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Univers 04 – Mars 1976

Si vous regardez bien, vous verrez que certains illustrateurs sont vraiment incorrigibles, et ce sous tous les prétextes.

Maintenant que décision a été prise de lire tous les Univers sur lesquels je vais pouvoir mettre les mains, la difficulté de choix à leur égard a changé de registre. La vraie question maintenant est pour moi : dans quel ordre ? Étant donné que je les trouve d’occasion uniquement, l’ordre chronologique est évidemment exclu. Et les couvertures étant ce qu’elles sont, en lien avec des choix anthologiques pas toujours cohérents en dehors de la qualité que la rédaction de la revue leur prête, forcément, difficile de me fier à cette variable là. Le hasard, donc, ou les noms sur la couverture ; puisque je suis toujours le même pénible à ne pas vouloir aller au-delà des textes, et rien que les textes. Mais puisque je suis encore ce petit bout de pénible en plus, cette fois, j’ai fait confiance à ma compagne, qui a feuilleté le présent numéro et était curieuse de savoir ce que j’allais pouvoir en tirer, parce que ce dernier s’affiche comme consacré pour une bonne part à l’humour. J’aime me sacrifier pour l’équipe, vous le savez maintenant ; toutes proportions gardées, bien entendu.
Dont acte.

Neuf existences, Ursula K. Le Guin
Rien de nouveau, je ne suis pas spécialement fan d’Ursula Le Guin, en dépit d’un profond respect envers son immense contribution aux littératures de l’Imaginaire ; sachant cela, je n’étais pas spécialement confiant envers ce récit avant de le démarrer, espérant à la rigueur qu’un ton correspondant à la promesse de légèreté de ce numéro change un peu ma perception de l’autrice. Perdu.
Une nouvelle très fidèle à l’image que je me fais d’elle, finalement : c’est conceptuellement solide, avec un questionnement passionnant en soi sur l’idée d’un eugénisme capitalisé, mais c’est très froid et technique ; ce qu’on gagne en réflexion théorique pure, on le perd très vite en factualité clinique et en manque d’empathie envers les personnages. Ce qui leur arrive est relativement intéressant en soi, mais la narration très extérieure – sans doute pas aidée par une traduction vieillotte, d’ailleurs – passe très vite sur les émotions qu’on attendrait d’une telle histoire et nous relate trop sobrement les faits avec un regard surplombant. Je ne suis jamais rentré dedans, et je suis arrivé au bout avec un terrible goût de trop peu. Sans compter qu’au delà de cette tenace et désagréable sensation qu’Ursula Le Guin aimait plus les idées que les personnages dont elle se sert pour les exprimer, ce texte en particulier est carrément déprimant.

Quant à notre fatale continuité…, Brian W. Aldiss
Concept intéressant ; la critique post-mortem de l’artiste (science-)fictif Dayling, titrant toutes ses œuvres d’après les dernières paroles de personnages plus ou moins célèbres. C’est un peu rigolo, et conceptuellement parlant, c’est pas inintéressant, mais malheureusement, on reste surtout dans l’exercice de style. L’intelligence de l’auteur, ici, c’est avant tout, je pense, de ne pas trop faire trainer son texte pour éviter l’ennui ; la curiosité subsiste juste le temps d’en finir. Ça manque seulement un peu de substance pour vraiment me convaincre, étant donné que ça ne raconte pas grand chose de plus que son idée centrale et de quelques détails annexes.

Goslin day, Avram Davidson
Incompréhensible et de fait assez insupportable. Je n’ai pas compris l’idée, je n’ai pas compris l’intrigue, je n’ai pas compris la tentative permanente d’humour absurde, je n’ai pas compris l’usage extensif de néologismes vains et d’incises absconses, je n’ai pas compris le lien avec la religion juive, je n’ai pas compris la tentative de traduire une nouvelle si clairement intraduisible : je n’ai pas compris. Extrêmement frustrant.

Ariane hors Flaubert, Yves Di Manno
Encore pire en terme d’incompréhension. Exercice de style ou tentative formelle avant-gardiste, je ne saurais dire ; toujours est-il que là aussi, je suis complètement largué à tous les niveaux. Un pur délire conceptuel autour de Flaubert et de ses personnages auquel je suis resté absolument hermétique.

Quelques miettes de divin, Michael D. Toman
Enfin, la promesse de ce volume semble être tenue, fut-ce ponctuellement. Variation espiègle autour du thème de Jésus Christ comme figure mythique et populaire. Fragments parodiques d’œuvres ayant plus ou moins survécu au passage du temps, formellement ou en terme de célébrité, ça marche quand même vraiment bien, dans l’ensemble, qu’on ait la référence ou non. Ça se lit comme une bonne parodie des Inconnus avant l’heure : très rigolo et assez malin.

La gloire, Jean Cox
Un ton assez mélancolique mais pas trop, confinant doucement à un doux-amer pas désagréable grâce à un dosage efficace, autour d’un concept intéressant, j’aurais volontiers dit de ce texte qu’il n’était simplement pas inintéressant, jusqu’à une chute assez maline, ou en tout cas suffisamment élégante et bien tournée pour me surprendre, et me faire dire qu’il est meilleur que ça. Pas forcément exceptionnel, de par des implications et une narration assez classiques, mais j’ai aimé son atmosphère rare.

C’était un jeu plutôt bizarre dans un monde un peu idiot, Pierre Ziegelmeyer
Abandon las au bout de quelques pages et autant de soupirs, pour celle-ci. Le verbiage abscons, sans maîtrise, ce n’est pas amusant, c’est pénible. Cette nouvelle démantibulée se lisait écrire avec un ravissement arrogant bien trop criant pour être seulement supportable, un peu comme du sous-Damasio réussissant le tour de force de le caricaturer avant même son existence, néologismes, assonances et allitérations à l’appui. Pour vous situer. D’autant moins supportable, d’ailleurs, quand la blague, c’est par exemple de créer une organisation dont l’acronyme faite P.U.T.E.. Vous me pardonnerez ma condescendance, mais j’estime avoir passé l’âge.

Petit manuel de conversation courante à l’usage des touristes, Joanna Russ
Comme son nom l’indique, sauf que le twist, c’est que les touristes en question sont interstellaires. Conceptuellement, c’est assez rigolo, et les efforts d’abstraction sont assez réussis, mais formellement, évidemment, c’est pas fifou ; on ne lit pas un guide conversationnel comme un roman, pas plus qu’on ne l’écrit, donc ça ne rend pas la lecture de cet exercice de style particulièrement gratifiant. Disons qu’on comprend mieux pourquoi avoir une intrigue et des personnages, généralement, ça aide à fluidifier les idées qu’on compte présenter. Amusant mais manquant encore une fois cruellement de substance.

La grande illusion, Eando Binder, Jack Williamson, Edmond Hamilton, Raymond Z. Gallun, John Russel Fearn
Nouvelle collective, donc, écrite, comme l’explique l’exergue fournie par la rédaction, selon le principe du round robin ; le premier auteur écrit d’abord la fin, puis le second la partie précédente, etc…
Et franchement, compte tenu de la contrainte technique un peu ridicule de difficulté, cette nouvelle ne s’en sort pas si mal. On pardonnera de fait les info-dumps et dialogues d’exposition aussi fréquents que guindés pour plutôt se concentrer sur un concept central pas piqué des hannetons et une continuité très solide entre les différentes parties et auteurs. Ce n’est pas parfait, bien évidemment, mais on devine qu’aucun travail de lissage n’a été effectué sur le produit fini afin de bien montrer les jointures à l’arrache. Je me dis qu’avec un peu de soin postérieur, on tiendrait un texte tout à fait appréciable, surtout en considérant qu’il a été écrit dans les années 30. Je m’attendais à trouver l’exercice aussi futile que passable, j’ai été très agréablement surpris. Bon, c’est toujours pas très rigolo, par contre. Je commence à subodorer une certaine forme de foutage de gueule.

Et pour finir, avant les dossiers et autres critiques, ce que la rédaction appelle un « port-folio » signé Cristopher Foss, titré Arrival and departure ; une très courte histoire en très belles illustrations de pleine page. C’est joli, mais c’est trop bref à mes yeux pour mériter qu’on s’y attarde particulièrement, d’autant que l’histoire en question ne contient rien de vraiment frappant. Ç’aurait sans doute été bien mieux valorisé en accompagnement de ladite histoire narrée de façon traditionnelle ; c’est peut-être aussi pour ça que je ne suis pas client de bande dessinée en règle générale, l’esthétisme ne me suffit guère.

[P.S] Complément d’informations.
D’abord un petit dossier de présentation d’Ursula Kroeber Le Guin, par Anthelme Donoghue.
Qui, franchement, ne m’aide pas à redorer l’image que je m’était faite de l’autrice, certes brillante et précieuse, mais quand même un brin hautaine et dédaigneuse ; que ce soit envers son public ou envers ses coreligionnaires écrivain·e·s. L’auteur nous rapporte notamment que l’autrice estime que les lecteurs chevronnés de SF se contentent de n’importe quoi tant que c’est estampillé SF, que la critique est impuissante à correctement faire son travail dans ce domaine, ou que K. Dick ne sait qu’être le meilleur tandis que Zelazny se contente très bien d’être régulièrement médiocre, par exemple. Je trouve ça pas ouf, sincèrement, et pas uniquement parce que je devrais me sentir visé, mais surtout parce que c’est quand même sacrément abrupt, comme jugement, et pas très sympathique, tel que c’est formulé. Anthelme Donoghue se permet même de nous dire qu’il est d’accord avec elle mais qu’il considère quand même que ça tombe dans la « simplification outrancière ». On va dire ça.
Mais ironiquement, quand il s’agit de parler d’elle en tant qu’autrice, on en revient très vite à ce que je reproche à une grande part du fandom encore aujourd’hui à son propos, et c’est bien la tokenisation. Ursula Le Guin devient un jalon, un passage obligé de la SF, grâce à La Main Gauche de la Nuit, évidemment, mais aussi, surtout et avant tout parce qu’elle est une femme dans un monde d’hommes ; qui a réussi à tirer son épingle du jeu à leur dépens. Et qui, je le crains, lui font une place, pas tant par réel respect que pour ne pas paraître mauvais perdants d’un jeu auxquels ils sont les seuls à jouer. Et de fait, l’auteur de ce petit bilan professionnel n’ira pas plus loin que les évidences que constituent ce titre et Les Dépossédés, y compris quand il s’agit d’en parler. Voilà, les prix Hugo, parce qu’il n’y a que ça de marquant ou de parlant, juste avant une bibliographie maigrelette ; emballé c’est pesé.
Et de fait, c’est vraiment terrible, parce que mon rapport ambivalent à cette autrice ne cesse de se complexifier. D’un côté, je ne peux décemment pas proclamer être un réel fan de son travail, trouvant trop régulièrement son travail froid et presque égoïste dans sa rédaction : ce que ses déclarations rapportées ici tendent d’ailleurs à confirmer. Mais de l’autre, je suis obligé de reconnaître son génie et sa singularité dans le paysage de l’Imaginaire, tout en déplorant la convocation trop facile et trop prévisible de son nom dans la bouche de gens qui s’en foutent de réellement promouvoir la littérature féminine – ou queer, de manière plus contemporaine – au prétexte que « La Main Gauche de la Nuit, quand même, hein ! ». J’aurais jamais fini de me débattre avec cette question, je crois.

Et ensuite, pour finir, un dossier cette fois-ci consacré à une anthologie des super-héros au travers du travail des éditions LUG, par Jean Bonnefoy. Ce dernier décidant donc de parler plus particulièrement des comics Marvel que la maison d’édition lyonnaise a fait le choix d’importer en France depuis quelques années déjà au moment de la rédaction de cet article.
Et malheureusement, en dépit du volume conséquent du travail fourni par le chroniqueur, je n’ai pas grand chose à en dire, sur le fonds. Ce n’est pas inintéressant, et c’est assez creusé, mais c’est surtout traité sur un ton informatif et pédagogue ; on est là pour apprendre aux béotiens de quoi on parle avant tout. Beaucoup de name-dropping, pas mal de notes explicatives, quand on sait à quel point le monde du comics est devenu populaire aujourd’hui, forcément, avec le recul, ça enfonce beaucoup de portes ouvertes. Par contre, à noter un ton humoristique de l’auteur absolument délicieux, faisant l’emploi de l’ironie avec une évidente délectation, sans pour autant faire douter de son amour pour le genre dont il parle une seule seconde. C’est rempli à ras-bord de remarques espiègles et de clins d’œil complice au lectorat : ça passe tout seul, on dirait presque une bonne vidéo youtube en format papier. Une vanne en particulier surnage, m’ayant arraché un chuintement buccal honteux : notre chroniqueur merveilleux compare Tony Stark à Serge Dassault pour mieux se moquer de ce dernier juste derrière. Une autre époque, mais la puissance de la bonne blague aux dépens des riches salopards est intemporelle.
Si je ne connaissais pas les comics à l’époque, j’aurais eu envie d’en lire. Un vrai plaisir, cette chronique.
[Fin du P.S]

Bref, vous l’aurez compris, un numéro décevant pour moi, surtout avec la promesse affichée d’une certaine légèreté. Au contraire, c’est lourd de sentiments sombres et d’idées désagréables, et c’est trop rarement vraiment drôle. Alors bon, l’âge n’aide pas, évidemment, mais même en tenant compte d’une simple incompatibilité d’humeurs dont la rédaction ne peut pas être pleinement coupable, franchement, c’est un peu abusé. Étant donné que mes incursions dans le travail de la revue se sont quand même plutôt bien passé jusque là et que ce numéro n’est après tout que leur quatrième, je ne vais pas leur jeter la pierre ; disons que je vois cet errement thématique et générique comme une douleur de croissance dans l’optique de meilleurs numéros à venir. Ça m’apprendra aussi à rester vigilant, j’imagine.
Rendez-vous au prochain numéro, donc.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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