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L’étrange vie de Nobody Owens, Neil Gaiman

Black Holes (Solid Ground) – The Blue Stones (extrait de l’album Black Holes)

Neil Gaiman fait partie de ces auteurices que je sais humainement respecter – jusqu’à éventuelle raison de cesser, on est jamais sûr de rien, 2022, vous-mêmes vous savez – mais dont l’œuvre me parait me paraît être très déséquilibrée dans mon prisme de perceptions. Entendez par là que j’ai lu quelques uns de ses bouquins, avec des résultats très disparates, allant du chef d’œuvre American Gods (qu’il faudrait que je relise histoire d’être sûr) à L’Océan au bout du chemin dont des années après je me demande encore ce qu’il essayait de raconter, sans pour autant le détester. En fait, avec Gaiman, j’ai toujours envie de le lire avec à l’esprit le potentiel de la brillance, mais sans jamais oublier la possibilité d’être complètement laissé sur le bord du chemin.
Et donc, aujourd’hui, avec L’étrange vie de Nobody Owens, il était question de savoir dans quelle catégorie j’allais tomber tout en complétant ma connaissance du travail d’un auteur qui tout de même, me semble être désormais affirmé comme un nom important de l’Imaginaire mondial.
La réponse est la deuxième catégorie, ne faisons pas dans le faux suspense. C’était pas mauvais, en soi, mais bon, j’ai pas vraiment compris l’intention. Creusons un peu, pour voir.

Le jeune Nobody Owens vit une étrange vie dans un cimetière, recueilli alors qu’il était tout bébé par un couple de fantômes, afin de le protéger contre celui qui a assassiné toute sa famille, n’échouant que de peu à mener son massacre à bien grâce à l’intervention de Silas, curieux personnage se trouvant sur place. Nous suivons le jeune Nobody alors qu’il découvre ce qu’est être vivant au milieu des morts, interdit de sortir du cimetière, seul lieu où il est réellement à l’abri de la menace qui pèse sur lui depuis sa naissance.

Alors, pourquoi ça marche pas vraiment pour moi. Comme souvent, c’est plus une question de frustration que de réel dégoût. Le truc, c’est que Neil Gaiman, qu’on soit client de son style ou de certains de ses choix narratifs, on peut difficilement lui retirer son talent ; il sait mettre en adéquation son style, ses ambitions et son atmosphère. En résulte ici ce qu’on pourrait appeler un conte philosophico-gothique, en faisant un peu de contorsion. Encore une fois, il s’agit pour moi d’utiliser la face plus symbolique du Fantastique que son aspect inquiétant ou angoissant, le surnaturel est ici plus un prétexte au symbole qu’un outil narratif à proprement parler. Si je devais extrapoler un peu, je dirais que tout ce que vit Nobody dans ce court roman, ce sont des aventures dans sa tête, des retranscriptions de fantasmes et d’idées, des sublimations de choses moins fantaisistes, plus pragmatiques. C’est un usage respectable de l’Imaginaire, évidemment, juste pas celui qui m’intéresse le plus. La mimésis est souvent un peu trop transparente à mon goût, j’y perds d’autant plus en sense of wonder que je vois à travers ce qui reste ; et de fait, je m’y ennuie assez aisément

Et donc oui, je me suis un peu ennuyé en lisant L’étrange vie de Nobody Owens, mais pas assez pour abandonner non plus. C’est ça le truc avec Gaiman, c’est qu’il arrive toujours à m’accrocher un minimum. Je n’ai jamais été passionné par ce roman, mais quand même toujours intrigué ; mon problème n’est pas tant ce qu’il y avait que ce qu’il n’y avait pas. C’est là qu’on revient au côté conte/merveilleux : ce roman va beaucoup trop vite. Plein de concepts intéressants dans leurs potentialités, mais rien n’est vraiment creusé, tout est superficiellement traité. Comme si les quelques ébauches d’idées se suffisaient à elles-mêmes, sans nécessiter de jamais être étudiées ou expliquées plus avant, faisant joliment acte de présence. Alors qu’au contraire, je trouve que tout ça aurait mérité bien plus de soin et de ramifications dramaturgiques. Clairement, mon problème avec ce roman, c’est qu’il manque de chair, de substance. Des chapitres et des scènes déliées les un·e·s des autres, des événements et péripéties trop simplistes, des protagonistes et antagonistes réduits à leurs plus simples expressions et caractéristiques ; ce n’est pas suffisant pour que je me sente investi. Si j’osais, je dirais que Neil Gaiman s’est peut-être trop fait confiance ou a trop fait confiance au genre qu’il a convoqué pour faire le cœur du travail à sa place. Comme si le sens profond de son histoire était si évident et clair qu’il ne nécessitait pas vraiment d’être explicité ou simplement un peu discuté. Dans un sens, c’est peut-être juste, mais il n’empêche que j’aurais sans doute été plus facilement et profondément convaincu par un développement plus profond des personnages comme des enjeux dans lesquels ils gravitent.

Comme souvent avec ce genre de récit, je me suis trouvé spectateur indifférent et passif, jamais impliqué, jamais vraiment curieux, attendant simplement que les choses se passent, n’haussant même pas un sourcil, n’esquissant pas un soupir au moment où elles se passent effectivement, ni déçu ni surpris. Juste… présent, histoire de dire. Je n’ai rien ressenti de précis en le lisant, j’attendais vaguement la fin en espérant encore plus vaguement un retournement ou un dénouement changeant quelques paramètres, peut-être, histoire de donner du sens à certains éléments ou événements. Mais rien ou presque, parce que je n’ai jamais trouvé dans le récit ce à quoi vraiment m’accrocher pour me motiver à croire que j’allais y retrouver de quoi être ému, dans un sens ou dans l’autre. Si j’osais, je dirais que ce n’était à mes yeux que la silhouette évidée d’un roman plus intéressant. À vrai dire, j’aurais presque préféré ne vraiment pas aimer certains éléments pour pouvoir avoir autre chose à vous rapporter que ma polie mais ferme indifférence. Quelque part, ce roman m’apparaît presque trop lisse, trop inoffensif, trop joliment calibré, trop éthéré, pour que je le trouve vraiment digne d’intérêt. Je l’ai lu, oui ; mais après ?…
*Bruit de bouche dubitatif*

Je me rends compte que je sonne sans doute assez cruel, voire condescendant. Tant pis, je pense que Neil Gaiman s’en foutrait, et que ses lecteurices enthousiastes devraient aussi. On est simplement dans ce genre de cas où la rencontre n’était simplement pas envisageable. Ce roman n’était pas pour moi et je n’étais pas son public cible. Si je conçois et imagine parfaitement les raisons faisant que quelqu’un·e ait pris beaucoup plus de plaisir que moi en lisant ce roman, je sais aussi et surtout pourquoi il n’était pas pour moi : il correspond simplement à une vision de la littérature qui ne m’intéresse pas, ou plus. En tout cas pas assez en ce moment.
Le fait est que je n’y ai simplement pas trouvé de proposition littéraire qui me parle un tant soit peu.
Bah. J’aurais d’autres occasions de lire Neil Gaiman dans d’autres circonstances et dans d’autres œuvres ; l’avantage d’un roman aussi inconséquent dans sa bibliographie, c’est précisément, pour moi, qu’il soit inconséquent, finalement.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

3 comments on “L’étrange vie de Nobody Owens, Neil Gaiman

  1. Autant j’avais aimé L’océan au bout du chemin, autant Nobody Owens ne m’avait pas convaincue non plus. Même si tous deux m’ont laissé des souvenirs flous, je me souviens avoir trouvé ça pas désagréable, mais clairement pas à la hauteur d’un American Gods ou d’un Sandman, un goût de « ok… pourquoi ce livre ? ». Cependant, avec Gaiman, j’ai toujours envie d’aimer donc j’avoue ne pas avoir ton objectivité et d’être toujours dans une quête de points positifs. Le seul que je n’ai vraiment vraiment pas aimé, c’est Anansi Boys…

    Aimé par 1 personne

  2. Parlons fiction dit :

    Je découvre ton blog aujourd’hui et c’est un vrai plaisir de le parcourir ! J’aime beaucoup Neil Gaiman pour sa créativité et l’originalité de ses univers. Je trouve qu’il réussi toujours à proposer quelque chose de singulier à travers chacun de ses romans. Pour autant, je n’accroche pas toujours avec ses livres et j’ai eu le même ressenti que toi sur L’étrange vie de Nobody Owens. Cela me fait plaisir de lire une chronique comme la tienne car je me sens comprise. L’histoire était intéressante, l’univers également, mais je ne me suis jamais sentie impliquée. J’avais la sensation de lire un conte que l’on me racontait de loin. Si je l’aimais assez pour le lire jusqu’au bout, je ne l’aimais pas assez pour en garder un souvenir impérissable.

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Merci beaucoup, bienvenue à toi ! =)

      Aimé par 1 personne

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