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La jungle de pierre, Gilles Thomas

Jungle Julia II – Be The Wolf (extrait de l’album Empress)

Julia Verlanger fait partie de ces noms qui me font de l’oeil depuis un petit bout de temps. Entre la propagande féroce – terme que j’utilise avec tendresse – de certaines personnes de mon entourage littéraire virtuel, le fait que la dame a une réputation, et rien de moins qu’un prix à son nom, je me prépare à la découvrir depuis longtemps. Sans compter son statut de femme forcément invisibilisée par les turpitudes d’un monde dont on sait les défauts, désormais, j’étais déterminé à explorer son travail, fût-il sous pseudonyme. Ce que j’ignorais, d’ailleurs, jusqu’à ce que l’ami Xavier Dollo me mette cet exemplaire de La jungle de pierre entre les mains, posant déjà un éclairage intéressant sur une partie de son travail ; il y a avant même de commencer, un filtre de lecture à appliquer sur ce roman, écrit par une femme se sachant invisibilisée, pour des hommes ne voulant censément pas d’elle dans cet univers littéraire. Je savais avant même de l’ouvrir que ce texte me donnerait du grain à moudre. Et vous le savez, j’aime bien ça, moudre du grain.
Et donc, nous y voilà ; comment était-il, ce premier contact avec Julia Verlanger, aka Gilles Thomas ?
Eh bah un peu bizarre, pour être honnête. Pas mauvais, mais pas enthousiasmant non plus. Un peu décevant tout en étant joyeusement surprenant. Mais indubitablement intéressant. Parlons-en.

Giraud est un Errant. Voyageur des étoiles solitaire, habitué à se débrouiller seul, à vivre sa vie sans trop de pressions ni obligations. Sauf qu’il se retrouve piégé sur Breskel, hostile petite planète minière, avec un vaisseau en panne, et des frais bien trop élevés pour son modeste portefeuille. S’il veut pouvoir repartir d’ici, il n’a guère le choix : il devra combattre dans l’Arène. Et le sort s’acharne, puisqu’il se voit obligé de combattre en duo plutôt que seul, avec une personne qu’il ne connait pas, pour que le gérant de l’endroit l’autorise à combattre en le payant une somme correcte.

Intéressant, donc, parce que ce que je viens de lire, c’est, en soi, un petit roman d’aventures spatiales sans ambitions débordantes, écrit par une femme qui, à mes yeux, remplissait avant tout un cahier des charges. Avant même de juger de la qualité intrinsèque du bouquin, il me paraît indispensable de préciser ça d’emblée : Julia Verlanger, dans ce texte, me semble travestir sa plume. Alors certes, je n’ai rien lu d’autre d’elle. Mais il n’empêche que sachant qui est le Gilles Thomas derrière ce texte, impossible de ne pas remarquer à quel point le male gaze est forcé ou plus simplement à quel point le côté sévèrement burné de ce texte confine parfois à la parodie. Tout en laissant tout de même transparaître des considérations, qui, dans l’épais nuage de testostérone artificiel que constitue ce roman, font presque tâche par leur transversalité. C’est dans l’ensemble assez amusant parce qu’il est aisé d’imaginer l’autrice balancer du texte cru et bas du front en le plaquant sur une vision assez juste de la production masculine FNA de l’époque ; mais c’est aussi à contrario un peu frustrant par moments, parce que ça fait aussi un peu redite avec les vieux clichés. Très sincèrement, je me suis même dit que l’exercice de style était par moments un peu vain : puisque de toute évidence Julia Verlanger pouvait et voulait faire autre chose, pourquoi ne pas nous donner, précisément, cet autre chose ?

Alors, évidemment, les contraintes probables de l’époque, comme ce fameux cahier des charges sont sans doute les raisons primaires de ce que j’ai du mal à voir comme autre chose qu’un renoncement, mais que je ne saurais imputer directement à l’autrice sans une sacrée dose de mauvaise foi. Et il puis demeure surtout que ce petit texte, malgré ses failles « morales », propose pas mal de petites choses assez cools. D’abord un rythme bien maîtrisé, une aventure sympathique, et des dynamiques plaisantes, surtout dans l’optique de 1979, des flashs de modernité toujours bienvenus. Et puis aussi, une petite vibe que je qualifierais volontiers de Wagnerienne, la faute à mon parcours de lecteur sans doute, ici chronologiquement inversé, je crois. Puisque l’influence que je ressens dans le texte, c’est sans doute elle qui l’a passé à lui, plutôt que l’inverse ; me faisant volontiers penser à un roman comme Les psychopompes de Klash. Toujours est-il que la parenté stylistique et thématique est assez indiscutable à mes yeux, entre la légèreté de ton et de mœurs et certaines considérations insérées en filigrane, avec subtilité mais pas sans mordant. Alors après, certes, j’ai trouvé quelques lourdeurs et maladresses que la distance temporelle rendent sans doute plus difficile à écarter, comme des ficelles un peu trop grosses sans doute dues à la volonté de marcher dans certains clous, mais il y a clairement du talent à l’œuvre.

À l’aune du roman seul, le bilan est clairement mitigé, la faute à un calibrage sans doute un peu trop standardisé, à une volonté de faire les choses de la manière attendue plutôt que naturelle ; une méthode qui m’aurait sans doute plus parlé. De bonnes et très bonnes idées un peu noyées dans des considérations datées et pas toujours plaisantes. Une bonne petite lecture, qui file droit, mais s’interdit elle-même de faire du hors-piste. Plaisant et frustrant à la fois.
Par contre, en ce qui concerne Julia Verlanger elle-même, mon intérêt est diablement renouvelé. Si cette autrice était à ce point capable de se transformer et de maîtriser des codes qui semblaient ne pas vraiment lui convenir, alors je pourrais trouver dans ses travaux plus personnels de quoi me ravir.
Si ce premier contact avait dû être le seul, j’aurais été frustré et déçu. Mais puisqu’il ne sera certainement pas le dernier, je suis titillé, curieux, et peut-être même prudemment enthousiaste.

Au plaisir de vous revoir.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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