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Anthologie Féro(ce)cités, Éditions Sillex

Hounds to Hamartia – Poets of the Fall (extrait de l’album Jealous Gods)

Si je n’ai qu’une connaissance très limitée du catalogue des Éditions Sillex en dehors du Face au Dragon d’Isabelle Bauthian, j’ai une connaissance encore plus limitée en fantasy animalière, représentée dans mon catalogue personnel par le travail de Céline Badaroux et son duo Ravinger & Ward. Et bien que je ne sois que très peu porté par mon attention lacunaire aux prix littéraires, j’ai tout de même saisi l’occasion représentée par la récompense décernée aux Imaginales à l’Anthologie Féro(ce)cités pour me porter acquéreur d’un exemplaire. Parce que j’avais envie, comme toujours, d’autre chose, et aussi parce que je connaissais plus ou moins personnellement quelques noms présents à son sommaire, et que j’aime bien l’idée d’apprendre un peu à connaître des personnes par leurs proses. Ce qui a d’ailleurs amené à une séance de dédicaces extraordinaire dont je voulais convoquer fugacement le souvenir ici, pour le plaisir.
Et bon, on ne va pas faire la subtilité, le prix me semble tout à fait mérité, et cette anthologie est excellente de bout en bout. Et comme 10 nouvelles aux tons très variés, ça fait beaucoup, je ne vais pas faire dans le détail, vous me pardonnerez, personne n’a le temps pour ça et ça gâcherait sans doute le plaisir de la découverte pour cielles qui auront ce luxe à l’avenir.
Non, je vais plutôt faire un rapide tour de l’ensemble et vous dire pourquoi je trouve que la fantasy animalière, c’est plutôt cool, à l’instar, donc, de cette très belle anthologie.

Je commencerais par un évident mais appuyé hommage au travail des Éditions Sillex, qui ont donné naissance à un superbe objet-livre qu’on a plaisir à tenir comme à parcourir, ne transigeant sur aucun aspect qualitatif ; quand on se targue d’avoir des ambitions et des principes, c’est important de s’y tenir de bout en bout. J’estime que le contrat est rempli, et curieusement, ça ajoute un certain supplément de plaisir à la lecture. Entre le sommaire clair, les illustrations d’intérieur et l’organisation parfaite des nouvelles comme de leurs TW, je pense que la maquette de Féro(ce)cités est une des plus abouties que j’ai pu croiser ces dernières années. Je parle rarement de ces aspects, c’était l’occasion parfaite pour le faire, je pense. Mon seul bémol serait peut-être le sentiment d’un calibrage des nouvelles un peu trop strict ; au long de la lecture, j’ai parfois eu le sentiment que certaines nouvelles auraient mérité un peu plus de volume ou un certain élagage pour atteindre leur volume idéal. Ce n’est pas pour dire que mes lectures ont été gâchées en elles-mêmes, mais j’ai quand même ressenti à la longue ce qui s’approchait d’une certaine monotonie, anticipant un peu trop les fins des nouvelles par leurs tailles plutôt que par leurs rythmes propres, et c’est dommage. Peut-être qu’un tout petit peu plus de souplesse dans le traitement éditorial aurait permis de l’éviter. Mais je conçois aisément que dans l’optique égalitariste (absolument respectable) de la maison et le traitement des auteurices, c’eut été compliqué, donc c’est vraiment un détail.

Non, comme je disais, il y a là une densité d’excellence et une organisation interne qui permet à chaque texte de s’exprimer au mieux par contraste ou continuité avec le précédent. Alors forcément, certains textes m’ont moins parlé que d’autre, mais uniquement par la faute de leur cadrage ou de leurs choix narratifs plus que par leur qualité d’expression ; l’anthologie se proposant de diviser ses textes entre violence et douceur. J’ai assez clairement préféré l’aspect douceur, à la fois à cause de mon humeur du moment et de mes préférences littéraires générales, les textes se réclamant de la douceur faisant plus volontiers preuve des qualités que j’apprécie particulièrement en littérature.
Mais demeure que malgré mes goûts propres, je n’ai trouvé aucune nouvelle qui ne m’ait pas montré les capacités singulières de la fantasy animalière, la preuve d’un travail curatif de qualité et d’une certaine malice dans le choix du thème, ou du moins d’une malicieuse et efficace cohérence. Parce que cette anthologie fait en effet preuve d’une cohésion thématique globale que je trouve assez délicieuse et que je ne peux certainement pas considérer comme étant due au hasard.

Parce que ce que je n’avais jamais vraiment réalisé jusque là, faute d’assez de variété dans mes échantillons textuels, c’est que la fantasy animalière, bien au delà de certaines possibles facilités dans les caractérisations ou dans les structures narratives, permet aussi de considérablement charger en symboliques les récits qui s’en réclament. Certes, on peut facilement gagner du temps d’exposition en faisant de notre héro·ine une souris, un·e lapin· ou un pôtichat dans un monde rempli de bestioles autrement plus grosses ou féroces ; mais on gagne surtout, je trouve en capacité à faire un pas de côté. Ce que je veux dire par là, c’est que dans un récit de fantasy « classique », pour exprimer précisément un rapport de force ou un caractère donné, on a besoin de détails, de volume supplémentaire et nécessaire. Alors qu’en passant par le truchement de l’animalité, chargée de symboles inconscients et d’idées préconçues, on se passe d’intermédiaires qui risquent l’incompréhension ou l’incohérence. Alors certes, on perd sans doute en complexité dans les enjeux ou leurs présentations, mais on ne tombe pas pour autant dans le conte, qui n’est que symboles, on crée un pont entre des récits classiques et d’autres plus iconoclastes.
C’est sans doute un peu naïf de ma part de ne m’en rendre compte que maintenant, mais à ma décharge, la fantasy animalière est assez rare en nos contrées ; c’est sans doute pour ça que j’ai tant aimé cette anthologie, parce qu’elle a par sa seule existence créé une sort de manque. J’aimerais sans doute plus de ces récits à la fois simples et profonds, ou l’histoire prend autant de place que les symboles qu’elle transporte, de ces histoires où on comprend d’autant mieux l’intention qu’elle n’a pas trop besoin de s’exprimer pour trouver sa place en nous, parce que l’existence seule des personnages est un symbole assez clair en soi, un rappel à la fois tordu et direct à notre réalité. J’aime bien beaucoup ce genre de jolis petits paradoxes.

Et du coup, j’aime beaucoup cette anthologie pour sa construction comme son contenu, cohérent dans sa démarche et les idées qu’elle défend, entre les auteurices et les éditeurices qui la défendent iels-mêmes. Et si oui, il y a quelques petites choses qui ne m’ont pas enthousiasmé à la même intensité dedans, demeure que j’aimerais voir plus de ces démarches exister, parce qu’on a besoin de façon de faire et de dire les choses différemment, même si ce n’est qu’un tout petit peu.
Je ne crois pas que la fantasy animalière soit un sous-genre exceptionnel dans lequel on devrait tout écrire, il n’existe rien de tel, évidemment ; mais je crois sincèrement que nous avons besoin, toujours, d’une réelle diversité à tous les niveaux dans ce que nous écrivons comme ce que nous lisons.
Alors si moi-même je veux être cohérent, je dois encore une fois saluer l’initiative avec un sourire sincère.
Ce que je fais.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

3 comments on “Anthologie Féro(ce)cités, Éditions Sillex

  1. J’avais vu cette anthologie sur un blog, mais sans lui donner toute l’attention que, clairement, elle mérite. Ta chronique convaincue et convaincante corrige ce manquement et je note précieusement cette recommandation. Merci de mettre en valeur ce livre et un genre que je ne connais pas vraiment et que j’ai à présent hâte de découvrir !

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