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Cycle Jean Kariven T9 – Opération Aphrodite, Jimmy Guieu

Avouez que vous auriez été tenté aussi.
Un peu.
Allez.

Oui, je sais. On ne se refait pas, que voulez vous. Il aura suffi d’une couverture immonde croisée au hasard pendant une recherche d’occasions, et me voilà de nouveau. Mais à ma décharge, je me suis dit que cette fois-ci serait encore différente, et instructive. Je pensais sincèrement que ce volume de Jimmy YOLO Guieu serait un stand-alone, cette fois. Si vous savez lire un titre, vous saurez que c’est faux ; mais si mon expérience avec cet auteur singulier m’a appris une chose, c’est que la continuité n’est vraiment pas un problème pour lui. Et effectivement, en dehors de quelques rappels à des épisodes passés concernant Jean Kariven, un de nos protagonistes, rien ne rattache réellement ce roman à d’autres.
La véritable question était de savoir si le contenu était à la hauteur du contenant, bien sûr ; avec une telle couverture, les promesses étaient titanesques. Le résultat est, de façon surprenante, sans doute le moins mauvais de tous les romans de Jimmy Guieu que j’ai lus jusque là. Et ça me fascine.
J’vous explique.

Comme toujours, le Live-Tweet est disponible sur mon compte Twitter via ce joli petit lien.

L’Opération Aphrodite, c’est une opération supranationale de la NASA pour aller monter en secret une base lunaire. On envoie donc sept américains, un allemand et un français (Jean Kariven, donc) en mission là haut. Or, une fois sur place, les gaillards remarquent des lumières étranges et des phénomènes curieux. Clairement, ils ne sont pas tout seuls. Et ce n’est que le début des ennuis.

Situation et éléments perturbateurs standards, donc, ce qui me surprend de la part de Jimmy, qui dans ce roman, pour la majorité, est étonnamment sage en péripéties et conséquences de ces dernières, lui qui jusque là m’avait habitué à beaucoup plus de folie et de raccourcis scénaristiques. Non, là, on a affaire à une version sans doute assez jeune de l’écrivain, qui essaie très fort de justifier au plus près toutes les décisions de ses personnages, de resserrer précisément et techniquement son récit dans tous ses aspects. C’est extrêmement troublant, quand on sait à quel point par la suite il aura tendance à s’en foutre complètement et à avancer tête baissée sans jamais chercher à justifier quoi que ce soit. Non, ici, on donne des précisions scientifiques, on avance doucement, on pense à des petits détails qui comptent, et pour l’essentiel, en dehors de quelques jokers, ça se tient. Je vous jure que je suis le premier surpris, mais c’est vrai ; j’ai suspendu mon incrédulité pendant 80% du roman. Si comme toujours, pour pas mal de détails de son intrigue, Jimmy raconte quand même n’importe quoi, le fait est qu’on voit qu’il fait de réels efforts de cohérence.

Le souci principal, ici, c’est sans doute que j’ai lu une version révisée en 1989 d’un roman d’abord édité en 1955. Alors forcément, ça brouille pas mal de pistes. Parce que Jimmy bidouille lui-même ses références pour évoquer l’alunissage de 1969 et les missions Apollos qui ont suivi a posteriori de son écriture initiale, ce qui suggère sans doute qu’il a bidouillé d’autres aspects du roman à son avantage, comme en témoignent les notes de bas de page à sa propre gloire ; bien que plus subtiles que d’autres que j’ai pu lire dans des romans plus récents.
Dans cette optique, on peut noter aussi l’absence totale de personnage féminin, cette fois ci, ainsi qu’un placement de produit plus discret, un anti-communisme moins présent, ou encore un complotisme beaucoup moins prononcé. Le jeune Jimmy Guieu, dépouillé de ses obsessions à venir, en comparaison de ce qu’il est devenu, est de fait fascinant. On voit les graines plantées mais à peine germées, et on pourrait ainsi croire à un vrai futur d’écrivain pour lui, s’il cessait de tant diluer ses concepts dans des lignes et des lignes de remplissage inutile ou redondant.

Parce qu’il faut bien admettre qu’en attaquant ce roman avec des connaissances sur le bougre et certaines envies d’éléments bien précis à propos desquels être narquois, je me suis trouvé fort dépourvu. C’est tout le paradoxe d’une lecture comme celle-ci pour moi. Ironiquement, parce qu’il n’était pas si mauvais – même si franchement médiocre – je me suis retrouvé à moins l’apprécier que d’autres volumes signés Jimmy Guieu. Il aura fallu attendre le dernier tiers pour retrouver cette frénésie qui lui ressemble tant, enchaînant les révélations et les promesses de grandeur et d’épique sans réfléchir à deux fois à tout ce qu’il raconte. Alors certes, en comparaison à d’autres instances (comme les Chevaliers de Lumière), ça reste assez soft, mais ça va quand même sévèrement loin, et surtout, ça montre à quel point déjà à cette époque, malgré ses relatifs efforts, l’homme comme l’auteur étaient déjà obsédés par certains sujets, notamment politiques.
Je passerais ici sur l’absence de personnages féminins et donc de la conséquente libidinosité du personnage, mais tout le reste est déjà presque là. Entre un message anti-raciste dans une optique d’union supranationale contre un ennemi venu d’ailleurs, en totale contradiction avec une littérale xénophobie envers les envahisseurs extra-terrestres, une obsession capitalistique ou un manque total d’empathie avec tout ce qui n’est pas humain, Jimmy Guieu demeure fidèle à lui-même. J’insisterai d’ailleurs volontiers sur la terrible ironie de voir nos héros génocider sans vergogne une espèce lunaire qu’ils ont agressé les premiers, tout en ayant constaté leur intelligence. Pardon pour les spoils.

Plus je lis du Jimmy Guieu, plus je suis fasciné, vraiment. Il y a quelque chose de captivant dans la démarche de cet auteur, à mes yeux, parce que malgré la distance des années, malgré les distances parcourues par ses délires, il demeure, d’une si singulière façon, cohérent. Ça me dépasse qu’il semble que malgré toutes ses tentatives pour écrire des choses censément différentes, parcourant l’univers entier avec autant de personnages et de concepts de départ prometteurs, ou à défaut pas inintéressants à condition de soigner l’exécution ; Jimmy Guieu en revienne à ce point à toujours plus ou moins écrire les mêmes choses. Toujours cette même fascination pour la clandestinité, les alliances magnifiques, les ennemis avançant à visage caché, les aventures explosives, l’anthropocentrisme et les valeurs du capitalisme.
Ça me dépasse, et ça m’éclate, vraiment. Parce que ce jusqu’au-boutisme dans la médiocrité, la production au kilomètre, le placement de produit cynique, mais surtout cette capacité inouïe à faire exploser en vol le moindre récit classique pour le faire atterrir en catastrophe dans des territoires inimaginables même sous acide, ça tient finalement presque d’une véritable vision d’auteur. Et il faut que je continue mon exploration pour en avoir le cœur net.
Il le faut.
Bon, pas tout de suite, on se rassure. Mais partez sans moi, quand même, je vais vous ralentir.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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