search instagram arrow-down

Si vous ne me suivez par sur les réseaux sociaux, où je suis le plus actif, vous pouvez être prévenu.e par mail à chaque article.

Rejoignez les 137 autres abonnés

Infos Utiles

Mes réseaux

Archives

Une histoire qui finit mal, Evelyn Clarke

By The Time You’re Reading This – Yonaka (extrait de l’album Welcome To My House)

On a reçu ce bouquin il y a quelques jours dans les arrivages de la librairie, en trois exemplaires – chez nous c’est déjà beaucoup – et avec non seulement des blurbs solides, mais surtout, un jaspage ! Ce n’est certes pas n gage de qualité, mais c’est une preuve que l’éditeur derrière le texte y croit un minimum, dans le contexte actuel. Alors moi qui doit faire des efforts et qui sait que le public de notre librairie aime bien ses bons petits polars de temps en temps, je me suis dit que l’occasion était trop parfaite pour passer à côté. Et juste sur la foi d’une exergue piquante juste comme je les aime, j’ai senti que j’allais avoir droit à une lecture suffisamment plaisante pour valoir un regard plus attentif de ma part, et, in fine, une chronique.
J’ai vu juste. Ce qui fait plaisir.
Alors bon, on est pas sur le chef d’œuvre de malice et de sournoiserie à faire se relever læ fan hardcore du genre la nuit, j’en ai bien conscience, mais pour quelqu’un comme moi qui n’en lit pas tant que ça et qui aime ses petits bonbons post-moderne se jouant des tropes et des attentes les plus convenues de son public, j’ai passé un fort chouette moment.
Alors parlons-en.

6 auteurices en quête de gloire et de célébrité, semble-t-il condamné·e·s à un statut médian dans le monde sans pitié de la littérature, se retrouvent subitement invité·e·s à l’un des salons littéraires privés les plus huppés et élitistes du monde : rien de moins qu’un rendez-vous groupé avec Arthur Fletch, le plus grand écrivain de tous les temps, dont on attend depuis des années la conclusion de sa plus grande saga de thrillers.
Mais il y a un hic. Arthur Fletch est mort. Et si ces auteurices ont été conviées dans son manoir, c’est pour une épreuve d’un genre bien particulier ; iels ont 72h pour écrire la fin du manuscrit tant convoité, laissé inachevé par son auteur décédé. Cielle dont la fin satisfera le plus les éditeurices historiques d’Arthur Fletch se verra récompensé·e de rien de moins que 2 millions de dollars et un juteux contrat d’édition.
Autant dire que la concurrence va être rude. Et acharnée. Même si l’offre semble bien étrange.

C’est un chouïa capillotracté, on est d’accord. Mais c’est une très chouette prémisse quand même, et elle est mise en scène avec beaucoup de maîtrise, pour ne pas dire une efficacité toute Hollywoodienne. De fait, derrière le nom d’Evelyn Clarke se cachent V.E. Schwab et Cat Clarke, toutes deux autrices aux faits d’armes bien connus, ayant décidé de faire équipe sur ce roman, dans lequel on ressent la même volonté de faire les choses de façon aussi ciselé que possible, me faisant positivement penser au travail de Grady Hendrix dans The Final Girl Support Group, avec un découpage très nerveux de l’intrigue, ne laissant que peu de place à des respirations trop longues ou au moindre temps mort qu’on imaginerait très bien adapté en mini-série.
Alors certes, on a quelques ralentissements quand même à l’entame de la seconde moitié du roman, mais dans le domaine du reproche, les scories en question sont légères, notamment parce qu’il ne s’agit que de menues redondances qui ne gâchent rien l’aération et la structure extrêmement solide de l’ensemble.

Mais si pour moi le bouquin marche vraiment bien et m’a embarqué si vite sans jamais vraiment me lâcher, c’est surtout grâce à sa distribution aux petits oignons, pas tant dans une quelconque dimension d’attachement émotionnel – coucou c’est moi dont on parle – mais surtout parce que j’ai senti un effort très chouette de nuance et d’approfondissement des personnages. En effet, chaque membre du groupe convié chez Arthur Fletch écrit dans un genre différent, et c’est l’occasion pour les autrices de s’amuser un peu avec les clichés qui vont avec les représentations ordinaires de chacun et chacune. Si bien entendu on s’appuie sur certaines attentes et préjugés, c’est pour mieux les tordre et jouer avec pour ménager des espaces de suspense bien calibrés. Entre les fausses pistes quant à la nature du jeu qui concerne nos protagonistes et les interrogations qu’il suscite, jusqu’aux révélations les plus importantes, on a droit à tout un tas de dialogues et de portraits entrecroisés assez cools qui laissent la part belle à des tranches de vie convaincantes. D’autant plus convaincantes que le duo Evelyn Clarke joue sur la polyphonie et multiplie les points de vue pour jouer au plus près avec sa matière littéraire, créant de jolis effets de surprise à des moments clé de l’histoire, ce qui fait que sincèrement, si j’avais initialement le sentiment – complice et pas dédaigneux – de sentir exactement où tout cela allait se diriger et que j’ai pu sentir venir quelques petits trucs, je me suis bien fait avoir par le gros twist. Et même si ce dernier n’était pas extraordinaire, du genre à mimer une explosion de cerveau, il était quand même bien assez malin et, surtout, réussi, pour me faire esquisser une moue convaincue. J’avais pas vu ça venir.

Parce que c’est bien le point essentiel pour ce genre d’histoire. Quand on convoque la figure d’Agatha Christie et son Ils étaient dix, on peut construire un corps de récit aussi efficace que possible, il faut que la chute soit à la hauteur pour valoir le trajet. De fait, étant pleinement satisfait de cette conclusion, le reste en devient d’autant plus plaisant. Et j’aurais été déçu de devoir vous dire que la fin n’était pas à la hauteur, parce que le reste en question, c’est quand même un petit délire à quatre main extrêmement fun qui se veut sans aucun doute une déclaration d’amour lucide à l’exercice bien singulier de l’écriture, avec tout ce que je le processus peut suggérer de bizarreries et de sacrifices. Au travers des parcours de ces écrivain·e·s assez talentueux·ses pour se vendre mais pas assez pour vraiment en vivre, les autrices font un gros câlin virtuel d’une vibrante sincérité à cielles qui en sont encore au stade de la galère. Et je parle de sincérité parce que le présent roman est aussi et surtout l’occasion d’un réglage de comptes en règle avec le monde de l’édition – particulièrement américain, évidemment – et certaines puanteurs de la modernité dans ce qui est devenu un marché de dupes et de requins où la ligne comptable compte plus que tout le reste ; toute l’intelligence de Clarke et Schwab étant de calibrer leurs attaques sur un mode mordant, emprunt d’un indéniable vécu, mais sans jamais verser dans la moindre aigreur revancharde. Elles font bien le tri.

Ce qui nous donne au final un excellent petit roman à suspense, avec des personnages chouettes, une intrigue solide et une structure maîtrisée, pour un ensemble fun et meta, habilement surprenant et malin sans jamais verser dans la pédanterie. Un plaisir complet, parce que sans aucune prise de tête, accomplissant parfaitement la mission que les deux autrices se sont assignées.
Et voilà. Des fois, vraiment, c’est pas plus compliqué que ça. Je comprends pourquoi des bouquins pareils se vendent si bien : c’est, tout simplement, un très bon moment de lecture plaisir. C’est bien, la lecture plaisir.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

Laisser un commentaire
Your email address will not be published. Required fields are marked *