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Les enfants de nos enfants, Clifford D. Simak

RUNAWAY – half·alive (extrait de l’album Now, Not Yet)

S’il y a bien une réalité que je perçois plus concrètement avec les années passantes et les lectures qui vont avec, c’est qu’un roman en général, et pour l’Imaginaire en particulier, c’est un instantané. La capture ponctuelle d’une époque et d’un état d’esprit singulier·e·s ; la transcription précise des idées issues d’un air particulier du temps, plus ou moins passé. Ce que j’avais déjà pu constater avec un texte comme Waldo ou même d’autres textes de Clifford D. Simak comme Au Carrefour des Étoiles. Et alors, avec le luxe de la perspective, s’ajoute aux qualités classiques recherchées la recherche d’une pertinence intemporelle supplémentaire ; en somme, ce texte a-t-il bien vieilli ? S’agissant ici d’un court roman sorti en 1974, 48 ans d’écart, la question est quand même foutrement pertinente, et à plus d’un titre.
Alors j’avoue que parlant d’un texte de Clifford D. Simak, ce n’est pas avec cette question en tête que j’ai abordé ma lecture, parce que je sais désormais que cet auteur avait des qualités de bienveillance et de clairvoyance uniques ; précisément celles qui m’ont motivé à me saisir de ce texte dans une librairie d’occasion sans la moindre hésitation. Quand on a écrit un chef d’œuvre comme Demain les chiens, on donne une certaine confiance à cielles qui s’y sont retrouvé·e·s. Mais demeure qu’une fois ce roman refermé, cette question de l’intemporalité est revenue me tarauder encore une fois.
Parce que ce roman, a beaucoup d’égards, à très mal vieilli. Et paradoxalement, c’est sans doute ça qui lui donne à mes yeux une valeur spéciale. Parce que s’il a mal vieilli, ce n’est pas pour les raisons habituelles. Et si je ne l’ai pas beaucoup aimé en lui même, je dois tout de même le saluer en sa qualité de jalon temporel percutant.
J’ergote encore, pardon, c’est l’âge.
Je vous explique.

L’équilibre mondial est soudainement et brutalement bouleversé par les ouvertures simultanées, un peu partout sur la planète, de tunnels immatériels laissant la voix à une quantité terrible de réfugiés. Ces derniers sont pacifiques, et expliquent venir de 500 ans dans le futur ; menacés par une invasion extra-terrestre qu’ils n’ont pu contenir, ils ont dû se résoudre à ouvrir en catastrophe des tunnels vers leur passé pour y trouver un refuge temporaire.

Sacré concept de départ, qui je l’avoue m’a mis l’eau à la bouche, d’autant plus avec la réputation d’humanisme que j’attribue désormais à Clifford D. Simak ; une telle idée développée à sa manière était extrêmement prometteuse. Et bon, m’étant trahi dans l’introduction, je vais faire court : c’était pas si terrible. Pas mauvais, pas vraiment, mais clairement pas à la hauteur. Le texte, pour tenir debout, doit sans cesse se justifier dans ses dimensions les plus techniques, et procède de fait par un éclatement de ses perspectives et de ses personnages sans jamais réellement leur donner de substance au delà d’une certaine bonhomie générale rafraîchissante, ni prendre le temps de réellement développer ses thèmes ; c’est très frustrant. Des chapitres courts qui s’enchaînent, multipliant les noms, leurs points de vue et les fonctions, parfois à usage unique, sans jamais respirer vraiment ni nous donner de réelle assise concrète, ça donne le sentiment d’une précipitation à l’écriture plutôt que ça ne transcrit un réel sentiment d’urgence dans la narration. Et surtout, ça ne permet pas du tout à l’auteur de déployer correctement le moindre de ses thèmes, et c’est sans doute ça le plus triste.

Parce que c’est ça qui m’a le plus marqué, dans cette lecture, plus que tout le reste, et c’est ça dont je veux parler.
48 ans, disais-je. 48 ans d’écart entre la publication originelle et ma lecture. Et pourtant, ce texte nous parle d’un avenir idéal sans obsolescence programmée, ayant renoncé à l’idée d’une croissance infinie ou d’une religion organisée et , ayant réussi à lutter efficacement contre la surpopulation ou les nationalismes mortifères, comme à considérablement réduire les écarts de richesse. 48 ans. Ce ne sont sans doute que les exemples les plus parlants de la modernité de la pensée de Clifford D. Simak, mais demeure que je ne m’en remets pas vraiment ; à quelques détails près, ce texte ne jurerait franchement pas avec d’autres s’il devait sortir aujourd’hui. Alors oui, évidemment, la traduction est un peu compliquée, par moments, et je n’arrive toujours pas à passer outre les concepts d’ouverture et de fermeture d’une radio ou la consommation d’une boîte de bière, comme le vouvoiement au sein de ce qui est de toute évidence un couple très proche ; mais oui, pour le reste, je n’ai pas eu beaucoup de choses pour me rappeler que ce texte était censément si vieux.

Et tout ça me donne un sentiment final terriblement mitigé. Parce que si je suis content de voir qu’effectivement, dans ce texte, je retrouve encore cette bienveillance innocente sans être candide que j’aime tant chez Simak, ainsi que sa foudroyante modernité de pensée ; force est de reconnaître, quand même, que ce texte n’est vraiment pas à la hauteur, en lui-même. Une intrigue certes prometteuse mais assez salement gâchée par ses exigences techniques, pas de personnages sur lesquels réellement s’appuyer, et aucun concept vraiment poussé à fond, sans parler d’une conclusion abrupte et franchement décevante. S’il n’y avait eu ces quelques preuves que l’auteur avait des décennies d’avance dans son esprit à me mettre sous la dent, entre les quelques concepts assez sympathiques et l’élégance de personnages positifs ne passant pas leur temps à se tirer dans les pattes dans une période de crise, sans pour autant verser dans la naïveté complaisante, j’aurais été dégouté.
Mais voilà, encore un vieux roman dont je retire la conviction profonde que je fais toujours bien de m’y confronter ; ils sont parfois la preuve que la question n’est pas toujours d’avoir de l’avance sur son temps mais de parvenir à faire en sorte que le temps ne prenne pas du retard sur d’importantes nécessités. Si un auteur dont je devine qu’il ne partageait pas avec moi toutes mes convictions mais beaucoup de celles que je considère comme vitales, avec tant d’écart temporel, avait pu exprimer avec tant de clarté tout ce qu’il a exprimé dans son œuvre ; comment se fait-il alors que je ne les retrouve pas dans tout ce que je lis d’autre aujourd’hui ?
Je n’aurais sans doute jamais de réponse à cette question. Mais je ne me lasserais jamais de la poser, sous cette forme et tant d’autres, sous les impulsions de tant de romans divers auxquels j’aurais donné leur chance, par curiosité.
C’est bien, la curiosité.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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