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Fantômes et Giboulées, Catherine Dufour

Wishing Bones – Snarls (extrait de l’album With Love,)

Guess who’s back, back again.
De retour avec un de mes derniers SP sponsorisé par le blog, obtenu cette fois-ci sans le demander, mais en l’acceptant, ce qui est un peu la classe quand même, je trouve ; tout en notant que si j’avais pu le demander, vous vous doutez bien que je l’aurais fait avec joie en empressement.
Un empressement décuplé dans l’intervalle par la découverte hautement enthousiaste du Bal des absents, dont je vous parlais il y a peu ; me faisant comprendre que ma hâte à voir Catherine Dufour s’attaquer aux conventions littéraires à sa manière bien à elle avait vraiment le don de me faire ressentir une joie littéraire sans commune mesure.
Et c’est là que Fantômes et Giboulées, au delà de son indiscutable qualité en tant que roman, devient surtout pour moi un fascinant objet d’étude sur les convergences étranges entre tendances, marketing et codification des genres littéraires. Parce que si j’ai évidemment passé un très bon moment de lecture avec ce texte, il m’a quand même fallu quelques dizaines de pages pour reconfigurer mes attentes à l’aune de ce que m’y proposait son autrice, à mes yeux assez loin de l’étiquette cozy-crime promise par le marketing de Robert Laffont ; que je remercie encore pour le SP.
Bref, je vous explique ça.

Camille gère un refuge pour femmes battues, quelque part non loin de Montigny, dans un magnifique manoir dont elle s’occupe en compagnie de La Copine. Magnifique manoir qui a la particularité d’être hanté et de servir de repaire à La Petite, créature immonde servant de chien de garde au domaine, mais aussi et surtout de moyen relativement discret de se débarrasser des hommes malfaisants poursuivant leurs victimes jusqu’à ce dernier. Et jusqu’ici tout va bien, sauf que les ennuis et accidents s’accumulent soudain, forçant Camille à drastiquement réorganiser sa vie et le fonctionnement de l’endroit en compagnie d’anciennes pensionnaires.

Commençons par les points ne souffrant pas la moindre controverse ou confusion à mes yeux : Fantômes et Giboulées est un très bon roman. Je m’y suis senti tour à tour amusé, intrigué, intellectuellement stimulé, moralement conforté, un peu ému, tout ce qu’il faut pour refermer un ouvrage avec un sentiment de satiété et de satisfaction. Catherine Dufour, trop forte, aucun problème, on reste sur des bases solides ; je ne voudrais pas qu’on me fasse dire ce que je n’ai pas dit.
Parce qu’il faut bien dire que je suis quand même extrêmement décontenancé par le positionnement marketing opéré par Robert Laffont au moment de promouvoir ce texte, ne pouvant vraiment croire que c’est l’autrice, à mes yeux hermétique à ce genre de considération, qui en aurait décidé, se contentant d’aimablement jouer le jeu auquel qu’on lui a imposé au nom des contraintes du monde éditorial contemporain. Le genre de contrainte poussant cette dernière à me dire que Fantômes et Giboulées n’était pas une suite au Bal des absents mais simplement un roman « situé dans le même univers » ; quand bien même les éléments de départ du roman du jour étant littéralement les éléments de conclusion de l’autre. Si j’étais taquin, je dirais que la différence de maison entre les deux opus joue sans doute sur ce discours faisant insulte à l’intelligence des lecteurices de Catherine Dufour doué·e·s d’une mémoire un minimum fonctionnelle. Mais même ça c’est un détail insignifiant en regard de ma réelle interrogation quant au positionnement de ce roman ; on y arrive, mes excuses pour les détours.

Mon souci, c’est d’avoir rattaché ce texte au genre du cozy-crime. Je ne suis certainement pas un intégriste de la taxonomie littéraire, mais pour autant, je pense quand même que quand on commence à contorsionner des cases déjà bien trop nombreuses et spécifique pour y faire entrer des bouquins au nom de tendances aussi fébriles qu’éphémères, on crée plus de confusion et de bordel qu’autre chose. On passera sur le scandale que représente à mes yeux l’idée même de vendre un bouquin plus sur une étiquette plus ou moins mensongère plutôt que sur le nom de son autrice ultra-talentueuse au standard qualitatif plus élevé que le K2 ; ça à la rigueur, je pourrais presque entendre que c’est un point de vue personnel ne tenant pas assez compte des réalités du marché éditorial. Presque. Parce que Catherine Dufour, merde, encore une fois.
Non, on insistera plutôt ici sur le fait que clairement, même en tenant compte de la capacité formidable de cette autrice singulière à défoncer les conventions littéraires dans le cadre d’un genre donné dès qu’elle se décide à tout péter, ici, quand même, bon… Quand on met trop de coups audit cadre, au bout d’un moment, il faut bien admettre qu’il n’en reste plus grand chose. Et ça se voit que le bouquin qu’on nous a vendu, il n’y appartient de fait pas vraiment, et qu’on a plutôt essayé de surfer sur des arguments marketing faciles et un brin fallacieux parce qu’on a oublié comment faire autrement.

Comprenons nous bien, puisqu’à un moment il faut bien que je parle du texte lui-même : pour ce qui est du cozy, j’ai été servi. Un casting de personnes relativement ordinaires, qui s’échangent des dialogues savoureux dans un contexte lui aussi relativement ordinaire, seulement un brin perturbé par des événements moins ordinaires, sans trop de violence ou de graphisme dans les incidents les plus marquants : check. Je dois même dire que j’ai été bien plus servi que ce que j’avais anticipé ; Fantômes et Giboulées est sans conteste possible le texte le plus joyeux et positif que j’ai pu lire signé de la plume de Catherine Dufour. Elle qui a quand même chevillée au corps – littéraire – une image ricanante pouvant confiner au cynisme ou à l’ironie permanente, c’est aussi surprenant que bienvenu de la lire nous présenter un cast aussi lumineux et attendrissant, pour lequel elle n’a clairement que de la tendresse à nous donner. Alors certes, y a des fantômes – c’est dans le titre après tout – des morts plus ou moins étranges et une présence assez marquée du fantastique, mais, comment dire…
Bah, j’constate pas d’crime. Certes, peut-être que ma conception du cozy-crime est erronée ou caricaturale, mais il me semblait quand même que normalement, dans un cozy-crime, l’intrigue tourne autour d’un crime à résoudre auquel s’attèlent des personnages dont ce n’est d’ordinaire ni la fonction ni le rôle. Du coup, là, quand même, pour la majeure partie du récit, sincèrement, sans aucunement passer un mauvais moment, c’était impossible pour moi de me débarrasser de l’impression qu’on s’était un peu foutu de ma gueule ; qu’il n’était finalement pas tant question d’une quelconque déconstruction générique que d’une insertion au forceps d’un récit dans une case qui n’avait en réalité rien à voir avec la choucroute.

Pour moi, on est factuellement dans ce qui ressemblerait plutôt à une fable sociale teintée de fantastique, dans la droite continuité thématique et narrative du Bal des absents, ce qui renforce encore plus mon idée qu’on est avant tout dans une suite. Catherine Dufour y approfondit ses réflexions sur la condition féminine, sa vision du patriarcat, leurs rapports contrariés et contrariant aux nouvelles technologies, élargissant sa perspective individuelle vers un prisme plus collectif, y injectant une bonne dose de sororité et de sa lucidité froide habituelle. Ce qui donne, j’insiste, un cocktail délicieux. Juste pas du tout ce que j’anticipais au moment d’ouvrir le bouquin. Mais c’est pour ça précisément que je suis aussi pénible avec toutes ces questions éditoriales : je suis extrêmement contrarié d’avoir été frustré – même si temporairement – avec ce roman pour des raisons purement extra-littéraires. Ça ne devrait pas arriver, ça. C’est pas bien, ça ne rend service à personne.
Parce que, imaginez deux secondes, eune lecteurice fan de cozy-crime, genre vraiment fan, qui attend ses tropes et ses marqueurs génériques bien précis, et qui ne connait absolument pas Catherine Dufour ; bah face à un tel roman, il risque d’y avoir une sacrée déception, je pense. Et sur qui elle tombera cette déception, pour quiconque ne connaît pas trop le circuit éditorial, pensant sans doute que c’est l’autrice qui a marqué son roman de cette manière ?
Peut-être – sans doute, même – que je vois trop loin dans cette histoire, peut-être même qu’en vrai Catherine Dufour a vraiment voulu faire subir à ce genre ce qu’elle a fait subir à celui de la maison hantée ; auquel cas, quand bien même elle aurait écrit un roman bien chouette, elle se serait tout de même un chouïa planté. Mais je n’y crois pas une seule seconde. Pas dans un paysage où elle n’est clairement pas reconnue à sa vraie valeur, et où surtout, beaucoup trop de ME ont encore honte de publier de l’Imaginaire et font plus de tendancy-surfing qu’un réel travail de promotion des textes qu’ils prétendent défendre.

Et ici, pour ce dernier paragraphe : ALERTE SPOILER. Ça va pas être grand chose, matériellement parlant, mais si vous ne voulez pas en apprendre plus sur le déroulé de l’intrigue, passez directement à la conclusion.
Et là se pose pour moi une question à laquelle je n’aurais jamais cru réfléchir aussi sérieusement. Parce que figurez vous qu’en vrai, si Fantômes et Giboulées contient à mes yeux 90% de cozy, il contient bien, finalement, 10% de crime. Seulement, ces derniers sont là plus comme un twist qu’autre chose, et nous révèlent tardivement qu’on était bien dans une enquête depuis le début, c’est juste que nos protagonistes l’ignoraient. Un twist super chouette, hyper bien mené, qui amène son lot de surprises et confirme encore une fois que Catherine Dufour est super forte.
Mais du coup, est ce qu’on peut vraiment intégrer un récit à un genre donné quand les marqueurs les plus essentiels de ce genre n’y apparaissent qu’en qualité de twist, et pas comme squelette narratif et/ou thématique ? Personnellement, je vote non, ne serait-ce que par souci de cohérence avec le reste de cette chronique ; mais aussi et surtout parce que bon, hein, si l’étiquette générique de votre récit en spoile les éléments qui sont censés être des surprises, je trouve que ça la fout mal.
Un texte ne peut être bien appréhendé, à mon goût, qu’en étant lu avec le moins de parasites possible. J’en veux pour preuve ma difficulté à rentrer dans ce texte précis en attendant un élément déclencheur qui n’est jamais vraiment venu, parce que complètement effacé par des considérations autres, appartenant au genre affiché d’emblée par le récit. Si je n’avais pas eu à anticiper un crime qui n’était pas voué à réellement apparaître, je n’aurais pas été frustré par son absence : logique. Et j’aurais sans aucun doute été encore plus convaincu par le le bouleversement final concocté par Catherine Dufour.
Mais peut-être que c’est une conception tout à fait personnelle.
Fin de l’ALERTE SPOILER.

Fiou que c’était compliqué et chargé pour rien, cette chronique. Mes excuses à tout le monde : à l’autrice, tout d’abord, parce que son travail vaut infiniment mieux que mes recensions. À Robert Laffont, aussi, quand même, parce que même moi je trouve que j’abuse à me plaindre alors que j’ai eu un très bon roman gratos. Et à cielles qui auront eu le sentiment de perdre leur temps à me lire ne pas parler du roman dont le titre orne cet article ; je comprends.
Mais il fallait que je dise tout ça, parce que c’est ce qui m’habitait au moment de refermer l’ouvrage, et que si je le regrette, je refuse toujours d’être autre chose qu’honnête sur ce blog.
Le bilan est donc : super roman, encore et toujours. Catherine Dufour est une valeur plus que sûre, c’est une valeur refuge. Fable sociale fantastique à la plume toujours aussi féroce mais certainement pas dénuée de tendresse, Fantômes et Giboulées est un très chouette texte qui fait du bien autant pour son confort dans les moments de douceur que pour son mordant dans les moments les plus intenses. Encore une indubitable réussite que j’aurais voulu uniquement saluer dans sa dimension purement littéraire, malheureusement un peu encombrée par des considérations éditoriales.
Voilà.
C’est quand le prochain roman, M’dame Dufour ? Siouplé ?

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

One comment on “Fantômes et Giboulées, Catherine Dufour

  1. Avatar de Bugs Bugs dit :

    merci pour cette decouverte

    Aimé par 1 personne

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