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La Séquence Aardtman, Saul Pandelakis

never was mine – flor (extrait de l’album ley lines)
Come On, Get In – KT Tunstall (extrait de l’album Tiger Suit)

Vous savez comme je vous fais régulièrement le coup d’être terrifié à l’idée de ne pas être capable de rendre justice à une lecture que je viens de faire. Ce problème ne pas pas se poser aujourd’hui, tout au contraire. Aujourd’hui, je suis heureux à l’idée d’être somme toute incapable de verbaliser avec précision et exhaustivité le merveilleux tourbillon d’émotions qui m’habite alors que j’ai refermé le roman dont je vais faire l’éloge. Parce que oui, si je vais évacuer d’emblée les minuscules reproches que je pourrais formuler à son égard, l’essentiel de mon propos va tenir de la louange sans ambages.
C’est pour ça que je n’ai pas peur, pour une fois. Ou pas autant ; d’une part parce que j’ai appris, avec ce roman plus qu’avec aucun autre, à accepter mes limites dans l’exercice, et d’autre part, surtout, parce que je m’en fous complètement, de ne pas être précis ou exhaustif lors de cette chronique. Parce que tout ce que je vais vous dire aujourd’hui, j’aurai l’occasion de le redire, encore et encore, d’explorer tous ces sentiments plus profondément à chaque fois que je recommanderai La Séquence Aardtman à quelqu’un·e avec une fièvre que je devine d’ors et déjà insupportable, et sans doute même de découvrir dans les plis et les replis de cette petite merveille encore plus de raisons de l’adorer.
Voilà. Aujourd’hui on va parler d’un incroyable premier roman, dans le sens où je n’arrive effectivement pas à croire que ce soit effectivement un premier roman, mais aussi dans le sens ou bordel qu’est ce que c’était bon. Si bon.

Dans un futur ou la population humaine s’est drastiquement réduite par la conjoncture d’une population robotique en expansion, la difficulté croissante à habiter sainement la planète et la volonté de l’humanité de conquérir les étoiles, nous suivons Roz et Asha, un humain et une bot, tou·te·s deux transgenres, dans leurs parcours parallèles. Elle vit sur Terre, partagée entre ses ami·e·s et son travail compliqué de psychologue bot, obligée de courir après les points d’un système de crédit complexe et assez cruel. Lui vit dans un vaisseau autonome, loin de la Terre, en route pour explorer le cosmos et trouver des planètes terraformables. De leurs deux trajectoires que rien ne semble vraiment rapprocher, des proximités vont se révéler.

Alors évacuons directement ces petites scories évoquées plus haut, qui ne méritent rien de plus qu’une mention rapide, en passant ; elles seront oubliées bien assez tôt, surtout en regard du reste. Quelques audaces stylistiques superflues, quelques maladresses dans la syntaxe, ça et là, parfois, causant quelques fugaces incompréhensions, oui, tout comme quelques longueurs. Une ou deux interludes qui ne font pas vraiment le poids face à d’autres, dans le fonds ou la forme, effectivement, souffrant surtout du fait que les autres interludes sont vraiment sublimes, certes, mais quand même.
Mais voilà. En dehors de ça ; des pinaillages que j’admets bien volontiers mesquins pour affirmer encore une fois une illusoire forme d’objectivité analytique. En dehors de ça… Eh bah ça défonce en tous points, qu’est ce que vous voulez que je vous dise. La Séquence Aardtman fait tout simplement partie de ces romans aussi rares que merveilleux qui parviennent à taper en plein centre de la cible, au croisement d’un improbable diagramme de Venn éphémère, n’existant que le temps de leur lecture. Je vais tâcher d’y revenir aussi bien que possible, mais Saul Pandelakis a réussi avec ce premier roman (!) à faire sauter mes digues analytiques pour m’emporter dans un tournoiement sublime d’émotions, de concepts, de sense of wonder et de philosophie, avec douceur, sensibilité et brillance, sans jamais verser dans le pathos, la pédanterie ou la masturbation intellectuelle. Non, l’équilibre est ici, je pense, un des plus parfaits que j’ai pu lire depuis longtemps. C’est trop fort, faute d’une expression plus châtiée.

En fait, fondamentalement, je pense qu’à l’instar d’autres romans qui m’ont fait énormément de bien ces derniers temps, La Séquence Aardtman était un roman absolument parfait pour le moment où je me suis décidé à le lire. Parce que bordel, que des bouquins comme celui-là font du bien. Bien au delà de dresser des réflexions absolument passionnantes sur le potentiel futur de l’humanité, sa descendance, comme sa transcendance, fût-elle mécanisée, d’habiter toutes ses réflexions avec un organisme divin liant le micro et le macro, les destins collectifs et individuels, Saul Pandelakis semble toujours le faire avec l’empathie au cœur, comme directive cardinale. Il aurait pourtant été si simple de dérouler le fil d’une histoire efficace et directe, qui ne m’aurait pas déplu, au contraire. Mais en tirant ainsi sur d’autres fils inattendus, en explorant des thématiques et des questionnements qui lui appartiennent en plein, effleurant l’intime, et débordant ainsi d’une touchant sincérité, l’auteur atteint le sublime, la synergie singulière entre l’idée et ses réalisations, dans une arborescence lumineuse. Et oui, j’en fais des caisses, mais c’est parce que c’est ce que j’ai ressenti en lisant ce livre, je suis obligé de verbaliser d’une façon si pyrotechnique mes sentiments pour seulement essayer de vous donner une idée de mon vertige à la lecture de certains passages.

Je le dis parfois sans être certain de pouvoir le penser éternellement – mais on fera avec pour le moment – mes romans favoris sont ceux qui parviennent à faire exploser mes réflexes analytiques. Ceux qui m’happent et ne me lâchent jamais, me forçant, d’une certaine manière, à juste kiffer. Ils me m’empêchent certainement pas d’analyser certaines séquences ou des gimmicks au long cours, de repérer des astuces ; ils me permettent plutôt de m’oublier, et – comme me le fait désormais dire ce cher Lionel Davoust – d’oublier la guerre. Oui, j’ai été hyper impressionné par le subtil mais efficace changement de style dans le deuxième interlude, donnant encore plus de poids à ce qui y était raconté, comme j’ai été bluffé de bout en bout par l’oralisation absolument impeccable de tous les dialogues, ou encore par l’intrication des enjeux métaphysiques à une intrigue globale tenant presque de la tranche de vie. Mais quelle tranche de vie, bon sang. Quels personnages.
Et combien de gutpunches, de phrases à la formulation si parfaite, au cisèlement si précis qu’elles viennent se glisser quelque part dans le cortex pour ne plus jamais en repartir, calées à mort ? La réponse est « bien assez ». Mention spéciale à Roz, dont l’écriture de la dépression – y compris entre les lignes – est une des plus percutantes et réussies que j’ai jamais lues, ce qui, évidemment, en tant que dépressif, m’a particulièrement parlé. Surtout parce que j’y ai trouvé tout à la fois les difficultés inhérentes à cette condition, mais aussi les moments de grâce sachant s’y nicher comme nulle part ailleurs. L’équilibre, encore une fois.

Ce qui m’amène, très indirectement, au positionnement politique évident et extrêmement queerfriendly du roman, qui n’est pas la moindre de ses qualités. Je l’ai déjà dit, et je le redis : l’inclusivité dans notre Art narratif, qu’il fût littéraire ou non, au delà d’être bienvenu, c’est nécessaire. Déjà parce que ça ne peut faire que du bien, mais aussi et surtout parce que ça apporte une richesse narrative et symbolique absolument démentielle. Saul Pandelakis ne fait jamais de la transidentité de ses personnages principaux un enjeu central, de même que pour toutes les caractéristiques secondaires de certains de ses personnages secondaires. Ce ne sont, dans ce texte, que ce que ça devrait être : des détails, des spécificités, auxquel·le·s on n’accorde que l’importance utilitaire nécessaire le cas échéant. Et pourtant, en contrepoint, toutes ces choses enrichissent d’autant plus le monde, qu’il fut littéraire ou réel. Ça semble bête à dire, comme ça, voire même un peu fleure bleue, j’en conviens. Mais n’empêche que ça fait un bien fou, surtout quand c’est aussi bien fait : parce que ça prouve à quel point ces détails devraient n’être que ça. Des ajouts, rien de plus, à notre réalité. Des choses dont on doit tenir compte, évidemment, mais qui ne retirent rien à personne ; au contraire, elles nous donnent des occasions répétées de nous rapprocher les un·e·s des autres pour mieux nous connaître, mutuellement, et nous mêmes. Par un de ces mécanismes humains si étranges qu’on n’arrive jamais à s’expliquer, qu’on passe trop de temps à tenter de décortiquer en vain, mais qu’on s’émerveille sans cesse de vivre, on évolue, on progresse, pour peu qu’on en ait l’envie et/ou la volonté, simplement une basique décence humaniste.
Moi je trouve ça balaise d’avoir réussi à l’écrire de façon si claire et touchante. En tout cas je suis heureux d’avoir su retrouver ce sentiment-là dans ce texte-là.

Brillant et lumineux. Je veux plus de ces textes-là, qui envoient la grise tragédie se faire cuire un œuf sur une autre planète. Qui n’oublient, pas, certes, que c’est pas toujours facile, loin de là, et que la vie comporte son lot d’injustices et de stupidités auxquelles on doit faire face en permanence ; mais qui surtout savent cueillir les moments de grâce, les instants suspendus, cachés un peu partout, qui savent se révéler à nous aux timings idéaux, y compris dans l’œil du cyclone. Surtout dans l’œil du cyclone.
Un tel sentiment de complétion à la fermeture d’un bouquin, je ne l’ai pas connu souvent. Et il place d’office Saul Pandelakis dans la liste des gens dont j’attends désormais beaucoup, et avec une franche impatience teintée d’un indécrottable enthousiasme. Il me semble que cet auteur a compris un truc : j’ai très hâte qu’il m’explique encore.
Rien à dire de plus. La Séquence Aardtman est une exceptionnelle réussite que j’ai hâte de conseiller à tout le monde.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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