, dont on devine le potentiel sans jamais réellement le ressentir. Les vrais moments de bravoure du roman, ses dialogues comme ses fulgurances philosophiques, sont de fait noyées dans des moments d’attente, de contemplation ou de confusion entretenue, qui ne collent pas assez avec l’urgence de la situation dépeinte. Il y a une légère mais très dommage dissonance entre le ton et les enjeux à mes yeux.

Et paradoxalement, malgré ce côté un peu trop dilué du récit, finalement, je lui trouve un côté trop dense ou trop timide, je ne saurais trancher. Parce que finalement, en voyant les idées développées par Spinrad ; avec des personnages plus consistants et un cadrage plus généreux, il y avait sans doute là de quoi écrire un thriller technologique formidable d’ambition et d’implications, qui serait allé beaucoup plus loin. Demeure que ce court roman est bon, surtout dans ses aspects les plus métaphysiques, mais je devine sans mal que ce n’est pas le plus abouti de son auteur.
Je demeure curieux, donc, mais un peu méfiant. Mes quelques remarques au fil de ma lecture ont poussé des ami·e·s lecteurices à m’indiquer quelques autres références auxquelles m’attaquer : parfait.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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