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L’Effet coccinelle, Yann Bécu

The Magic 8 – Set It Off (extrait de l’album Elsewhere)
Clouds – Flor (extrait de l’album Future Shine)

Avez-vous déjà eu la chance de ressentir la sensation unique d’être tombé sur un bouquin pile au bon moment, dans les circonstances idéales pour l’apprécier à plein ? Si c’est le cas, on se sait ; et si ce n’est pas le cas, je vous plains très fort et je vous envoie des cœurs avec les doigts.
Preuve d’affection que je transmets également à Charlotte Volper, directrice de collection chez Pocket qui, avec son goût sûr et sa gentillesse, m’a adressé ce SP il y a quelques temps maintenant en prévision de la sortie poche prochaine de l’opus, nous amenant finalement à la chronique que voici.
Et je vais pas tourner autour du pot des heures, surtout avec une introduction d’introduction comme celle-là : ce bouquin est formidable, et surtout, il m’a fait un bien fou à un moment où j’en avais désespérément besoin.
Alors let’s go, disons-en tout le bien qu’on en pense.

Il s’avère que la Terre n’est en fait rien d’autre qu’un chantier de plus pour la Ruche, une organisation extra-terrestre privée spécialisée dans la création et la maintenance de planètes habitées, avec l’objectif final d’y instaurer une civilisation de paix avant de passer au chantier suivant. Et il faut admettre que l’Homme, c’était une très mauvaise idée, en plus de pas être très originale ; alors certaines huiles – du genre petits chefs plutôt que grands Dirlos – ont décidé de prendre quelques risques très calculés pour avancer le chantier une bonne fois pour toutes. L’ambitieuse et tentaculaire Opération Bordel de Dieu est lancée. Mais évidemment, comme toujours avec ce genre d’idée à la con, ce sont les petites mains du bas de l’échelle, les Boueux, qui se tapent vraiment le sale boulot.

Et comme ce résumé l’indique, nous allons parler d’un roman humoristique. Toujours un pari risqué, le comique, en littérature. Parce que cela suggère une maîtrise du rythme, des dialogues et des limites, une forme d’équilibre à trouver entre l’intrigue, les personnages et les blagues, pour que le tout progresse en bonne harmonie sans mutuellement se gêner ou pire, gêner le lectorat. Après tout, une mauvaise blague au mauvais moment, et c’est potentiellement tout l’engouement créé précédemment qui s’écroule, et il faut recommencer de zéro à chaque fois ou presque. Il faut pour l’auteurice savoir exactement quelles sont ses ambitions pour mettre la dose parfaite de moyens à leurs services ; ne jamais laisser de doute dans l’esprit de cielle qui lit quel est précisément le but recherché. Il s’agit de créer de la compréhension, une forme de transparence parfaite, une réelle complicité. Alors évidemment, puisque j’ai adoré L’Effet Coccinelle, Yann Bécu n’a jamais fauté avec moi, ou inversement ; l’enjeu pour moi ici ne va pas être de déterminer si oui ou non le contrat a été rempli. Non, il ne va être question que d’expliquer pourquoi j’ai pris mon pied, et pourquoi je pense que si vous partagez mes goûts, au moins un peu, ce roman est aussi fait pour vous qu’il l’était pour moi.

Et dans un premier temps, je parlerais des choix opérés par Yann Bécu. Ce récit aurait pu prendre bien des formes et être cadré de bien des manières. Je trouve que l’auteur n’a fait que des bons choix. Nous faire raconter toute cette histoire par un des Boueux au langage fleuri et à l’expression très oralisée, ça marche du feu de Dieu, d’autant plus en jouant avec la perspective via les saynètes qui s’intercalent entre chaque chapitre, nous offrant ponctuellement un point de vue différent, bien qu’anecdotique. Cette construction, sans rien avoir de révolutionnaire, est tout de même très maline, parce qu’elle nous empêche d’oublier à quel niveau ce récit se déroule. Malgré l’amplitude de son propos et de L’Opération Bordel de Dieu qui nous y est narrée – pardon, je me répète, mais j’aime beaucoup ce nom – L’Effet Coccinelle ne nous ment jamais sur ses ambitions ni sur son cadrage. On y suit des losers, et rien d’autre. Des losers magnifiques, certes, des médiocres, à leur échelle, on pourrait même parler de sacrés couillons ; mais c’est ironiquement ce qui fait toute la force du roman, parce qu’il est d’autant plus crédible.

Comprenons-nous bien : ce qui est raconté dans ce roman, sous un vernis comique indéniable, est loin d’être stupide. On est plus clairement dans le domaine de la satire que celui de la parodie ou du slapstick, malgré quelques passages joyeusement cartoonesques. C’est le genre d’humour que je préfère. Et s’il apparaît très vite assez clairement qu’il manque quelques palmiers à nos gaillards pour faire des oasis, ils n’en demeurent pas moins diablement attachants, pour tout ce qu’ils ont de sacrément humain. Et c’est parce que nous vivons tous les éléments du roman à travers leur prisme, à la fois pas très malin et extrêmement lucide, cynique mais émotionnel, extérieur à l’humanité mais pétri de ses travers, que tous ces événements résonnent avec une vraie force évocatrice. Ces pieds nickelés du cosmos, on rit avec eux, souvent à leurs dépens, mais on comprend leurs peines et on compatit à leurs épreuves, parce que ce sont les nôtres, juste à une autre échelle. Et parce que, si on a un peu d’honnêteté intellectuelle en rab’, surtout, on s’identifie a minima à leurs hypocrisies et faiblesses ponctuelles ; ce qui les rend encore plus sympathiques au fil des superbes dialogues que leur réserve leur auteur.

Parce que si je n’ai vraiment que des compliments à formuler à l’égard de ce roman, je dois sans doute insister sur le naturel confondant avec lequel Yann Bécu nous fait raconter cette histoire, et notamment au travers des échanges dynamiques entres ses personnages (dont l’organisme est à l’avenant, évidemment). Oraliser le style, notamment à la première personne, c’est casse-gueule, même pour moi qui adore ça ; parce que la moindre glissade ou le moindre oubli dans le déroulé peut vous happer en dehors de la page. Une mauvaise adresse au lectorat, un dialogue trop guindé ou une expression trop littéraire, et patatra. Mais pas là, donc. J’ai été embarqué de suite, et j’avais tout le long l’impression d’être dans le canapé avec notre héros narrateur, à attendre qu’il veuille bien me raconter son histoire extraordinaire à son rythme, ne m’arrêtant que pour glousser joyeusement – bêtement parfois – ou même éclater de rire pour de bon sous l’effet des nombreuses saillies si joliment formulées, signe d’excellence s’il en est.

Mais, et pour finir, que mes éloges ne vous laissent pas croire que ce roman n’est que drôle. Non que ce fût éventuellement un défaut, mais il faut aussi lui reconnaître qu’il raconte pas mal de choses assez pertinentes dans sa dimension satirique, sans jamais laisser un aspect phagocyter l’autre, ni verser dans le sarcasme narquois et condescendant. Encore mieux, j’ai même été ému et conquis par certaines scènes donnant de la profondeur très humaine à la distribution jusque dans des rôles tertiaires, sachant en dire autant par le rire que par d’autres truchements plus subtils. Encore une fois, oui, ce roman est avant tout délicieusement malin, par ce qu’il dit et pointe du doigt de façon corrosive, que par ce qu’il laisse plus subrepticement de côté, à notre attention certes, mais sans le mettre trop en avant. Encore et toujours ce superbe équilibre que je saluais déjà auparavant, prouvant que Yann Bécu sait quand ne pas trop appuyer sur certaines idées afin d’éviter de les desservir, ou quand au contraire faire les choses à fond pour faire mal comme il faut le temps qu’il faut pour que l’idée imprime. Tout en épargnant les gens de façon bienveillante, il égratigne les sales idées qu’ils peuvent parfois avoir et entretenir sans forcément s’en rendre compte.

Ouais. Il était assez formidable, ce roman ; une vraie bouffée d’air frais, pile ce dont j’avais besoin sans même le savoir, un joli petit miracle. C’était malin, taquin mais pas moqueur, tendre mais pas sirupeux, un mélange d’humour observationnel et de science-fiction imaginative, vraiment un mélange impeccable. De l’aigre doux savamment dosé, du genre à réveiller le palais, dont la saveur merveilleuse vous suit encore quelques heures après avoir fini de manger le plat, qui vous donne envie d’inviter vos ami·e·s pour leur faire goûter à leur tour.
Encore un infini merci à Charlotte Volper de m’avoir invité.
À défaut de pouvoir le faire moi-même avec vous, ça vous va si je vous laisse l’adresse ? De toute façon moi j’y retournerai.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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