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Téméraire T1 – Les Dragons de sa Majesté, Naomi Novik

Greener – Coast Arcade (extrait de l’album Coast Arcade)

Il va sans dire que depuis Scholomance, mon envie de lire Naomi Novik s’est démultipliée. Une envie encore exacerbée par la certitude acquise avec la lecture de ses Terres Abandonnées que J’ai Lu nous préparait un petit coup de Trafalgar, me faisant anticiper une ressortie de la légendaire saga Téméraire. Une ressortie tellement attendue par votre serviteur qu’elle m’a fait pousser un intense cri de satisfaction lorsque je me suis rendu compte que j’avais vu juste en parcourant le programme des parutions de printemps. Ni une ni deux, j’ai demandé un SP, et avec un léger délai du à mes nouvelles obligations : nous y voilà pour voir si le premier volume n’a pas trop souffert des années passées.
Ben non hein. C’est pas que ça tient toujours la route, c’est pas que c’est bien ; c’est que ohlala c’est vraiment super bien. Du genre à me faire envisager d’enchaîner direct sur la suite en faisant fi de mon programme et de mes envies initial·e·s.

Alors que la guerre entre l’Angleterre et la France de Napoléon fait rage, Will Laurence, fier Capitaine de la Royal Navy, capture un vaisseau ennemi et y trouve un œuf de dragon, butin ô combien précieux. Mais alors qu’il prévoyait de simplement ramener cette exceptionnelle prise de guerre à terre, l’œuf éclot, et la créature qui en sort, qu’il nommera Téméraire, décide de faire de lui son compagnon, forçant Laurence à accepter un drastique et définitif changement de carrière ; leur duo fait désormais partie des Aerial Corps, et il se dirigent donc vers le camp secret de Loch Laggan pour y suivre leur initiation.

Je pense que mon enthousiasme à l’égard de ce roman est multi-factoriel et tout rempli de biais tout à fait personnels. Mais ce qui me rend quand même particulièrement joyeux, c’est que le savoir ne le gâche en rien et aurait même tendance à le renforcer. Bon, d’abord, évidemment, c’est Naomi Novik dont on parle. Comme le suggérait déjà mon introduction, cette autrice bénéficie d’un très fort capital sympathie chez moi : Galadriel Higgins a fait de moi un fan à vie, c’est comme ça.
Mais ensuite, et ça pourrait sans doute surprendre étant donné que je n’en ai jamais parlé ici, et que je n’ai jamais passé le premier tome de l’omnibus que j’avais acheté à l’époque : je suis assez fan du travail de Patrick O’Brian et de son Jack Aubrey, en dépit de son écriture exigeante et de sa précision technique, sans doute en partie à cause de l’exceptionnelle adaptation menée par Peter Weir et son Master and Commander, ne nous mentons pas. Du coup, quand j’ai senti une vibe similaire et ce qui ressemblaient fort à des rappels volontaires dans certains schémas narratifs convoqués par Naomi Novik au fil de ce premier tome, forcément, ça m’a chatouillé le cortex d’une façon extrêmement plaisante. (Et bonus rigolo : J’ai Lu a réédité l’ensemble il y a quelques années. Tout est connecté.)
Voilà, ça c’est pour les petites choses purement persos qui n’ont aucun réel poids, on va pouvoir attaquer le gros œuvre et répondre à la question suivante : pourquoi c’est y que j’aime tant ce premier tome et que j’ai super hâte de lire la suite ?

D’abord, et sans doute paradoxalement parce qu’on parle d’un roman d’aventures avec des dragons et de la guerre dedans : Naomi Novik y prend – à mes yeux – très intelligemment son temps. Ce premier volume est clairement là pour installer le décor et les enjeux qui vont avec ; qui est qui, qui fait quoi, où on est, comment tout fonctionne. Et allez savoir, peut-être que c’est le caractère curieux et pur de Téméraire, confinant à la candeur, qui m’a attrapé. Peut-être est-ce l’exigence de probité et de droiture tangentielle avec une forme de conformisme à éroder de Will Laurence qui m’a séduit, par effet de contraste. Ou plutôt, sans doute est-ce la rencontre entre ces deux personnages formidables qui a opéré la réaction chimique entraînant ma joie de lecture constante au fil de cette lecture, bien accompagnés qu’ils sont par le reste de la distribution, jouant sur la nuance et les différences entre les différents dragons et leurs pilotes.
Si je devais tenter une comparaison, ou tout du moins rapprochement avec un autre ouvrage pour résumer mon sentiment, je convoquerais sans doute La Société Protectrice des Kaijus de John Scalzi : les enjeux narratifs derrière la lecture peuvent parfois facilement s’effacer derrière des personnages chouettes qu’on aime suivre et à qui on a envie qu’il arrive des trucs, juste pour voir comment ça se passe et quels échanges savoureux ça va provoquer. Avec un gros bonus quand en plus les événements en question sont suffisamment bien articulés pour qu’on prenne plaisir à être surpris·e, qu’on tourne les pages avec un appétit qui semble grandir au fur et à mesure qu’on se nourrit.

La grande force de ce premier tome, je crois, à mettre en lien avec l’évocation du travail de Patrick O’Brian plus tôt, c’est son sérieux et son exigence dans sa construction uchronique. Il aurait été simple de foutre des dragons basiques qui crachent le feu, lorgnant du côté le plus « magique » de la fantasy, et je n’aurais sans doute pas boudé mon plaisir si Naomi Novik avait fait ce choix ; mais elle a au contraire décidé de pousser les potards les plus techniques de son univers, et ça lui confère un supplément d’âme absolument délicieux. Le fait que l’élevage de dragons remonte à la Rome Antique, soit pratiqué différemment d’un pays et d’une culture à l’autre, que les dragons puissent être gérés comme des navires volants, avec un équipage complet et une organisation tactique et stratégique précis, devant aussi tenir compte du fait qu’ils sont des individus à part entière, avec leurs caractères, leurs forces et leurs faiblesses propres, je trouve ça absolument brillant. Et passionnant, aussi, il faut bien le dire, parce que ça ajoute une profondeur folle à l’univers que l’autrice a choisi de dépeindre, avec ce qu’on devine être une couche de réflexion socio-politique venant discrètement mais solidement s’ajouter à la lecture frontalement aventurière des aventures de Laurence et Téméraire, dès lors que le premier commence à réaliser que sa relation avec le second n’est pas une de subordination mais bien de partenariat.

Alors oui, je suis venu pour lire des combats ariens avec des dragons, et je repars avec, pour une grosse part, complètement autre chose. Eh bah moi ça me fait super plaisir. Comme dans Scholomance, finalement, ce qui aurait pu trop être facilement une histoire de héros solitaire se transforme très vite en aventure collective où l’apprentissage des autres comme de soi et le partage s’imposent comme des valeurs plus importantes que la hiérarchie ou les exploits martiaux. Téméraire, à ce stade, me semble être d’abord une histoire avec des personnages super cools, où les dragons sont traités comme des êtres sentients, complexes et nuancés, à l’image des pilotes qui évoluent avec eux, laissant la place à des scènes et séquences très réussies ; au point où, pour tout vous dire, une d’entre elles en particulier m’a laissé les yeux humides et le souffle lourd, ce que n’aurait certainement pas anticipé avant d’attaquer cette histoire.
Et puis bon. Napoléon en grand méchant plutôt qu’en grande figure historique révérée, il faut dire que ça fait du bien aussi.
Sans compter les dragons. C’est quand même fichtrement cool les dragons, on le dit pas assez.

Grosse, grosse réussite que ce premier volume. C’est intelligent, c’est enlevé, c’est intriguant, c’est Naomi Novik telle que j’ai appris à l’aimer et la respecter, dans toutes les métriques narratives, thématiques et conceptuelles que j’attendais plus ou moins inconsciemment d’elle. La plus grande force de ce premier volume, je crois, c’est que j’y retrouve la même forme de complicité intellectuelle que celle que j’ai identifiée lors de ma première lecture de la Compagnie Noire, quoique dans un registre bien différent ; avec cette conviction confortable que ce que je venais de découvrir s’inscrivait dans un plan plus grand. Les Dragons de sa Majesté ne me donne pas seulement le sentiment d’être un très bon roman en soi, mais bien l’amorce d’une excellente saga, qui sait où elle va et ce qu’elle a à dire, en plus de comment. En tout cas je l’espère.
Reste plus qu’à en avoir le cœur net.
C’est terrible, je sens que c’est encore moi qui vais devoir m’y coller. Le poids de cette croix, vous avez pas idée.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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