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U-H-L #37 – Un an dans la ville-rue, Paul Di Filippo

Dark Necessities – Red Hot Chili Peppers (extrait de l’album The Getaway)

Attaquons d’emblée par un point essentiel : la France a beaucoup de chance d’avoir Pierre-Paul Durastanti. Non seulement le monsieur est absolument adorable, drôle et généreux dans son érudition, mais il a surtout un talent incroyable pour la traduction, qu’il met à profit pour rendre accessibles bons nombre de textes qu’on devine ardus malgré le franchissement de la barrière de la langue. Sans Pierre-Paul Durastanti, combien de merveilles n’aurais-je pas découvertes, je n’ose seulement l’imaginer, parce que ma vie sans Ken Liu (entre tant d’autres), je ne veux même pas y penser. Je refuse.
En bref, Monsieur Durastanti, pour tout votre travail et pour tous nos échanges passés et futurs, veuillez recevoir des grôcoeurs avec les doigts. Ça, c’est fait.
Maintenant. Si j’ai parlé de ce traducteur de grand talent, c’est évidemment pour faire un lien rapide, certes, mais très important avec le texte qui nous concerne dans la Chronique-Lumière du jour. Parce qu’une fois lu, je comprends mieux l’empressement dont M Durastanti a fait preuve – un immonde chantage affectif sur lequel je n’insisterai pas, par respect et pudeur – pour me le faire lire au plus vite.
Je devine que cette novella a dû être une jolie tannée à traduire. Ce qui, incidemment, rentre largement en ligne de compte quant à mon appréciation de cette dernière ; et ce que je vais tâcher, évidemment, de vous expliquer. Justifiant amplement à mes yeux cette trop longue introduction. Maintenant je peux vous dire exactement ce que j’en ai pensé.
En route.

Pour le dire vite, j’ai trouvé ce texte assez étrange. Encore et toujours une question de choix ; j’en viendrais à me trouver pénible aussi, je vous rassure. Mais disons que pour un monde comme celui qu’esquisse Paul Di Filippo, l’émaillant de tant de concepts prometteurs qu’il se contente de laisser en arrière-plan, j’aurais sans doute eu besoin d’un peu plus de substance, de promesses tenues, en quelque sorte. Si j’ai salué le travail de traduction, c’est bien parce que de l’altérité, du vocabulaire endémique, des idées, il y en a, dans cette novella, en quantité comme en qualité, mais jamais assez pour parvenir, je crois, à pleinement me convaincre que ce texte avait un but précis, une trajectoire à réellement suivre. J’ai eu, en le refermant, le sentiment que l’auteur était un peu passé à côté de son propre texte, même si de justesse. Ça se joue vraiment à rien, parce que j’ai trouvé quelques moments de bravoure, là dedans, qui valent vraiment le coup d’être lus, notamment dans cette étrange mais fascinante auto-mise en abyme du texte nous montrant à quoi pourrait ressembler une science-fiction dans un monde qui n’est pas le nôtre, où l’écriture du quotidien (j’aime beaucoup cette formule) nous apparaîtrait étrangère.

De fait, je crois que l’ambition de Paul Di Filippo avec Un an dans la ville-rue était finalement d’écrire un récit du quotidien dans un monde de science-fiction, en mettant cet aspect de côté, sans trop insister dessus. Se concentrant de fait sur ses personnages et leurs trajectoires, sans instaurer la distance didactique qu’on trouve habituellement dans les récits qui tentent de nous dépayser au maximum. Ce qui m’a donné, au final, ce sentiment de frustration mêlé de compréhension, cette étrangeté à la réception. Parce que si je comprend l’ambition littéraire d’exploration formelle, et la salue, d’une certaine manière ; je ne peux pas dire que je la trouve particulièrement utile ou agréable à lire, en tout cas pas dans un format aussi court. Ce qui quelque part est aussi à mettre à son crédit : comme souvent, j’en aurait simplement voulu plus pour pouvoir réellement profiter à fond. Tous les éléments propres à cet étrange monde, j’aurais voulu les lire développés sur beaucoup, beaucoup plus de pages, comme j’aurais voulu lire plus des idées du romancier de Cosmo-Fiction personnage principal et voir sa vie se dérouler sous mes yeux. Quelque part, avec cette novella, j’ai un peu eu le sentiment de lire le croquis préparatoire à une peinture autrement plus ambitieuse et complète, ce qui expliquerait le manque de contexte pour bon nombre d’éléments ou le déficit d’explications sur certains tenants et aboutissants, que j’aurais sans doute trouvés plus facilement acceptables dans un contexte différent.

Demeure que ce texte est bon, tout de même, pour ses qualités de pur dépaysement et d’ambiance. Un peu verbeux, peut-être, par moments, mais néanmoins avec une indéniable qualité de prose ; l’occasion, encore une fois de saluer le travail de traduction qui participe sans le moindre doute à la réussite du texte, notamment dans ses dimensions immersives et techniques. Pour être honnête, je n’aurais sans doute pas autant apprécié Un an dans la ville-rue si ses aspects les plus pratiques, extra-diégétiques, ne m’étaient pas parus si évidents ; j’ai d’autant plus apprécié ma lecture que j’en ai discerné les difficultés au delà de ses qualités propres. J’imagine que c’est une chance, tout le monde n’a pas mes yeux ni ce goût pour la complexité analytique.
Cette novella n’est pas de mes favorites de la collection Une-Heure-Lumière, parce que la concurrence au top du top y est de plus en plus rude, mais elle se place tranquillement dans le tout venant du très bon, ce qui demeure encore et toujours le standard de cette collection que j’aime d’amour. À l’instar de Pierre-Paul Durastanti, donc, comme tou·te·s les traducteurices de grand talent que nous avons l’immense chance d’avoir dans notre joli pays qui a une langue si compliquée.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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