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L’Héritage des Rois Passeurs, Manon Fargetton

L’altra dimensione – Måneskin (extrait de l’album Il ballo della vita)

Je dois dire que mon goût de la fantasy, ces derniers temps, est globalement un goût retrouvé. Si pendant quelques années j’ai commis quelques incursions ponctuelles dans ce territoire littéraire, mes intérêts étaient tout de même le plus souvent portés vers la SF. Mais j’ai retrouvé dans la fantasy un plaisir que je croyais avoir perdu avec quelques jolies rencontres littéraires, dont je vous ai parlé ici avec enthousiasme. Or, l’enthousiasme a cette qualité formidable de s’auto-alimenter en plus d’être contagieux. Ma curiosité aurait pu me mener à lire L’Héritage des Rois Passeurs, c’est surtout l’enthousiasme communicatif et joyeusement insistant d’une personne qui m’est proche qui m’aura décidé à tenter l’aventure, entre envie de partager et légère crainte d’être rabat-joie.
Je n’avais jamais rien d’entendu d’autre que de bonnes choses à l’égard de Manon Fargetton, et j’avais cru comprendre que ce roman était sa première publication « adulte », plaçant mes attentes à un curseur particulier : je m’attendais à une fantasy accessible, sobre et sans ambitions débordantes, mais avec toutes les qualités propres à une bonne lecture. Basiquement, je pensais que ce roman allait être bon, sans être révolutionnaire ou renversant pour autant, le genre de romans que j’aime bien régulièrement rencontrer, reposants et roboratifs à la fois.
Et grosso modo, c’est ce que j’ai eu, mais pas vraiment, mais un peu quand même. En substance, même si je suis satisfait, je suis un peu frustré. Mes sentiments ont été un peu confus.
Et je vais vous les livrer, évidemment, puisque c’est toujours ce que j’essaie de faire ici.

D’un côté, Ombre ; royaume dans lequel après 9 ans d’exil, Ravenne revient chez elle pour réclamer le trône qui lui est du.
De l’autre, Rive ; notre monde. Où Enora, jeune femme fêtant son vingtième anniversaire, voit son destin bouleversé dans d’horribles proportions, soudainement propulsée dans des aventures qu’elle aurait voulu ne jamais connaître. Elle est une Passeuse, héritière d’un pouvoir lui permettant de traverser la frontière entre Ombre et Rive, et surtout héritière d’une histoire dont les implications se font encore sentir en Ombre comme en Rive.
De leurs deux trajectoires dépendent l’avenir de nos deux mondes.

L’histoire de cette lecture, c’est pour moi celle de son déroulement. Vous pourriez me dire avec un air taquine que c’est logique, et vous n’auriez pas tort. Mais ce n’est pas toujours le cas, pour moi. Parfois mon sentiment à propos d’une lecture se fait très vite, ou très tard, ou même au milieu ; il est assez rare qu’il fluctue tout le long de ma découverte pour ne se décider que dans les dernières pages. Ce que je veux dire, c’est que j’ai ressenti tellement d’émotions différentes voire contradictoires à la lecture de L’Héritage des Rois-Passeurs qu’il me semble important de le signaler, pour rendre compte avec le plus d’acuité possible de ce qu’est ce roman à mes yeux.
Parce qu’il a commencé pour moi comme un honnête roman de fantasy, assez sobre, usant de tropes communs avec suffisamment de fraîcheur et de malice pour ne pas être une simple repompe fainéante, quoique avec une sorte de candeur adolescente, tout de même. Ce n’était pas mauvais, loin de là, puisque j’avançais avec plaisir, découvrant les quelques idées et concepts propres à l’univers d’Ombre et son autrice avec curiosité.
Puis de « simplement honnête », le roman est passé à un cap supérieur, que je qualifierais de personnel. Injectant des revendications claires, des affects lui appartenant plus clairement, à l’instar de ses idées et ses concepts, Manon Fargetton rend son récit plus solide et plus singulier. Ce dernier n’est pas parfait pour autant, mais il gagne clairement en efficacité et surtout en intensité ; il s’y passe quelque chose, clairement. Le cœur du roman a été ma séquence favorite, à travers laquelle je suis passé à toute vitesse sans compter mes pages ni bouder mon plaisir.
Puis est venue la conclusion, qui m’a un peu déçu et m’a laissé un goût doux-amer dans la bouche. Pour le dire clairement, tout est allé trop vite. Trop d’enjeux différents, trop de sous intrigues à boucler, sans doute, le roman a pêché par ses ambitions et ses envies. À vouloir faire les choses à fond, je crains que l’autrice se soit un poil oubliée, se contraignant elle-même, finalement, à clore précipitamment son récit pour ne pas qu’il déborde.

Alors voilà. À regrets, L’Héritage des Rois Passeurs fait partie pour moi de ces textes que j’ai vraiment aimés, mais pour lesquels les reproches viennent le plus facilement ; exprimant ma frustration avant tout. Les concepts, les personnages, le style, le plaisir de lecture ; tout était là, du début à la fin. Mais il a manqué, tout le long, peut-être juste un petit supplément de maîtrise, une capacité à faire des choix plus tranchés, dans le volume ou dans l’exécution. Il aurait peut-être fallu sabrer quelques personnages ou sous-intrigues pour éviter cette impression de foisonnance sauvage, d’enthousiasme littéraire incontrôlé, ou bien à l’inverse donner plus d’air à l’ensemble pour que s’expriment à plein toutes les idées de Manon Fargetton. Comprenons nous bien : rien n’était à proprement parler mauvais. On pourra éventuellement trouver dans ce roman quelques tropes un peu fatigués ou fatigants aux yeux de baroudeureuses de la fantasy, mais c’est personnel, ça ne compte pas vraiment ici. Alors que de l’autre côté, on peut trouver un système de magie que j’ai trouvé original, des personnages et des motivations travaillé·e·s, une vraie rage militante bien orientée : du travail, tout bêtement. Et j’aime ressentir, derrière un texte, l’envie de bien faire, l’expression d’une ambition.

C’est là qu’on en arrive à ce qui est peut-être le cœur de mon ressenti à l’égard de ce roman, touchant à son statut de « premier roman adulte ». Je dirais que le problème de ce roman, c’est tout simplement qu’il voulait trop en faire, trop vite, et surtout trop fort. D’abord parce qu’entre le world-building, les personnages, et les enjeux que le mélange des deux ensembles suggère, on se retrouve avec une sacrée densité thématique et narrative. Beaucoup de noms, de concepts, d’idées et de trajectoires mêlées à retenir dans un espace assez restreint ; si tout est clair, j’ai trouvé que tout cela manquait de respiration, d’où naissent, à mes yeux, certaines confusions, notamment morales. À force de devoir boucler certaines intrigues et sous-intrigues un peu trop vite histoire de passer à autre chose, j’ai régulièrement douté du point de vue adopté par l’autrice, de son positionnement, notamment autour de l’idée de vengeance, qui chez moi est assez délicate à manipuler.
Et ensuite, dans cette continuité, parce que j’ai eu le sentiment que l’autrice a commis l’erreur de vouloir « prouver » qu’elle appartenait au monde de la « littérature adulte », que son récit était mature, en le rendant plus sombre et graphique, à coup de sexe et de violence explicites ; sans toujours y adjoindre la gravité ou les précautions nécessaires. Alors c’est sans doute une question de sensibilité personnelle, ne goûtant que peu à ces aspects dans mes lectures, mais au delà de moi-même, je crois sincèrement que dans le cas présent, le recours à ces artifices n’était absolument pas nécessaire, en tout cas pas dans ces proportions. J’ai trouvé, en tout cas, que le ton général du roman jurait avec la crudité de ces scènes, ou inversement, et que ça ne fonctionnait pas vraiment.

Tout ça pour dire, je vous jure, que j’ai vraiment bien aimé ce roman. On dirait pas comme ça, mais je vous assure. En fait, L’Héritage des Rois-Passeurs fait partie de ces découvertes littéraires ou l’envie de mieux, de plus, prend le pas sur tout le reste. Avant tout autre chose, dans ce roman, j’ai senti du potentiel inachevé. Oui, c’est terriblement condescendant de ma part, j’en conviens bien volontiers. Mais n’empêche que c’est ce que je ressens ; Manon Fargetton et moi sommes, j’en suis convaincu, destiné·e·s à bien nous entendre, littérairement parlant. Mais ce roman était sans doute un peu trop jeune pour moi à l’aune de son parcours d’écrivaine, tout simplement.
Malgré toutes ses indéniables qualités de caractérisation, de construction narrative et de conceptualisation, il lui manquait ici la maîtrise et la confiance nécessaire en son travail pour y effectuer les bonnes coupes ou les bons ajustements de proportion pour me convaincre et me séduire à plein. La très bonne nouvelle, c’est que ça se joue à rien, et que j’ai pris largement assez de plaisir dans ma découverte pour avoir pu faire la part des choses et conserver mon envie d’en savoir encore plus sur le travail de Manon Fargetton. D’autres auteurices bien plus établi·e·s n’ont pas su faire la même chose : c’est un signe.
À charge d’une revanche que je devine excellente.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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