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C’est pour le travail #5

Pas l’temps d’niaiser.

SP RL – Le Phare de l’Impossible, Michael Pedersen
Fini.
Chronique à venir pour la Rentrée Littéraire. Sortie le 27 Août. =)

SP RL – Le Gourdin du Prince Marko, Ante Tomić
Fini.
Sur le fonds, je vais pas prétendre que je suis pas un minimum client de la démarche ; satiriser le roman national en le ramenant au niveau du sol avec ce qu’il faut de mauvais esprit et de pragmatisme mal placé, c’est aussi rigolo que pertinent.
Bon, après, le faire surtout à coup de blagues de cul et d’esprit potache, je dois dire que je suis moins convaincu. C’est mon côté pudibond qui doit sans doute s’exprimer un peu trop fort.
Plus sérieusement, je trouve très dommage, encore une fois, de centrer la promotion et le résumé d’un bouquin sur un personnage censément central, pour finalement en faire un personnage presque secondaire d’une histoire qui ne le concerne franchement pas tant que ça ; comme si face à un récit polyphonique, on osait pas vraiment assumer l’absence d’un véritable protagoniste/héros. Parce que bon, hein, le Prince Marko du titre, il est là, mais il est vraiment pas très important en regard du propos fondamental de ce court roman ; et j’ai beau comprendre que sa nature accessoire est primordiale à une partie du propos défendu par Ante Tomić, je trouve quand même que littérairement, c’est un peu bâtard, formellement parlant. Qu’il y a un truc qui ne fonctionne pas vraiment.
C’est sans doute pour ça que je trouve le texte se situe dans une sorte de vallée de l’étrange, entre le trop et le pas assez ; comme si certaine de ses scènes clés avaient été écrites d’abord, et le reste du récit vaguement élaboré autour pour donner un volume suffisant à l’ensemble justifiant son édition. C’est assez étrange. Et c’est un peu à l’image de l’humour du récit : certaines vannes fonctionnent vraiment bien, initialement, mais elles sont presque toujours allongées, diluées, jusqu’à se neutraliser elles-mêmes ou carrément devenir contreproductives. J’en veux pour exemple les personnages des prostituées restauratrices, assez formidables, mais dont la représentation se gâte au fil du texte pour devenir borderline misogyne, ou a minima réducteur et répétitif, et c’est dommage.
Et puis bon, ne nous mentons pas non plus ; dans le genre satire du roman national et des folklores patriotiques, passer derrière Les tribulations d’un mage en Aurient, pour un lecteur comme moi… *tousse* bonne chance.
C’est pas mauvais, j’ai pas passé un moment désagréable… Mais pour ce que j’ai pu trouver ça ponctuellement rigolo, je ressors de l’expérience avec un sentiment d’inconséquence et de relative facilité dans la démarche, teinté d’un cynisme que je ne goûte pas vraiment.

SP RL – Roxane, Romain Aguila
Fini.
Si j’avais dû faire un top personnel des bouquins qui ne me donnaient pas envie lors de la présentation où ce bouquin m’a été introduit, j’avoue sans peine que je l’aurais mis dedans. Et pas par dégoût ou quoi, hein ; juste parce que j’avais la conviction que ce genre de littérature n’est pas pour moi. Et en effet, en le commençant, avec son histoire toute simple, aux tons tragiques, et surtout son concept formel tranché, sa narration à l’os et son découpage à la ligne, je me suis dit que ça partait très mal. Mon impression initiale, c’était le même malaise de lecture que pour À la ligne, niveau subvocalisation. Ce qui, pour un bouquin qui clairement, vise à une certaine musicalité dans le verbe et le rythme, la fout assez mal, chaque passage à la ligne provoquant un petit hoquet dans le flux des mots à mes yeux. Mais ça à la rigueur, c’est personnel, alors je me suis dit que j’allais l’ignorer et passer outre ; mon problème a alors muté vers le sentiment que la démarche formel de l’auteur ressemblait surtout à une astuce un peu cheap pour éviter que sa narration de tombe dans l’écueil du simple compte-rendu, alors que son histoire est, fondamentalement, assez banale.
Le genre d’histoire qui ne me heurte en rien, mais à laquelle je sais ne simplement pas être sensible du tout, et dont la forme n’aide certainement pas à m’émouvoir le moins du monde ; dont je dirais volontiers que j’aimerais aimer, mais où je m’ennuie poliment. N’auraient été les circonstances de cette lecture, vous liriez sans doute un stop au premier tiers en exergue de cette entrée dans mon index, plutôt que le présent « fini. »
Parce qu’en fait, je n’avais pas d’autre bouquin sous la main pour rentrer du boulot, et que quitte à l’avoir à disposition, autant le finir, pour pouvoir en livrer un avis plus complet et honnête, moins basé sur des impressions et des préjugés. Et c’était une bonne décision ! Déjà parce que lire un bouquin en quelque chose comme une grosse heure, c’est toujours une sensation satisfaisante, très égoïstement, mais aussi et surtout parce que finalement, j’ai bien aimé ce roman.
Alors certes, je ne suis toujours pas convaincu par tous ses choix esthétiques et narratifs ; mais au moins, en allant au bout, je les ai compris. Et ça, ça aide quand même vachement à appréhender une œuvre avec la meilleure lumière possible. J’ai ainsi compris que la forme du texte n’était certainement pas une astuce mais bien une démarche réfléchie ; le découpage à la ligne comme l’éclatement chronologique du récit font complètement sens. L’exécution peut être ponctuellement sujette à débats, certes, mais l’idée est bonne et donne plus régulièrement des chouettes moments de lecture que l’inverse, notamment dans la mesure où ce n’est pas une tragédie mais une jolie rédemption.
Et puis au final, même si je trouve le squelette de l’ensemble un peu trop fin pour pleinement me convaincre, que je pense qu’une telle histoire aurait mérité un peu plus d’ampleur pour réussir à complètement s’exprimer : ça fonctionne quand même plutôt pas mal. J’ai passé un moment globalement agréable, une fois que j’étais dedans.

SP RL – Une prière pour John Coltrane, Jérôme Schmidt
Fini.
Plus une relativement courte compilation d’anecdotes et de petites histoires qu’autre chose, mais ce bouquin à propos de l’histoire du jazz et de ses prosélytes au Japon, raconté par un spécialiste occidental passionné, il n’a pas beau pas être ma came formellement, et parler d’un sujet qui ne m’intéresse qu’à moitié, je le trouve plutôt chouette quand même.
Le secret, c’est sans doute que la démarche est absolument et indubitablement sincère, ne laissant la place à son narrateur que lorsqu’il faut insuffler du mouvement et une perspective extérieure à ce qu’il raconte, sans jamais verser dans l’égocentrisme. Et l’avantage du volume restreint de l’ouvrage, c’est que ça m’a motivé à aller au bout en dépit de mon manque d’emportement pour le sujet. Et du coup j’ai pu pleinement appréhender la douce mélancolie empreinte d’humanité qui traverse la grande histoire faite de plus petites, et j’ai pu ainsi profiter de l’invitation à découvrir le monde singulier des jazzkissa, dont je n’avais jamais entendu parler avant ça.
A minima, j’ai appris des trucs. C’est cool.

SP RL – En attendant Marky Moon, Natalie Adler
Stop page 81/327
J’avais de plus grands espoirs pour ce texte, je confesse, notamment en raison de son argument fantastique central. Et puis bon, disons le simplement, la sauce n’a pas pris. Déjà parce que cet argument fantastique m’est assez vite apparu comme relativement superficiel, ou du moins trop symbolique à mes yeux, en dépit de sa présence matérielle dans le récit ; les fantômes avaient beau être là, il me semble bien qu’ils n’étaient finalement que la représentation d’autre chose ; du deuil, principalement. Ensuite parce que dans le premier quart de cette lecture, je trouvais que ça tournait pas mal en rond, avec pas mal d’informations redondantes et de réflexions qui allaient un peu nulle part. Je suis jamais rentré dedans.
Et à ce constat s’ajoute aussi un léger sentiment de malaise quant à la convocation des « années sida » par une personne qui clairement ne les a pas vécues, et d’une façon qui me paraît aussi légère. Alors certes Natalie Adler ne fait pas l’impasse sur les ravages du virus sur les corps et la communauté, ni sur l’abandon dont ont été victimes les malades, mais je sais pas, le fait que le récit soit centré sur une seule personne et ses problèmes à gérer le deuil, parasitée par ce qui ressemble à de la jalousie et autre sentiments un peu mesquins… Sans doute que par la suite ça se serait arrangé, mais le fait est qu’après 81 pages, je n’avais toujours pas le sentiment que j’avais le moindre enjeu auquel réellement m’accrocher, je n’avais juste pas assez envie de continuer pour le faire. Mettez ça sur le compte de mon éternel cœur de pierre.
Dans d’autres circonstances, j’aurais sans doute poussé un peu plus, au moins pour m’assurer proprement des raisons de ma lassitude. Mais clairement la frustration du sentiment de rater quelque chose était trop forte.

Bon, on finit cette salve sur une note négative, mais le reste est plutôt positif, alors on va dire que ça compense.
Et j’ai encore des SP habituels en retard à lire pour le blog, j’ai bien mérité un p’tite pause.
Mais on y reviendra. Oh que oui on y reviendra.
À la prochaine, donc.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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