On lâche rien.
SP RL – Le fabuleux piano, Sonia Devillers
Stop page 34/274
J’aurais vraiment beaucoup de mal à élaborer au delà d’arguments déjà servis par ailleurs : ce genre de bouquin ne m’intéresse juste pas. C’est pas de la faute de l’autrice, je pense qu’en dehors de la démarche de prêter des émotions et des opinions à une personne décédée au prétexte de ses journaux intimes utilisés comme matière première à ce roman, que je trouverai toujours malhonnête, je n’ai rien à lui reprocher. Sa démarche ne me semble pas dénuée de sens.
C’est juste que je n’ai aucune curiosité à la lire, sans doute parce que je bloque toujours sur l’idée qu’il est profondément injuste de poser une lumière singulière sur une histoire personnelle que tant d’autres personnes ont vécue ou partagée à quelques minimes différences près, juste parce que sa descendance plus ou moins indirecte a le bénéfice de la célébrité pour lui prêter de l’importance. J’aime pas ça. C’est très con, mais j’aime pas ça.
SP RL – Lait cru, Steve Poutré
Stop page 43/250
Chapitres (trop) courts, style halluciné et surchargé, je devine un texte qui aurait pu me plaire dans son côté étrange presque psychédélique, mais il en fait bien trop et a rapidement confiné à l’overdose pour le béotien que je suis. L’argument fantastique sournois que j’ai deviné plus que lu, associé au contexte original de la ferme laitière avait clairement du potentiel, mais l’autofiction et le côté demantibulé du récit, que j’aurais du mal à qualifier d’intrigue, auront eu raison de ma patience.
SP RL – Le diable rit avec nous, Xavier-Marie Bonnot
Fini.
Un des romans qui me donnaient vraiment envie dans ce que j’ai croisé de la Rentrée Littéraire à venir jusque là, je trouvais le concept central sur lequel ce texte était vendu, à savoir le parcours d’un soldat français volontaire des SS, extrêmement accrocheur ; en grande partie parce que l’auteur revendiquait une perspective historiquement juste et un regard critique de ce parcours, notamment à l’aune des parallèles indispensables à dresser avec l’actualité brûlante dont nous sommes collectivement victimes.
Et c’est pas mal. Pas mal, mais un peu décevant quand même.
Premier aspect positif, des échos personnels à l’œuvre d’Erwan Bergot et ses Sentiers de la Guerre, qui œuvraient d’une manière similaire, quoique plus ample et polyphonique, à la peinture de la vie militaire au travers de beaucoup d’éléments de l’Histoire de France, notamment la chute de son empire colonial. J’aime toujours quand une histoire s’efforce de nous montrer la profonde complexité d’une trajectoire personnelle, en ne la résumant pas à des actes et des idées simples, mais en explorant leurs origines, leurs motivations et leurs conséquences, surtout quand il s’agit du mal absolu qu’incarne le fascisme.
Et c’est sans doute là que ça coince un peu, concernant ce roman. Parce que je crois que tout à sa volonté de nuance et de complexité quant à la personnalité et aux décisions prises par son soldat français devenu Waffen SS, Xavier-Marie Bonnot glisse un peu du côté de la complaisance. Certes, il n’édulcore en rien les horreurs commises par son personnage, pas plus que les mensonges dans lesquels ce dernier se vautre pour conserver une illusion d’honneur et de rectitude. Mais l’auteur, à mes yeux, tombe un peu dans l’écueil d’un homme qui se serait simplement trompé de colère, blessé par des trahisons gouvernementales et politiques, une enfance difficile, des fêlures intimes ; il préfèrera battre en brèche le concept de « banalité du mal » d’Arendt lors d’une habile digression en fin d’ouvrage.
Ce qui me fait dire aussi que la structure du roman est sans doute un peu à blâmer pour ma tiédeur également, puisqu’en parallèle de l’histoire de ce perso de facho un peu ambivalent, on suit le narrateur, celui là même qui l’interviewe et nous raconte son parcours, intimement intéressé puisqu’il cherche des informations sur son géniteur, lui aussi militaire, mais à la carrière moins documentée. Et je trouve que cet aspect du roman bouffe un peu l’autre en terme de volume et d’enjeux, brouillant les pistes narratives comme les thématiques, diluant au passage la charge de la saine démonstration menée par ailleurs par Xavier-Marie Bonnot. C’est assez dommage et également frustrant de suivre des personnages vecteurs comme ceux là, plus des symboles ambulants que de réels caractères, servant du coup un propos juste sur le fonds, mais un peu confusant et dépolitisant sur la forme ; réduire un SS tel que celui que nous dépeint l’auteur à un « simple » anticommuniste revanchard qui était bien content de suivre les ordres, y compris de gens qu’il méprisait, dès lors que ça lui permet de casser du bolchévik, ce n’est pas à proprement parler inexact, ça me paraît simplement un poil trop réducteur.
Or, l’essentiel de l’idée de départ de ce roman telle que je l’ai appréhendée ; à savoir la mise en parallèle Années 30/40 avec ce qui se passe aujourd’hui, c’est quelque chose de vital à mettre en lumière : je trouve que ce roman s’y engage très bien avec les chroniques du parcours de son facho, et se perd un peu trop en route avec le parcours de son intervieweur en contrepoint, pour vraiment réussir son coup. Heh.
SP RL – La peau neuve, Jean-Pierre Montal
Stop page 151/189
Hey en vrai ça commençait bien ! Voire même très bien considérant que je suis allé aussi loin. Même en admettant que le concept central qu’on m’avait vendu était traité de manière un chouïa superficielle, cette idée d’une femme qui reprend sa vie à zéro en se débarrassant de sa bibliothèque en boîte à livres était séduisante. Certes, je trouvais que l’auteur faisait ça de manière un peu trop ample, trop en mode « liste », sans vraiment creuser les réflexions liées à chaque ouvrage, avec un petit peu trop de complaisance envers son idée ; mais ça fonctionnait vraiment quand même. Déjà parce qu’en parallèle de ces réflexions propres à chaque bouquin, il y avait des saillies et des répliques qui faisaient vraiment mouche, à la fois dans le pur domaine humoristique, et dans un domaine plus intellectuel, autour des forces et fonctions sociales de la littérature.
Le secret de la réussite de l’auteur, ici, résidant je pense dans une bonne distance focale avec son sujet, usant de juste assez d’ironie et de hauteur vis-à-vis de ses affirmations au travers de son héroïne, jouant la carte d’une sagesse universelle espiègle mais pas non plus trop sentencieuse.
Et puis à un moment, la formule s’écroule, et j’ai l’impression que les arguments marketings ont encore eu raison d’un résumé honnête ; le concept central est complètement effacé par d’autres considérations dont je n’avais pas du tout envie à l’aune de ce récit précis, laissant subitement tomber tout ce qui faisait le charme du roman pour partir dans une toute autre direction, thématiquement et narrativement.
L’impression que Jean-Pierre Montal était arrivé au bout de ses idées et qu’il n’avait aucune idée de comment finir son texte.
Du coup, quand on se met à parler sexe de façon aussi gratuite et déconnectée du reste du récit et qu’on change à ce point là de braquet, moi je suis soulé, et je laisse tomber.
Dommage, y avait des choses à creuser là dedans, vraiment.
SP RL – Le Chat de Montaigne, Nils Minkmar
Stop page 121/405
J’étais très curieux de le lire, celui-là, en très grande partie en raison de sa proximité thématique avec La Dame de la Seine, sortie des forges de Vulcains à venir pour la Rentrée Littéraire : j’avais envie de comparer, étant donné que les deux romans vont avoir une bonne place dans mes rayons.
Et bon. D’abord, si j’ai bien compris avec mes très rapides recherches : c’est une auto adaptation de son propre roman initialement publié en allemand que nous propose ici l’auteur, franco-allemand. Peut-être que ça explique les quelques passages un brin curieux que j’ai pu relever, les ponctuelles transitions nébuleuses et autres dialogues un chouïa chaotiques ; mais c’est secondaire à mon renoncement.
Non, mon problème, c’est que je m’ennuyais toujours après une centaine de pages, et qu’encore une fois, j’ai le sentiment que les arguments de vente mobilisés pour défendre ce roman étaient à la limite du fallacieux. Pas de chat, déjà, alors qu’on nous a bien dit qu’il n’était pas là pour faire joli sur la couverture, hein. Ensuite, Montaigne n’est vraiment pas central à l’ouvrage, laissant beaucoup plus de place à son nouveau scribe et ses pérégrinations dans le Paris post St-Barthélémy, victime des abus des catholiques autoritaires. Et enfin, et surtout, une intro bien trop longue tournant autour du pot, tardant à arriver au cœur promis de l’intrigue, donnant le sentiment que dans les intrigues de cour implicitement promises, on a surtout de la cour et pas beaucoup d’intrigue, avec des personnages qui veulent tant faire de l’esprit que leurs répliques sont affreusement verbeuses, parfois à la limite du compréhensible.
SI j’étais mesquin, je soupçonnerais l’auteur fan de Montaigne d’avoir voulu lui donner un beau rôle dans une histoire dont on ignore quand même beaucoup de choses, et de profiter d’un roman de fiction pour l’idéaliser. Ce qui n’est pas un problème en soi, c’est le jeu de l’imagination, mais de fait, c’est juste vraiment pas ma came.
SP RL – Heures Sauvages, Marie Petitcuénot
Stop page 81/139
Reprise romanesque d’une performance artistique de Marina Abramovic dans les années 70, avec sa bénédiction ; je trouve que la démarche est pertinente. D’abord et avant tout parce que l’histoire est assez dingue, et aussi parce que l’explication de texte d’un mouvement artistique aussi clivant et étrange que l’art corporel dans le paradigme artistique actuel me semble tout à fait bienvenu : j’ai appris des choses, et ça fait toujours plaisir.
Après, vous aurez bien vu que je suis pas allé au bout. D’abord et avant tout parce que je suis toujours pas client de l’idée de lire des horreurs quand elles sont réelles ; je subis trop les crasses du quotidien pour m’en infliger d’autres dans le cadre de mes loisirs, même si les loisirs en question sont de facto mon travail. Disons qu’à ce stade du récit et avec les indications données par l’autrice lors de la présentation de son texte, j’avais une suffisamment bonne idée d’où j’allais pour avoir envie d’encaisser encore un peu plus.
Ensuite, je dois bien dire que formellement, j’ai vraiment pas aimé. Dès le départ, on a des dialogues inscrits dans le flux de la narration, sans aucune typographie de soutien, je déteste ça, je trouve que ça rend vraiment le texte étouffant. J’aurais pu à la rigueur trouver cette décision pertinente si elle n’avait été utilisée qu’à partir du début de la performance relatée par la suite, et qu’elle avait été appuyée par un effet de contraste ; le passage d’une narration déliée et classique pour les passages de la « vraie vie » vers une narration en blocs, sans dialogues ni respirations, pour rendre compte de la touffeur et de la tension de la « vie de la représentation », je pense que ç’aurait été autrement stylé. En l’état, là, je trouve ça trop uniforme, trop rigide, et vraiment pas fluide ; surtout que l’autrice enrobe beaucoup de ses effets et de ses scènes d’éléments hétéroclites qui auraient pu – et du, à mes yeux – jouer sur cet éventuel contraste.
Si on ajoute à tout ça un style que je trouve too much qui joue trop régulièrement sur les mêmes figures de style, manquant cruellement de sobriété, je dois bien dire que je suis assez déçu. D’autant que certes, on a une note en début de roman pour remercier Marina Abramovic d’avoir permis la publication du roman, je trouve assez moyen de ne pas la retrouver dans les remerciements de fin d’ouvrage pour simplement avoir totalement inspiré ce dernier. D’accord, c’est sans doute implicite, mais quand même. Y a des gestes d’élégance qui ne coûtent rien de faire et qui coûtent cher à oublier. Je trouve.
Hop là.
Et on enchaine.
Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉
