*Sifflote*
SP RL – La couleur qui vous plaira, Souvankham Thammavongsa
Stop page 38/135 (Numérique)
Le bouquin aurait sans doute mérité que je pousse un peu plus, il ne manquait pas de personnalité, avec sa bande de prolos racisées et féminines bossant dans un salon de soins. Ça parle sororité à géométrie variable, nature et fonction de la féminité, avec une héroïne pas comme tout le monde, je comprends l’attrait et la démarche. C’est juste qu’après un premier chapitre au style et au rythme taillés à la hache, en dépit d’un relatif redoux dans la qualité de l’écriture, je n’arrivais quand même pas à me départir d’une impression de littérature de compte-rendu ; un peu trop simple, manquant de valeur ajoutée à mes yeux, si j’ose dire.
C’est ok, vraiment. C’est juste que des fois, ça m’intéresse pas, et c’est tout. Un cas clinique.
SP RL – Soleil d’abandon, Matthieu Roland
Fini. (Numérique)
Je pourrais faire semblant de ne pas comprendre moi-même pourquoi je vais systématiquement au bout des lectures que j’aime le moins de toute cette rentrée littéraire ; après tout, quand j’identifie assez vite que ça ne va pas le faire entre un texte et moi, j’ai depuis longtemps appris à dire stop, à la fois pour les gains de temps et de santé mentale que ça représente. Mais le fait est que je sais aussi que quand je ressens ne serait-ce qu’un réel début de détestation pour ce que je lis, il me semble important de faire les choses à fonds : parce que quand je me contente de ne pas aimer un texte et que je l’abandonne avant la fin, d’avoir tort à son propos m’est assez égal ; alors que quand ce que je ressens est plus viscéralement négatif, il faut que mon argumentaire soit aussi béton que possible, au moins pour ne pas risquer de me sentir un tant soit peu de mauvaise foi.
C’est pas que j’ai peur d’exprimer des avis pouvant éventuellement tomber du côté impopulaire de la critique – j’ai globalement fait la paix avec ma peur de l’isolement à cet égard, avec le temps – c’est surtout que je veux être certain de rationnaliser mes ressentis aussi exhaustivement que possible pour qu’un comprenne bien que je ne tombe jamais sur le moindre texte gratuitement. Qu’on ne confonde pas mon énervement avec le plaisir perfide de me payer eune auteurice ou son texte pour le plaisir d’exercer mon rôle de critique depuis un piédestal imaginaire.
Bref, j’aime pas ce texte.
D’abord, il y a la forme. Je garde dans un coin de mon esprit que la prose de l’auteur étant forcément influencée par son origine québécoise, il est tout à fait possible qu’une certaine barrière culturelle se soit imposée à ma perception, ce qui pourrait partiellement influencer ma gêne. Tout comme mon manque d’habitude avec les choix de concordance des temps décidés par Matthieu Roland peut lui aussi expliquer mon manque d’appréciation pour ce dernier. Demeure que l’alliance du passé composé avec l’imparfait, dans Soleil d’abandon, j’ai pas aimé. D’abord parce que je trouve ça bêtement laid et inconfortable à la lecture, mais aussi et surtout parce que je trouve que ça ne colle absolument pas avec l’évidente recherche stylistique de l’auteur. Le passé composé, qu’on le veuille ou non, ça sonne oral, et ici, étant donné le niveau d’exigence formelle imposé par l’auteur à son texte, qui hurle l’écrit, ces touches de parler jurent systématiquement avec les efforts fournis par ailleurs. Mais ça, bon, c’est peut-être juste moi, peut-être un manque d’adaptabilité, admettons que ça ne compte qu’à moitié ; y a des gens qui aiment bien que les personnages s’expriment de la même manière que la narration et que le style aille se nicher partout, y compris là où il n’aurait rien à faire le reste du temps. Sensibilités.
Alors que sur le fonds, là, par contre… Je trouve que c’est pas possible, et que c’est assez indiscutable. Pour vous la faire courte, ce que propose Soleil d’abandon, à mes yeux, au niveau narratif, c’est l’absence de conséquences de la mort d’un gamin découvert brûlé au milieu de la foret. Y a guère qu’un flic malade qui s’en préoccupe mais qui ne peut pas mener efficacement l’enquête parce qu’il a un gros problème de prostate. En parallèle de ça, on a un type qui trompe sa femme artiste peintre en panne d’inspiration avec la femme de son frère, ce dernier ayant encore abandonné sa femme qui s’emmerde pour partir au milieu du désert d’Atacama pour prendre une photo essentielle dont il ne sait pas encore à quoi elle ressemble.
Je sais que j’utilise bien trop ce terme, mais y a un moment où j’ai envie de dire que c’est pas ma faute : quel foutu intérêt y a t il à mettre en scène la mort – spectaculaire – d’un gamin non identifié, si son existence ne doit finalement servir que de catalyseur à des histoires de coucheries et de psychologies bourgeoises maladives, et qu’on ne parle jamais de lui ou presque ? Alors oui, admettons, il y a sans doute une potentielle interprétation allégorique à trouver à toute cette histoire, avec la présence étouffante de la canicule comme fil rouge à la narration ; je serais presque prêt à accorder à l’auteur une explication à base de réchauffement climatique et de conséquences sournoises sur le monde, avec chaque personnage comme une branche du diagramme symbolique. Mais même là je trouverais ça raté, étant donné à quel point on tourne en rond autour de problématiques nulles ignorant l’éléphant dans le pièce, mélangeant tout et ne racontant finalement pas grand chose. Les personnages sont soit creux soit détestables, voire les deux en même temps, la continuité narrative est exsangue, les dialogues et la narration sont ampoulés au possible… Et puis cette fin en forme d’aveu d’échec : insupportable.
Dans le fonds de mon classement pour cette rentrée.
SP RL – Demi-Lune au soleil, David Lopez
Fini. (Numérique)
Chronique prévue pour la sortie le 20 Août. =)
SP RL – Zones à défendre, Bénédicte Dupré la Tour
Fini.
Chronique prévue pour la sortie le 19 Août. 🙂
SP RL – Le petit cosmonaute, Franck Courtès
Stop page 17/311
Aussi rapide que prévisible. Exactement la même chose que pour Philippe Besson avant lui ; la vie de Franck Courtès ne m’intéresse pas sous la forme d’un livre, fût-il un écrivaine exceptionnel. Alors oui, j’ai même pas dépassé les 10% d’un bouquin pourtant bien aéré et honnêtement pas mal écrit du tout, mais je vais pas non plus faire semblant de me passionner pour un exercice qui ne fait que me rendre mal à l’aise. Les vies des gens, j’aime qu’ils m’en parlent, pas devoir les lire. En dehors d’une potentielle valeur testimoniale ne tournant pas uniquement autour de l’ego de l’auteurice, il y a un aspect egotrip qui vraiment, provoque un rejet instinctif, à la limite de l’épidermique. Tout un bouquin construit au travers du prisme d’un seul regard qui s’exprime à la première personne à coup d’anecdotes et de séquences à propos d’un « je » omniprésent, c’est pas pour moi. C’est le même problème qu’avec les Confessions de Rousseau. T’auras beau me jurer que t’es aussi sincère, aussi honnête que possible ; je ne pourrais pas croire que c’est pas un minima adapté à ta décharge, voire à ton crédit. Et je trouverais ça malhonnête quoi qu’il arrive, s’empirant à chaque généralisation, chaque hyperbole, chaque nouvel incrément de mauvaise foi, aussi minime qu’il soit ou que je le perçoive. J’aime juste pas la démarche. J’aime pas l’idée qu’au moment de savoir quel roman écrire, eune auteurice se dise « ah oui tiens, pourquoi pas moi. » Déso pas déso.
SP RL – L’heure violette, Sergio del Molino
Stop page 20/282
Problème similaire mais pas de même nature. Je savais également que ce roman n’avait aucune chance avec moi, mais par pas rejet ; uniquement par manque de courage de ma part. Pas d’ego ou de mauvaise démarche qui provoquerait le moindre rejet ici. Juste une situation horrible et injuste que l’auteur de ce roman tente d’expier comme il peut, avec le seul outil adéquat à sa disposition, son travail d’écrivain. Écrire le deuil d’un enfant mort trop jeune, ça me paraît un témoignage vital, même s’il ne touche qu’une seule autre personne au fil de son cycle de vie littéraire. C’est juste que ce sera pas moi, parce que j’ai absolument pas la force d’encaisser une telle épreuve, même pas ricochet.
C’est pas toi c’est moi, comme on dit.
SP RL – Stay free, Patrice Jean
Stop page 42/378
C’est dommage, en vrai, parce que la musique, c’est vraiment une de mes faiblesses littéraires, normalement. Et les destins différenciés des trois membres d’un groupe à succès monté dans les années 80, franchement, c’est une formule qui aurai dû me parler. Le problème, ici, c’est que je pense que l’auteur n’a pas su s’effacer derrière ses personnages. Avec ses litanies de détails et ses rappels historico-politiques, il empoisse son texte d’une ironie et d’une nostalgie mal placées, en plus d’un style beaucoup trop précieux et emprunté pour réussir à proprement évoquer l’agitation adolescente de ses protagonistes. De fait, il résume beaucoup trop régulièrement cette dernière au sexe pour que je ne tique pas devant un nouvel étalement de cette obsession de la littérature française, que je n’arrive pas à expliquer, et encore moins à supporter. Si on ajoute à cette lourdeur stylistique ce que j’appellerais une romantisation exagérée du prolétariat au travers les perspectives des personnages, flirtant avec mon abhorrée révérence du martyr, on tombe finalement dans des axes narratifs et thématiques qui ne sont simplement pas à mon goût.
Je ne pense pas que ce roman soit né de mauvaises intentions ou même que j’aurais pu le trouver mauvais si j’étais allé au bout, on est simplement dans une quasi-complète incompatibilité d’humeurs ; son histoire n’est pas parvenu à m’intéresser parce qu’elle ne me semble pas être racontée selon la bonne perspective. Un ou deux roulements d’yeux par chapitre juste à cause des évocations crues et un peu gratuites du sexe arrivé à à peine 10% du texte, je n’aurais sans aucun doute pas tenu la distance de toute manière. Sans regrets, mais avec la conscience qu’il y avait peut-être quelque chose à explorer quand même.
*Inspiration, relâchement des épaules*
*Sifflote*
Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉
