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Liminal, Auriane Velten

Allez, hop, Scott Uminga au panthéon des illus, c’est officiel, je veux rien savoir.

Invincible – OneRepublic

Une fois n’est pas coutume, me voilà bien emmerdé.
C’est une situation bien complexe que d’être ami avec une autrice formidable dont on attend chaque nouveau roman avec une hâte et un enthousiasme renouvelé·e·s en étant témoin des tribulations et doute qui peuvent l’animer au fil de la rédaction de chacun de ses opus. C’est vraiment compliqué d’entamer un texte en sachant que sa créatrice a pleuré des larmes de sang sur son manuscrit, et de savoir précisément à quels problèmes elle a dû faire face pour arriver au bout dudit texte, en arrivant presque à le détester à l’issue de son écriture. Ses mots pas les miens.
Mais c’est encore plus compliqué, quand, arrivé ici, au moment de devoir vous donner mon avis et mon ressenti sur ce roman, de constater que je ne peux strictement rien en dire sans vous en spoiler les éléments les plus intéressants, ceux là même qui lui confèrent à mes yeux toute sa force, son caractère, sa personnalité, et les qualités nécessaires à l’expression finale de ce que j’en pense.
Ce que j’en pense étant : Auriane Velten confirme avec Liminal, une bonne fois pour toutes, qu’elle est une écrivaine brillante, en pondant un authentique chef d’œuvre. J’ai pas d’autre mot. Parce que pour passer derrière After®, Cimqa et C’est-comme-ça, qui chacun dans leur registre, étaient déjà des bouquins fort impressionnants, et pour lesquels j’ai beaucoup de tendresse, et parvenir à me faire tomber la mâchoire comme elle l’a fait avec ce texte, faut avoir passé un cap.
Mais voilà, comme je le disais, je suis bien emmerdé. Parce que la majorité des compliments que j’ai à formuler au sujet de Liminal, pour être précis et circonstancié, devraient l’être en dévoilant l’essentiel de ce qui fait sa force, à savoir l’effet de surprise découlant de l’exploitation du concept central de tout le roman, dont j’estime qu’il serait criminel de le connaître avant d’ouvrir le roman.
Donc pour cette chronique, on va tricher. Allégrement et sans le moindre scrupule.
On va donc procéder comme suit : une liste de compliments, sans hiérarchie. Juste tout ce que j’ai aimé à propos de Liminal, en essayant de ne pas trop en dire tout en essayant de vous donner envie de tenter l’aventure. Ça va sans doute être court, mais on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a.
C’est ti-par.

Premièrement, puisque je l’ai déjà assez dit rien qu’avec l’intro : l’effet de surprise. Un concept central formidable manié avec une habileté et une maîtrise exceptionnelles. Liminal, c’est le genre de roman high-concept qu’on rêve d’écrire quand on a jamais essayé d’écrire le moindre bouquin de sa vie, dans lequel on se lance avec enthousiasme mais jamais assez de préparation, et qu’on échoue si misérablement à écrire qu’on se dit qu’on est juste pas fait pour ça avant d’abandonner l’idée même d’en faire une carrière ou d’autres tentatives. Liminal, c’est un rêve de roman ; le simple fait qu’Auriane Velten ait réussi à donner vie à son idée de manière si fonctionnelle, alors que la pirouette m’aurait semblée impossible hors du contexte de son insolente réussite, c’est déjà un miracle en soi, à mes yeux.
Ce qui serait déjà très cool, si en plus il n’y avait pas la structure du roman pour en rajouter sur le miraculeux. Moi qui me plaint régulièrement de lire des histoires dont la chronologie me semble éclatée pour aucune bonne raison et tentent de combler leur manque de substance par des effets de manche ; ici c’est bien l’inverse. Et si j’ai bien senti la légitimité de toutes les douleurs de croissance dont l’autrice a pu souffrir au fil de la rédaction de son manuscrit, je peux ici assurer que ça valait largement le coup ; l’usage d’une ligne temporelle brisée mais cohérente apporte un dynamisme formidable au texte tout entier, assurant à la fois la bonne dose d’ironie dramatique et de mystère là où c’est nécessaire, répondant toujours avec un timing quasi parfait aux questions que la narration peut se faire poser au lectorat. Chirurgical.

Ce qui serait déjà merveilleux pour mon petit cerveau analytique ; bien que j’avais deviné une partie de l’intrigue et de la première partie de son double twist – et me faire penser à Richard Matheson c’est aussi un compliment de taille – à peine arrivé à la page 50 du roman, je m’en foutais complètement, parce que les enjeux étaient ailleurs. Non seulement parce que j’avais partiellement tort, déjà, ce qui m’a ménagé une part d’émerveillement largement suffisante pour me réjouir, mais aussi et surtout parce que bien souvent, ce n’est pas une question d’idée mais bien de son exploitation. Et c’est là qu’Auriane Velten brille particulièrement, ici, je pense.
On pourrait parler des personnages formidables dans tout ce qu’elles représentent et vivent, avec l’organicité qu’on connaît à leur autrice, mais je me refuse à spoiler quoique ce soit à leur propos en dehors de la nature entièrement féminine du cast, qui par elle même exprime déjà quelques une des importantes prises de position du roman. De la même manière, on pourrait sans doute évoquer la profondeur matérielle et symbolique du texte, mais là aussi ce serait prendre le risque de trop en dire ; alors je me contenterais de dire qu’il y a là une multitude de couches interprétatives absolument délicieuses, permettant d’appréhender tout le roman de deux ou trois manières totalement différentes et complémentaires, ce qui n’est pas un mince exploit non plus.
Ah et puis en plus on est sur de la fiction-panier comme j’ai appris à les aimer au travers des textes de Clifford Simak, Becky Chambers et consort·e·s ; y a là aussi un continuum que je ne peux pas trouver autre chose que merveilleusement délicieux. Je savais pas où caser cette information autrement, alors voilà. Y a un moment où j’ai réalisé qu’on était dans un cas clinique de désincarnation de l’antagonisme, un motif littéraire que j’aime particulièrement, alors je m’en voudrais de ne pas l’évoquer dans cette chronique, quitte à ce que ce soit un peu foutraque. J’ai dit que je trichais, vous allez faire quoi.

L’éternel problème avec moi, c’est que je trouve toujours plus de munitions et de volume pour expliquer pourquoi un bouquin m’a déplu que l’inverse ; meilleur je trouve un roman, plus il me frappe par son évidence, et moins j’ai les mots pour en dire tout le bien que j’en pense. Alors quand en plus le roman est inrésumable et que ses plus gros points forts découlent précisément de ce qu’il ne faut pas en dire pour lui permettre de s’exprimer à plein auprès de son lectorat, on se retrouve comme qui dirait dans une impasse. Je vous ai dit que j’étais bien emmerdé. Parce que Liminal est à mes yeux un texte absolument merveilleux, mais que je ne peux en rien l’expliquer sans en ruiner l’exploration pour les gens mêmes à qui il s’adresse, et à qui j’ai envie de coller un exemplaire dans les bras en faisant preuve de beaucoup trop d’enthousiasme.

Je sais ! Vous n’avez qu’à le lire, et du coup après on en discute ! Voilà, comme ça on aura une base commune, on pourra s’expliquer mutuellement pourquoi le roman il est exceptionnel. Simple et évident. Parfait comme plan.
Allez, on fait comme ça. Vous l’achetez, vous me dites quand c’est lu, et on se prend un verre, quelque chose dans ce goût là.
Super. Allez, à très vite.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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