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La Dernière Geste T4 – Lys de Guerre, Morgan of Glencoe

Lover, Leaver – Greta Van Fleet (extrait de l’album Anthem of the Peaceful Army)

J’ai une petite confession à faire. Quand l’annonce de la fermeture d’ActuSF – avant sa résurrection – est tombée, je crois que ma première pensée ou peu s’en faut a été pour La Dernière Geste. Si j’étais triste pour les gens de cette maison, j’étais très égoïstement inquiet pour une saga qui s’était très vite imposée dans mon coeur et dans mon esprit, sans parler de son autrice, qui avait du traverser pas mal de difficultés pour réussir à faire vivre son histoire, son univers et ses personnages.
Et ne croyant que légèrement maintenant aux vertus du mérite et du karma dans le monde actuel, forcément, je me préparai à porter le deuil d’une édition complète de cette pentalogie désormais légendaire dans mon panthéon personnel ; la France n’est pas toujours le pays le plus propice à porter une œuvre de fantasy YA dans laquelle rayonnent fièrement toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.
Mais heureusement il y a Goater. Merci à cette maison d’édition d’avoir pris un pari aussi audacieux, et d’y avoir autant mis les moyens, comme la manière. Une réédition complète de l’ensemble des trois tomes déjà sortis chez Naos en plus de la sortie des deux tomes à venir, c’est pas rien, surtout à l’échelle d’une structure aussi modeste. Et merci infiniment de m’avoir envoyé ce SP, surtout.
Mais vous êtes pas là pour une leçon d’histoire éditoriale ou du blabla paratextuel ; vous êtes là pour savoir si ce quatrième tome est à la hauteur de la progression phénoménale opérée par Morgan of Glencoe entre ses T1, T2 et T3, et qui n’avait eu de cesse de m’ébaubir.
En un mot : oui.
En plus de mots : Oui, oui, et re-oui derrière, même si…
Suspense.

Énorme avantage subtil des résumés des tomes précédents placés en exergue de n’importe quel volume suivant le premier, au delà de permettre un rafraichissement mémoriel aux personnes qui oublient tout d’un bouquin à l’autre : on perd pas de temps à niaiser.
Et de fait, ce T4 part sur les chapeaux de roue, sans temps mort ni hésitation. Le T3 se terminait cruellement sur un cliffhanger d’une violence émotionnelle rare ? Eh bah qu’à cela ne tienne, on va garder cette intensité émotionnelle, cette tension narrative, et on va la conserver, tout pareil. C’est le premier gros compliment à formuler envers Morgan of Glencoe, dans la longue liste des compliments à lui adresser : ce quatrième chant ne déconne pas. L’Ordalie nous avait déjà offert du sang des larmes et de la sueur, on baigne ici dans le même chaudron, porté à ébullition. Et mine de rien, considérant la coupure forcée entre les rédactions des premiers volumes et celles des deux derniers de la pentalogie, je trouve ça fort d’avoir réussi à tenir la ligne à ce point de rupture permanent, à ce niveau de cisèlement, sans aucun temps mort ; et ce en dépit de la multiplication des points de vue et des enjeux. On ne s’ennuie jamais, on ne se perd pas, on est accroché direct, et on ne lâche jamais. À chaque chapitre son avancée dramatique, sa scène qui tue, son instant de suspension, son truc à lui. Et c’est quand même, à ce stade, assez formidable d’y parvenir.

Au fonds, mon problème, mon vrai problème, ici, c’est de réussir à vous expliquer des trucs qui ne seraient pas : a) terriblement redondants vis-à-vis de mes chroniques passées, b) bêtement évidents pour qui connaît le talent stratosphérique de Morgan of Glencoe, c) terriblement redondants vis-à-vis de mes chroniques passées.
Mais tant pis, je vais faire le contraire de ce que je fais d’habitude concernant mes chroniques de sagas, et je vais ignorer ce que j’ai écrit par le passé et juste essayer de vous dire des trucs intéressants, et tant pis si je l’ai déjà dit auparavant. Au pire, ça voudra juste dire que j’ai doublement raison.
Et ce dont j’ai envie de parler en premier, ici, parce que c’est le premier élément du roman qui m’a mis une tarte en travers de la tronche, c’est de ce gros puant de Louis-Phillipe II, royal sac à merde de son état.
Je me suis permis de dire la même chose directement à son autrice, et je n’ai aucun problème à me répéter : l’écriture de ce personnage est sensationnelle. Sensationnelle.
C’est pas seulement que c’est un antagoniste dont la symbolique évidente le rend encore plus agréable à détester que ses actes de salopard, non non : c’est que ses mécanismes maléfiques sont d’une acuité et d’une résonnance paradoxalement merveilleuses. C’est qu’en étant à chaque seconde qui passe un connard encore plus monumental que la seconde précédente, Louis-Phillipe sert de mètre-étalon de la crasse à l’aune de la saga entière, et de miroir grossissant aux failles du système entier qu’il incarne. Ce personnage est juste tellement bien écrit qu’il me donne physiquement envie de le tarter à chacune de ses apparitions, et me donne des envies de rébellion contre tous les hommes réels qui fonctionnent sur le même modèle que lui : le genre de sale type détestable pour ce qu’il est, mais encore plus détestable en relation avec ce qu’il croit être et ce qu’il aurait pu être s’il n’avait pas fait tous les putains de mauvais choix dans sa vie de connard.
Bref, j’adore détester ce trou d’balle, j’adore essayer de trouver des insultes qui lui conviennent, et j’adore tous les efforts d’écriture qu’on devine derrière toutes les nuances d’abjection que Morgan of Glencoe arrive à lui trouver tout le long du récit, afin de lui apporter de la profondeur sans aucune excuse.

Mais contrairement à ce que des gens un peu trop fiers d’eux ont tendance à croire, je ne pense pas qu’un héros se mesure à son antagonisme : un bon vilain n’est rien sans le bon héros en face. Et comme toujours, même si j’enfonce une porte grande ouverte à rotation perpétuelle, la plus grande qualité de Morgan of Glencoe reste l’écriture de ses personnages, et leurs trajectoires, personnelles comme interpersonnelles.
À ce stade de la saga, plus proche de sa fin que de son début, ma métrique favorite à évaluer est sans doute l’évolution de toutes ces destinées et personnalités que j’ai appris à connaitre et aimer, profondément, au fil de leurs péripéties.
Et que dire : je les aime tou·te·s. Pour tant de raisons différentes, c’est ahurissant. Et profondément gratifiant. Quand je lis ces personnes qui n’existent pas mais qui existent, il est formidable de sentir à quel point ils ne sont plus les mêmes que trois tomes en arrière ; de sentir ainsi que j’ai grandi avec eux. Les enjeux du roman et de la saga en sont démultipliés, atteignant presque au sensitif. Et c’est là aussi très impressionnant, surtout pour un lecteur comme moi.

Mais. C’est là que je dois en revenir au suspense savamment initié par moi-même dans l’introduction de cette chronique.
Parce que, comme j’aime à le rappeler – pas tant pour signifier que je serais différent que pour contextualiser mes éventuels griefs à cet égard et les nuancer d’autant – je suis avant tout un lecteur analytique. Pas que je rejette consciemment l’émotion durant mes lectures ; au contraire, je désespère d’un jour la ressentir pour de vrai, n’empêche que voilà, elle m’est, littérairement parlant, complètement étrangère. Vous le savez, je le sais, nous le sachons. Bref.
Il se peut quand même, à cet égard, que j’ai un léger reproche à formuler envers Morgan of Glencoe. Léger, très léger, certainement pas rédhibitoire, même à peine condamnable en l’excluant de mon prisme de lecture tout personnel, mais un reproche quand même.
Voyez-vous, depuis que ce quatrième tome se profile, l’autrice du jour a pris sur elle de régulièrement présenter ses excuses à son public. Guerre et conflits glauques obligent, et après un troisième tome intense, on nous a clairement fait comprendre, à nous le lectorat, que personne n’était à l’abri des caprices du destin. Elle savait très bien qu’il y allait avoir de la casse, et elle savait très bien que cette casse allait nous affecter. Alors, certes, consciente de qui je suis, ses précautions étaient plus discrètes à mon encontre, et moi-même j’emploie ce « nous » en faisant des petites oreilles de lapins avec les doigts. N’empêche que le message était clair : dans ce volume et dans le suivant, il y allait avoir des dégâts émotionnels à prévoir. Et spoiler : effectivement.

Sauf que. Mettez ça sur les comptes combinés de ma sécheresse coronaire et d’une certaine forme de sournoise réactance que je ne contrôle pas quand on me tend une boîte de mouchoirs en même temps qu’un ouvrage émotionnellement chargé à contempler, mais peut-être bien que je trouve qu’elle en a fait un chouïa trop, sur ce coup là. Pas pour ce qui est de prévenir, mais à l’intérieur du récit.
En dépit de l’écrasante qualité de l’ensemble du roman, peut-être que je trouve que certains passages, stylistiquement, en rajoutaient dans l’accumulation lyrique, jusqu’à la redondance. Peut-être que je trouve que certaines séquences particulièrement chargées en émotion l’étaient précisément trop, confinant à une forme de révérence du martyr qui n’est pas de mon goût.
Pour tout dire, j’ai eu à quelques petits moments, heureusement très rares et fugaces, l’impression de lire un texte qui croyait un petit peu trop à sa propre hype ; qui sacrifiait son organicité et son sens jusque là et globalement très aigu de la logistique, du matérialisme et du réalisme sur les autels d’un symbolisme et d’un pathos un peu hypertrophiés. J’ai eu, surtout lors d’une occurrence précise, le sentiment que l’autrice voulait m’arracher mes larmes de force, que cette scène précise n’était pas écrite au service du texte lui-même, mais d’un but précis au service duquel le texte aurait été mis, quitte à céder à son exigence habituelle de respect d’un certain principe de réalité.

Alors fort heureusement, ça ne gâche en rien le bouquin, et je pense que c’est principalement une forme toxique d’hypervigilance de ma part qui me pousse à verbaliser les choses de cette manière ; et il ne faut pas voir l’espace occupé par ce pôti reproche comme une représentation à l’échelle de ce que je pense du travail de Morgan of Glencoe. Même au sein de ces quelques instances où je prenais un recul critique exacerbé sur son travail, ma première impression était et demeure une profonde admiration. Je peux tout à fait concevoir que là où je vois un effort romanesque un poil trop poussé, un certain déséquilibre dans le dosage, il n’y a finalement qu’un emportement sentimental tout à fait compréhensible ; après tout, j’ai été contrarié par certains événements du récit, humainement parlant, je n’imagine même pas ce que ç’a pu provoquer chez cette autrice que de les écrire. Je n’ose pas, vraiment.

Le bilan, c’est quand même, avant tout et sans la moindre hésitation de ma part, une quasi-parfaite continuation des travaux d’exceptions amorcés avec les trois premiers tomes. Et maintenir un tel niveau de qualité, à ce stade, je me répète, ce n’est pas un mince exploit. Autant dire que sans le moindre suspense, pour le coup, je me jetterai avec appétit sur le cinquième et dernier tome pour pouvoir en dire encore une fois tout le bien du monde ; même si je gage que je vais manquer de synonymes, à force. Lâchons le mot, une bonne fois pour toutes : si Morgan of Glencoe maintient ce niveau d’écriture phénoménale jusqu’au bout, on pourra parler de cette saga comme d’un chef d’œuvre. Yup. Parfaitement.
Hâte.
Vraiment hâte.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

2 comments on “La Dernière Geste T4 – Lys de Guerre, Morgan of Glencoe

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