
Mad As A Hatter (Live In Concert) – Larkin Poe & Nu Deco Ensemble (extrait de l’album Paint The Roses (Live In Concert) )
I Keep My Secrets Safe – Saosin (extrait de l’album In Search of Solid Ground)
Hey, ça faisait grave longtemps, en vrai. Trop longtemps, du coup. Parce que Rozenn Illiano, ici, c’est la famille, vous comprenez ; il faut honorer son existence assez régulièrement, sinon on a l’impression que le respect s’est perdu en route.
C’est donc le point annuel sur la production littéraire de mon autrice favorite, et ce avec enthousiasme et diligence, quand bien même il s’agit ici de la conclusion d’une trilogie qui clairement, a eu des difficultés à émerger avec toute la clarté et la facilité de lecture que j’associe d’ordinaire avec sa démiurge littéraire ; en soient témoins les chroniques des T1 et T2.
TL;DR : La trilogie des Marcheurs de Rêves constitue sans doute aucun la plus grosse convergence narrative possible jusque là dans l’Oniroverse de Rozenn Illiano, et de fait, elle souffrait dans ses deux premiers volumes d’une grosse charge informationnelle ainsi que d’une ambition intertextuelle extrêmement exigeante de la part de son autrice, parce que motivée à faire de cette série une autre série indépendante, au sein d’un projet où tous les romans se répondent et se complètent malgré tout. En ressortaient donc deux romans tout à fait compétents, aux histoires plaisantes, mais aux rythmes un peu souffreteux, surtout en comparaison aux autres productions de l’autrice à mes yeux, qui brillaient jusque là par leur accessibilité et leur confort de lecture.
La charge de ce troisième et dernier tome était – pour moi – de parvenir à retrouver cette facilité de lecture et de compréhension, tout en conservant la patte littéraire de Rozenn Illiano, faite de sensibilité et d’organicité, au service de personnages attachants et complexes, et d’une intrigue haletante. Pas évident, on est d’accord, surtout quand on sait le niveau de pression qu’eune auteurice peut se mettre sur le dos au moment d’écrire, y compris avec le talent d’une autrice comme celle qui nous intéresse aujourd’hui.
Je suis ici aujourd’hui pour vous dire que je considère que le pari est – à mes yeux – réussi. D’abord parce qu’on ne lit pas 410 pages en numérique en deux jours et demi sans être un minimum dans le délire, mais aussi et surtout parce qu’en lisant ce dernier tome, j’ai enfin compris pourquoi j’avais eu tant de mal à vraiment me sentir impliqué par les romans de cette trilogie, tout en appréciant le voyage. Ce qui, formidable nouvelle, signifie que je vais pouvoir développer des choses dans cette chronique, au delà de juste faire des compliments répétitifs à Rozenn Illiano. Même si, bien entendu, des compliments, il y en aura.
Faut pas déconner, non plus.
Les basiques et attendus, d’abord : le style Illiano est toujours là, évidemment. Élégance et douceur dans la narration, au plus près des émotions des personnages, jouant ici particulièrement bien sur les perspectives et leurs complémentarités, avec une construction polyphonique selon le principe d’une voix par chapitre ; ce qui permet d’impeccablement rythmer le récit et sa tension en alternant les temporalités et les espaces, entre la réalité, le rêve et les époques qui se mélangent. Très tôt dans le récit, exit ma relative angoisse de retrouver la difficulté à progresser dans l’intrigue comme dans le tome précédent, j’étais vraiment à la maison.
D’autant plus qu’avec la contrainte passée d’expliquer – ou réexpliquer, selon les cas – la majorité des données importantes du récit, complètement évacuée par le fait qu’on est dans un tome conclusif, on sent bien que Rozenn Illiano est nettement plus libérée, laissant plus aisément court à ce qui fait sa force d’autrice ; j’ai retrouvé des scènes d’anthologie au service d’une émotion pure, venant faire la jonction idéale entre des moments de narration plus classique, faisant avancer bon train une intrigue allégée en éléments purement techniques servant de bases aux révélations, vers lesquelles on tendait depuis le début. En somme, on est enfin en place et le récit peut prendre toute son ampleur.
C’est là qu’on revient à l’identification de mon relatif blocage avec cette trilogie jusque là, que j’avais en majorité mis sur le compte de sa convergence massive avec le reste de l’œuvre de Rozenn Illiano ; parce que certes, tout peut se lire indépendamment, mais quand on a tout lu ou presque comme moi, le fait est que l’intertextualité est aussi présente que puissante. Pour ne pas dire pesante. Je pensais sincèrement que le plus gros problème de cette trilogie était son ambition, et donc son volume ; que la pelote constituée par tous les fils narratifs réunis par ma demiurge favorite était juste trop massive à dénouer pour que même elle y parvienne. Et je pense que ça n’est vrai que dans la mesure où elle-même l’a cru et s’est, en quelque sorte, auto-saboté ; ce qui n’est rien de moins qu’ironique quand on considère le personnage de Lili et sa proximité avec sa créatrice. J’ai le sentiment qu’elle s’est efforcée d’insuffler un souffle épique, quasi tragique, à son histoire, essayant de la faire entrer dans un moule qui ne correspondait finalement juste pas à ce qu’elle aimait vraiment écrire. Et qu’elle est vraiment douée comme personne pour écrire.
Et c’est sans doute ce que j’ai enfin retrouvé dans ce troisième et dernier roman de cette trilogie. De la simplicité. Des personnages vivaces et expressifs à qui il arrive des choses et qui y réagissent, à leur hauteur. Je crois que jusque là, en partie à cause de ma connaissance poussée de la chronologie de l’Oniroverse et du relatif manque de suspense quant à l’avenir général de l’humanité et des Marcheurs de Rêves, leurs évènements se déroulant pour bonne partie avant Le Temps des Cendres ou Elisabeta, par exemple ; j’avais du mal à vraiment me sentir concerné ou inquiété par les menaces qui habitaient ce récit. Déjà que je suis un lecteur très froid, quand on m’enlève la tension narrative en plus, c’est compliqué.
Mais figurez vous que ce n’est pas vraiment un tort, et que je trouve que si ça devait en être un, il serait plutôt imputable à ma façon de lire ce que je lis ; parce que tout sûr que j’étais de ne pas vraiment pouvoir être surpris par ce que Rozenn Illiano allait pouvoir me proposer, je pense que je suis un peu tombé dans la prophétie auto-réalisatrice. Je crains bien m’être persuadé tout seul que c’était (relativement) cousu de fil blanc, fort des quelques informations extra-narratives que m’avait refilées l’autrice quelques années en arrière et que je n’avais malheureusement pas oubliées.
Sauf qu’en fait, bah non, hein, vous l’aurez compris. Certes, la nature des enjeux de cette trilogie, plus globaux et évanescents que ceux de l’essentiel des autres textes de l’autrice auront joué en la défaveur de mon engagement ; mais c’est pas une raison pour aller affirmer que je n’ai pas été accroché, quand même, notamment dans la deuxième moitié de ce tome conclusif. On enchaîne les révélations, les moments de suspense, les séquences littéraires de haute volée, les instants suspendus, et on comprend enfin, une bonne fois pour toutes, de quoi il était réellement question (sans compter d’autres trucs bonus qui ravissent mon esprit d’analytique pénible) et c’est : trop bon.
Et c’est quelque part là-dedans que j’ai identifié l’adjectif parfait pour qualifier mon sentiment précis à la lecture de ce Monde du Vide, qui m’a étonné autant qu’il m’a ravi : satisfaisant. Alors attention, on ne parle pas d’une satisfaction indolente, d’un simple constat que ok, c’est bon, c’était chouette, on passe à autre chose. Non non, on parle d’une satisfaction complète, d’un sentiment de plénitude, d’une boucle bien bouclée, d’un cercle parfait tracé à main levée. De la pose finale et définitive de la dernière pièce du puzzle, qui fait un petit bruit de cliquetis en complétant l’image à laquelle elle appartient. Ce genre de satisfaction qui permet de lâcher un vrai, bon soupir de plaisir.
Oui, Rozenn Illiano a galéré sur cette trilogie, c’et évident. Non, ça ne s’est pas passé aussi fluidement et plaisamment que ç’aurait pu/du se passer. Mais n’empêche qu’elle est allé au bout, et qu’au final, elle a réussi à retomber sur ses pattes. C’est pas un mince exploit, surtout quand on parle d’une série aussi dense, elle même appartenant à une saga fleuve qui ne brille certainement pas par sa radinerie.
Est-ce que c’est mon arc favori de tout ce que l’Oniroverse ? Sans doute pas. Est-ce que c’est un mauvais arc de L’Oniroverse ? Je vous en veux de l’avoir seulement pensé, et si vous recommencez j’appelle la police. On dira diplomatiquement que c’est un arc un brin torturé, mais qui, je trouve, gagne d’autant plus en valeur à mes yeux en étant parvenu à arriver au bout de l’aventure avec autant de panache. Donc pas mon préféré, mais le récipiendaire d’une énorme tendresse et d’autant de respect, ce qui revient presque au même.
De toute manière, c’est de Rozenn Illiano qu’on parle, alors vous devrez vous lever tôt pour que j’en dise autre chose que beaucoup de bien.
Toujours mon autrice favorite, pour maintenant et toujours, vous allez faire quoi.
En lire. La bonne réponse était : en lire.
Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉
