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Dans l’Ombre de Paris, Morgan of Glencoe

Ain’t It Fun – Paramore (Extrait de l’album éponyme)

Comme j’ai déjà pu l’exprimer, je crois profondément que notre rapport à un livre se résume souvent à une histoire de rencontre. Et comme toute rencontre, les origines comme les débouchés dépendent d’un tas de détails qui échappent à notre contrôle immédiat. Et il est amusant de constater, avec du recul, comme parfois il s’en faut de peu pour tomber sur un bon bouquin ou pour complètement le rater. Et l’histoire de ma rencontre avec ce roman, plus particulièrement avec son auteurice, commence, comme souvent chez moi, sur Twitter. Sous un tweet de Lionel Davoust, pour être précis. Pour faire court, j’y ai croisé quelques autres personnes fans de son travail, ce qui est logique, parce que son travail est un des meilleurs qu’on puisse lire en France en ce moment (j’y reviendrai un jour). Et, à force d’échanger nos admirations respectives pour le monsieur et son oeuvre, alors que j’exprimais mon impatience de pouvoir lire le futur fruit de son imagination, voilà qu’une de ces personnes me dit, en substance : « Tiens, moi aussi j’écris. C’est pas du tout pareil mais ça pourrait te plaire ». Séduit par l’audace et la candeur de la démarche, je dis banco.
Coup de chance astral, alors que j’avais prévu de me rendre à une séance de dédicace de Lionel Davoust à Rennes, au sein de la fabuleuse librairie CRITIC, je me rends compte que l’auteurice en question y est aussi quelques jours après. Banco-bis. Une très jolie dédicace, une belle rencontre qui confirme les bons sentiments échangés sur le net et une lecture plus tard, qu’en est il finalement? Voyons cela ensemble.

Dans un monde où les créatures féeriques subsistent tant bien que mal sous les jougs des régimes aristocratiques institués dans les différentes régions du monde. Il ne fait pas bon vivre pour beaucoup de monde sur cette Terre alternative. Y compris pour la princesse Yuri, qui se retrouve malgré elle au milieu de batailles politiques dont elle est l’enjeu sans en avoir la moindre idée. Sa situation bascule dramatiquement lorsqu’elle décide de prendre son destin en main et d’échapper au contrôle de sa caste en tentant de conquérir sa liberté.

Plusieurs choses avant de vraiment commencer. Si j’ai effectivement décidé de faire confiance à Morgan of Glencoe en me lançant dans la lecture de son ouvrage, il faut savoir que ce n’était pas sans quelques réserves. La première étant à l’époque une certaine réticence envers le « style » Young Adult ; de par ce qu’il me semblait être des redondances entre tous les ouvrages du genre qui pouvaient et peuvent encore sortir en librairie. Je m’était fait une idée des poncifs du genre et j’avais très peur de tomber dessus, à savoir une sorte de « syndrome du messie », une grande entité représentant le mal ou autres facilités d’écritures. Et d’un autre côté, j’avais aussi très peur de l’ambiance nipponisante promise par la couverture et le personnage principal d’origine japonaise, pour lequel, si blâme il devait y avoir, ne serait du qu’à un biais purement personnel. Juste une overdose des univers mangas et une certaine lassitude de l’atmosphère un peu trop systématique qui se dégage de l’image que s’en font l’occident et ses auteurices.
Je demeurais confiant, parce que l’auteurice m’avait bien parlé de son roman, mais circonspect, parce que je me connaissais, et que j’avais tout à craindre de mes biais de lecture, qui sur ces deux sujets là, sont très prompts à s’exprimer et à me faire pousser un soupir annonciateur d’un abandon déçu.

Seulement voilà, je n’ai pas soupiré une seule fois. D’abord parce qu’il y a un style. Morgan of Glencoe s’efforce de peindre des tableaux, des atmosphères autant qu’iel raconte une histoire. Et si le point de départ reste classique, comme souvent, c’est la manière qui fait la différence. Beaucoup de très jolies formules, de petits détails insérés avec élégance qui donnent énormément de souffle à son univers, intégrant donc son intrigue à quelque chose qui la dépasse et donne envie d’en découvrir plus, ces deux aspects se nourrissant l’un l’autre au fur et à mesure qu’ils avancent et s’accompagnent.
Cet univers, par ailleurs assez original, pas tant par la présence des créatures féeriques dont les habilités et capacités n’ont rien de révolutionnaire, que par leurs rapports aux être humains et leurs traitements. On ressent clairement une volonté de faire apparaître des similitudes, sinon des parallèles à certains traitements qu’on pu subir ou que subissent ceux et celles qu’on considère à tort comme « trop différents ». C’est par cet aspect du récit que je me suis laissé séduire. Encore et toujours ce miroir déformant, ce rappel sévère à la réalité malgré une diégèse qui pourrait aisément se laisser aller au merveilleux et laisser la dureté de côté. Mais non. L’intelligence du genre Young Adult, lorsqu’il est bien dosé, ce que j’ai compris durant cette lecture, c’est qu’il est capable de raconter la réalité d’une façon détournée. Il raconte de belles choses, sans faire l’impasse sur la cruauté dont le monde et les gens sont parfois capables. Je crois désormais, grâce à une lecture comme celle de Dans l’Ombre de Paris ou d’Ambition, par exemple, que ce genre a en fait beaucoup de choses à offrir, de par sa capacité, notamment, à aller droit au but sur certains sujets, et à ne pas s’embarrasser des pincettes ou des passages obligés avec lesquel.le.s des ouvrages plus « classiques » devraient composer. Elles n’offrent pas tant une meilleure ou pire qualité d’analyse qu’une autre manière d’aborder les choses, peut être de façon plus émotionnelle, plus brute, en tout cas dans ce que j’ai pu lire jusqu’à maintenant.

J’en veux pour preuve le personnage central, la princesse Yuri, celle par qui ce roman prend toute son ampleur et qui en cristallise la plus grande réussite. Yuri n’est pas pure, elle n’est pas parfaite, et elle a même tendance à nous agacer au début du roman. Des réflexions qui semblent déplacées, des réflexes de mépris, de jugement de classe, toutes sortes de petites choses qui nous la rendent antipathique ; et pourtant… au fil des pages et des péripéties qu’elle traverse, on la comprend mieux, tandis qu’elle comprend mieux le monde qui l’entoure. Et alors qu’elle s’évade de son monde pour des raisons à la fois égoïstes et nébuleuses, consciente que sa situation la dépasse, en en découvrant un autre, elle s’ouvre à de nouvelles possibilités. Et se révèle à nous sa plus grande qualité, celle qui nous fera finalement la soutenir et l’apprécier à sa juste valeur, sa capacité à apprendre.
Apprendre que son monde n’est pas le monde, qu’il existe bien plus qu’elle n’imagine au delà de sa vision étriquée, à la fois par ses certitudes et son ignorance, mais aussi et surtout par l’éducation qu’on lui a prodiguée. Et alors que Yuri, découvrant un univers totalement étranger au sien, fait parfois preuve d’un certain rigorisme, de réflexes malvenus, proférant des paroles regrettables, nous comprenons malgré tout pourquoi et comment elle en est arrivée là. Le plus agréable étant de la voir réfléchir, se remettre en question, elle-même comme les valeurs qu’elle pensait être les siennes avant que son monde ne bascule et qu’elle ne devienne une étrangère chez ceux et celles là même qui étaient les étranger.e.s avant.

Et c’est assez amusant, finalement, d’établir ce parallèle entre moi, en tant que lecteur, et Yuri, un parallèle que je n’avais pas fait avant d’écrire cette chronique. Certes, mes torts ne sont pas les mêmes que les siens, mais découlent de cette même capacité malsaine que nous pouvons avoir, tous et toutes, à établir des préjugés à propos de tout et de rien, selon nos éducations et expériences respectives. Et si aujourd’hui, je pense pouvoir en toute légitimité me targuer d’avoir avancé sur ces questions, je dois sans doute remercier Morgan of Glencoe, puisqu’iel y est forcément pour quelque chose. Voilà sans doute pourquoi, alors que je refermais ce roman avec une réelle satisfaction, j’y sentais un certain supplément d’âme, quelque chose que je n’aurais su m’expliquer à ce moment là, mais qui finalement, allait m’accompagner jusqu’à l’écriture de cette chronique.
Un bon roman donc, rempli de belles surprises, de concepts rafraîchissants et de personnages secondaires attachants comme détestables, mais dont on a toujours quelque chose à tirer, sur lesquels je ne me suis pas attardé, encore et toujours pour en préserver la primeur à celles et ceux qui oseraient suivre mon conseil, comme j’ai suivi celui de leur auteurice. Une chose est certaine, j’attends la suite de pied ferme, tentant d’imaginer quel genre de surprises cette dernière peut bien nous réserver. Mais avec sa capacité à frapper là où ne l’attend pas, je serai forcément surpris, et je n’en demande pas moins. 😀

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

2 comments on “Dans l’Ombre de Paris, Morgan of Glencoe

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