
Swear I’m Alive – Marmozets (extrait de l’album CO.WAR.DICE.)
Ain’t no rest for the wicked, comme dirait l’autre ; une pause dans les lectures boulot avec une lecture plaisir, même si on est là pour honorer un nouveau SP aimablement fourni par le Bélial’, comme souvent, parce qu’il ne faut certainement pas perdre les bonnes habitudes. Et longue habitude oblige, je manque forcément de munitions pour vous fournir une de mes longues intros relous dont j’ai le secret.
On va donc faire court : malheureusement, je trouve cette novella pas ouf. Pas ouf, mais pas inintéressante non plus. Et comme la coutume le veut également, le défi va maintenant être d’expliquer ça correctement et exhaustivement.
Voyons ça.
Alors bon, en vrai, je me la joue un peu bourrin avec ce qualificatif de « pas ouf ». C’est la faute de mon impression finale du texte, et pour en justifier pleinement sans avoir l’impression d’être de trop mauvaise foi face à ma frustration, je pense que je dois ici appliquer ma méthode éprouvée consistant à vous guider au travers de mon propre voyage littéraire.
Conceptuellement parlant, Mondes de poche est excellent. Rien à dire à ce niveau là ; cette idée d’une découverte scientifique révolutionnaire amenant à l’humanité à explorer puis exploiter des univers miniatures où le temps, l’espace et les ressources sont aussi variables qu’infinies, avec tout ce que ça peut suggérer de progrès technologiques et d’abus mercantiles, c’est top, nickel, super. Mais si j’ai très vite capté cet intérêt particulier du travail de Brenda Peynado, je dois bien admettre qu’il a assez vite laissé la place à un certain doute de ma part.
Mon petit problème à ce moment-là, voyez vous, c’est peut-être que l’autrice a laissé un peu – beaucoup – trop de place au drame, dans son histoire. Pour ne pas dire à la tragédie. Et si vous me connaissez, vous savez à quel point j’ai du mal avec ce motif narratif. Bon sang que ce bouquin est triste, mais triiiiiste. Absolument déprimant. Coup dur sur coup dur pour son héroïne, qui n’a pas le droit à un seul moment de répit, en dehors des quelques réminiscences de sa vie passée, systématiquement écrasées par le poids des obstacles que le destin met sur la route de son bonheur, aussi minuscule et éphémère puisse-t-il être.
Et bon, si ce n’était que ça, bon, à la rigueur, j’aurais pu peut-être passer outre. L’autre problème, c’est que Brenda Peynado en rajoute sur ce souci de fonds à mes yeux avec une décision structurelle avec laquelle, encore une fois, j’ai un problème tout à fait personnel ; et c’est l’éclatement chronologique. Alors c’est mineur, hein, on est finalement sur une construction tout à fait classique, avec la mise en scène d’un événement donné, puis une longue analepse nous expliquant comment on en est arrivé là, pour ensuite repartir de cet événement donné avec une perspective renouvelée, jusqu’à la conclusion. Le problème, ici, c’est que l’autrice en fait des caisses sur l’ironie dramatique, et nous spoile elle-même une grande partie de ses enjeux, ce qui ruine complètement l’effet de surprise en plus de considérablement alourdir le flux de la narration, empoissé tout à la fois des redondances et des regrets de notre protagoniste, qui passe bien trop de temps à exprimer à quel point elle se déteste (léger PTSD de Ymir, du coup, c’est ballot).
Donc aux environs du deuxième tiers de l’ouvrage, j’en étais donc à un jugement du style « c’est pas ma came, mais c’est trop solide pour que je fasse trop la fine bouche », en gros. Certes, je persiste à penser que trop jouer la carte du dramatique ça ruine tout sense of wonder et que par les temps qui courent, mobiliser un concept tel que les mondes parallèles et les univers de poche pour en faire une fenêtre hurlante sur les dommages que cause le capitalisme néo-libéralisé, ça tient presque du nihilisme, mais c’est peut-être un point de vue tout à fait personnel. Je sais que je ne suis pas seul avec cette opinion, mais on est quand même pas majoritaires à penser qu’on a plus besoin de lumière que d’avertissements dans nos lectures Imaginaires ; on a joué la carte de la dystopie pendant des décennies et voilà où en est, j’ai envie de dire. Mais c’est presque extra-littéraire, comme considération, quand on s’intéresse à un texte isolé : j’étais prêt à me boucher un peu le nez et à reconnaître que quand même, les responsabilités pour mon rejet partiel des choix artistiques de Brenda Peynado étaient partagées.
Et puis est venu le dernier tiers. Et je vais être sincère : j’ai pas compris le délire. Alors factuellement, si, j’ai capté l’essentiel, quand même, c’était pas si compliqué que ça. Mais le récit a pris un virage conceptuel et narratif tellement brutal que j’ai subitement eu le sentiment d’être dans un tout autre récit ; où les enjeux et une grosse partie de ce qui semblaient être les thématiques de ce dernier jusque là se sont vus radicalement bouleversés, appuyés par un changement drastique de rythme. Un gros rush final qui ressemblait sincèrement à une panique totale de l’autrice se rendant compte qu’elle avait un volume limité pour son histoire, et qu’elle avait bien trop pris son temps jusque là avec le reste.
Et du coup on se retrouve avec une bouillie thématique venant mélanger pêlemêle plein d’éléments qui jusque là se contentaient de faire de la figuration en arrière-plan de l’intrigue, loin derrière les états d’âme de notre héroïne, voire n’existaient quasiment pas. Autant dire que le mot confusion n’est pas suffisant pour exprimer le niveau de déraillement de mon esprit face à un si violent changement de braquet, me faisant me demander si je n’avais pas simplement raté un ou des trucs dans le reste de ma lecture, ou si la chaleur ne m’avait pas tapé plus fort que ce que j’aurais aimé l’accepter.
Mais non, je crois juste – et ça me peine un peu de le dire aussi abruptement – je crois que le récit lui-même était simplement si perdu que ça en lui-même, ne sachant pas vraiment choisir entre un drame personnel intense avec un fonds science-fictif un peu pointu, ou une histoire de hard-sf se servant d’un drame humain pour explorer son concept central au travers d’un vecteur narratif suffisamment flexible. À mes yeux de pénible : cas classique d’une chasse aux lièvres qui se finit bredouille parce qu’on en a trop pistés en même temps.
En bref : une accumulation très dommageable de soucis plus ou moins mineurs qui viennent gâcher ce qui avait probablement le potentiel d’être un super texte. Un cas assez typique d’une chronique où je me trouve moi-même assez dur, mais où plus je prends du recul sur mes mots et plus je suis d’accord avec moi-même, précisément parce que je suis plus frustré qu’autre chose. Quand je me remémore mes réactions au fil de ma lecture, je me rends bien compte que c’est allé de mal en pis, en dépit des excellentes idées mobilisées par son autrice ; parce que trop de motifs dramatiques, parce que trop de lourdeurs et de longueurs, et pas assez de respirations dans un texte qui souffre de son format de novella en n’en faisant à la fois trop et pas assez. Je comprend le charme conceptuel des efforts fournis par Brenda Peynado, et je les salue, mais ils sont à mes yeux complètement phagocytés par des choix narratifs et structurels que je ne trouve pas assez justifiés à l’aune de ses ambitions affichées. J’ai fini ma lecture fourbu de confusion et d’agacement. Très dommage.
Mais hey. C’est aussi ça les UHL, they can’t all be winners. Ça m’empêchera pas d’y revenir à chaque fois avec le même sourire et la même hâte.
Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉
