C’est pas fini tant qu’c’est pas fini !
SP RL – Vivre sans bonheur et n’en point dépérir, Véronique Ovaldé
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Ça m’embête un chouïa d’avoir laissé tomber celui-là ; son autrice m’avait été fort sympathique lors de sa présentation. Mais je dois bien dire que c’était vraiment pas pour moi. Il y a beau avoir un petit jeu de fiction uchronique impliqué, avec l’exploration des potentielles fourches de la vie de la mère de Véronique Ovaldé, ça reste avant tout un portrait de cette dernière, avec tout le poids de la réalité que ça peut impliqué. Et clairement, c’est le genre de bouquin où l’expression faisant de l’humour la politesse du désespoir prend tout son sens. Bon sang, le ton utilisé a beau être léger, c’est d’un déprimant, de lire ces occasions où la vie de cette pauvre femme aurait pu être plus heureuse, plus chanceuse, moins écrasée par le poids des circonstances. Si on ajoute à ça le fait qu’il m’a semblé que la structure utilisée allait vite être répétitive avec ses « alors voilà ce qui est arrivé, et en fait non, pas du tout, voilà ce qui est vraiment arrivé », et par dessus ça le choix d’un style oralisant un chouïa trop empanaché à mon goût, me donnant parfois l’impression que Véronique Ovaldé écrivait trop vite, si vous voyez ce que je veux dire… Bon, j’étais pas dedans.
Je comprends la démarche, et je peux comprendre que l’idée d’une femme réelle ayant pris aussi cher, aussi souvent dans sa vie, et étant capable de se relever de tout avec le sourire et sa bienveillance intacte, ça peut avoir quelque chose d’inspirant. Perso, je trouve ça juste accablant, et prendre le parti de la résilience plutôt que celui de la rébellion, ça me titille négativement le cortex ; ça me semble être à contre-temps de l’époque. Et ça me fout le cafard, par dessus le marché.
Merci mais non merci.
SP RL – Le Livre des Souterrains, Phoebe Hadjimarkos Clarke
Fini !
Chronique prévue pour la sortie le 20 Août. =)
SP RL – Un marché noir, Bérénice Pichat
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On échappe de très peu à la littérature de compte-rendu, mais pour ce que ça peut être honnête, et donc plutôt bien, je ne peux pas m’empêcher de trouver ça un peu plat, vraiment pas renversant. Au moins c’est dans l’air du temps et l’angle d’attaque me semble être le bon. Je pense que je me suis arrêté surtout parce que le résumé m’a promis deux perspectives complémentaires dans la narration, et qu’arrivé au tiers, j’attendais toujours la deuxième ; il y a forcément un déséquilibre quelque part qui m’aurait frustré. Et je suis vraiment pas fan des vers libres faisant jonction entre les parties. Isoké, mais pas pour moi.
SP RL – Grave, Laure Gouraige
Fini.
Bon, pour celui-là, je dois des excuses à l’autrice et à la repré qui m’a envoyé le SP. Si j’avais su de quoi il serait question, je n’aurais probablement pas demandé à lire ce petit roman de 91 pages, que j’ai pris sur la seule foi de son titre, sans rien en savoir plus.
Sur le principe, raconter la mort de son chat, et toutes les émotions qui vont avec, je ne vais pas dire non bêtement. J’ai moi-même perdu des animaux de compagnie dans ma vie, et je sais pertinemment ce que ça peut avoir de douloureux ; je suis absolument favorable à la mise en littérature de tout ce qui fait l’expérience humaine, y compris et surtout quand il s’agit de partager quelque chose qui n’est pas forcément commun à l’ensemble de la population. Je sais très bien comment, avant de connaître le bonheur singulier d’avoir un/des chats, je pouvais prendre de haut les gens en deuil pour les leurs, pensant très stupidement que « hey ça va, c’est bon, c’est qu’un chat ». Alors que maintenant, des années après la mort des chats avec qui j’ai vécu quelques années, il m’arrive encore de confondre un mouvement anodin dans ma vue périphérique avec eux ; la suspension du cœur n’a beau durer que quelques millisecondes le temps de me rappeler que c’est impossible, elle est toujours là. Voilà, ça c’est le préalable, le bon contexte pour dire que je comprends l’idée de la démarche, et que je ne la trouve pas ridicule sur le principe.
Ceci étant dit.
C’est très mauvais. Ce texte me semble symptomatique d’une part bien précise et assez caricaturale de la production littéraire contemporaine, celle là même qui m’en a donné la mauvaise image pendant des années, celle qui pense qu’en faisant des phrases suffisamment ampoulées et bardées de figures de styles complexes, on arrivera subitement à rendre spécial le sujet le plus banal du monde. Qu’il suffit d’avoir du panache et de s’exprimer d’un air bien pénétré pour parvenir à extraire une vérité transcendantale jusque là inatteignable d’une expérience tragique, y compris dans ce qu’elle peut avoir de tristement banal. Une sorte de philosophie au kilo, où le poids exprime bien la lourdeur plutôt que la masse.
Ce texte en particulier, avec son déluge de « je », m’a donné l’impression d’un egotrip qui s’ignorait, rendant encore plus difficile son approche bordélique et désorganisée, balançant des idées dans le désordre en espérant cacher son manque d’ambition et de travail derrière une projection convaincue de ses sentiments. Et quitte à me trouver dur, pour en pas dire méchant ou mesquin, autant enfoncer le clou ; je n’arrive pas à me détacher de l’impression que la plupart desdits sentiments n’étaient pas exprimés tels qu’ils l’étaient dans ce récit parce que l’autrice les avaient éprouvés, mais parce que leur expression, dans le mode précis de ce texte, donneraient d’elle l’image qu’elle voulait projeter. Je ne vais pas l’accuser de ne pas les avoir ressenti ou d’avoir menti ou quoi, j’en sais rien, je m’en fous, et c’est probablement pas le cas, en vrai ; mais demeure qu’à force de trop en faire, stylistiquement, vient un moment où l’hypertrophie fait tout sonner faux. Et creux.
RIP le chat, nonobstant.
SP RL – Dernier Spécimen Connu, Maria Reva
Stop page 96/330
Bon là j’avoue, au delà d’être dommage faut peut-être mettre cet abandon et mon manque de courage sur le dos de la chaleur. Le concept est bon, l’exécution aussi, les personnages sont chouettes et une perspective ukrainienne dans un roman contemporain change vraiment, c’est plutôt chouette. Le souci à mes yeux c’est qu’il y a un personnage/une perspective de trop quand même, ce qui, au delà de clairement être là pour permettre à l’autrice un certain niveau de self insert dans son histoire – compréhensible, honnêtement – vient surtout rajouter beaucoup de l’exposition à un récit qui je pense avait besoin de beaucoup plus de pep’s, le rendant trop lent et trop descriptif pour son bien. Et puis surtout, le roman m’avait été vendu avec un argument formel majeur, à savoir son radical bouleversement littéraire et meta-littéraire, survenu à cause de l’invasion Russe de l’Ukraine pendant la rédaction du roman. Ce qui, honnêtement, était ce qui me donnait le plus envie dans tout le texte. Sauf qu’étant bien trop lent et terriblement dense, j’ai fini par le trouver trop roboratif, voire indigeste, avant même de pouvoir vraiment me faire une idée de qu’il avait, à terme, à me proposer. J’avais envie d’avancer.
Je m’en veux un peu. Mais seulement un peu, parce que je me dis quand même qu’en dépit des circonstances, j’aurais pu bien plus m’enthousiasmer pour ce texte, comme j’ai pu le faire pour d’autres. Je serais d’accord pour partager les torts, mais guère plus.
En guise de conclusion, pour cette itération : il fait chaud. Voilà.
Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉
