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RL26 #9 Demi-Lune au soleil, David Lopez

Jump Around – House of Pain

*Chronique initialement rédigée le 10/07/26*

Vous savez ce que j’aime le plus, avec la Littérature ? C’est l’effet de surprise et son eternel renouvellement. Le fait qu’après tant d’années, après tant de lectures, avec l’accumulation de tant de certitudes dans mon esprit quant à ce que je peux estimer être de qualité ou à mon goût, j’arrive encore et toujours à me faire avoir.
Quand le présent roman nous a été présenté en réunion, très sincèrement, il m’a donné envie. Il y avait un enthousiasme assez communicatif dans la voix de celles qui nous en parlaient. Et pour autant, je me me suis plus méfié qu’autre chose. La perspective d’un bouquin sur une bande de mecs pas forcément super finauds, même appuyée par la promesse d’un style singulier et accrocheur ; il allait falloir me montrer patte blanche très vite pour que je ne ressente pas mes frustrations habituelles face à la mimésis façon blanche française.
Frustrations dont je ne vais pas vous faire l’offense d’une liste ou d’une quelconque verbalisation, parce que j’ai absolument adoré ce roman. Dévoré. Dans mon top 3 de tout ce que j’ai lu jusqu’à maintenant – dans le contexte de la Rentrée, calmons nous – et il est probablement pas troisième. David Lopez dans mes bras, et tes personnages avec.
Mon seul regret avec ce livre c’est sans doute que je l’ai trop intégralement aimé pour en avoir beaucoup de choses à dire. Écrasé par le poids de l’évidence que je suis, je suis condamné à faire court. Court à ma façon, peut être, mais court quand même.
On est comme qui dirait ti-par.

Il n’aura suffit de quelques lignes pour comprendre qu’il se passait un truc, de quelques paragraphes pour capter que ce truc était bon, et quelques pages seulement pour acter que moi et ce roman, ç’allait être un coup de foudre amical et littéraire. Une bande de potes qui se retrouvent au bar, qui nous sont présentés par notre narrateur, le Demi-Lune du titre, avec une gouaille et un style inimitables, une tendresse bravache, un truc fabuleux de synthèse, d’inventivité et d’organicité : j’étais instantanément foutu. Peu importe ce qui allait ou non leur arriver, je voulais être là pour tout le trajet. J’en avais pas pris pour trois pages que je savais déjà que les quelques 170 pages de mon édition numérique ne me suffiraient pas une fois le bouquin virtuellement refermé. Un surnom, son origine enrobée dans les boutades et chamailleries nées d’une authentique camaraderie, le tout dans une langue vivace, généreuse et précise, et on est dans l’ambiance comme jamais. C’est prodigieux de générosité et de tendresse rugueuses.

Demi-Lune au soleil, c’est le genre de petit miracle narratif où il ne se passe rien et tout à la fois, où raconter un bout pour rendre compte des raisons de sa joie, c’est déjà trahir le reste du bouquin tant tout y est parfaitement interconnecté. C’est le genre de récit qui pour moi se vit plus qu’il ne se lit ; sans aucun doute grâce à la perfection du style oralisé de David Lopez, maîtrisant comme rarement l’indirect libre et la syntaxe pyrotechnique. Il fait ce qu’il veut, on s’en fout ça marche à chaque foutue fois. T’façon c’est pas compliqué, à partir du moment où j’ai compris que j’aurais droit à une punchline par page, j’ai arrêté de compter.
Parce que bon, c’est ça aussi. Ce bouquin, ça pourrait n’être que l’histoire rigolote et ponctuellement un peu touchante d’une bande de prolos trentenaires à l’air de losers magnifiques qui font des rêves qui taillent un peu trop grands, et ce serait déjà très bien comme ça. Mais non, ça va plus loin, ça touche au sublime, m’évoquant personnellement des chouchous personnels et extrêmement flatteurs comme Charles Yu ou Jean Luc A D’Asciano. Si j’ai pu régulièrement rire comme un môme qui entend le mot prout pour la première fois, et Dieu sait que les scènes concoctées par David Lopez font mouche plus souvent qu’à leur tour ; merde il est aussi foutrement doué pour vous faire hoqueter le cœur quand il se décide à sublimer la fragilité de ses héros pas super héroïques, avec en plus un timing redoutable. Il m’a fait prendre deux trois pauses pour récupérer de ses uppercuts, le salaud.

Et quitte à faire dans le référentiel prestigieux, autant y aller à fonds, même si c’est un peu capillotracté : j’ai trouvé en David Lopez une sorte d’Anti-Desproges. Pas par contraste négatif, mais plutôt comme face opposée d’une même pièce, comme l’autre extrémité d’un spectre de talent ; là où j’ai toujours identifié le style Desproges comme un usage surjoué d’un registre soutenu régulièrement brisé par des vulgarités ou des familiarités bien dosées pour un effet comique maximal, dans ce texte je verrais l’auteur du jour faire précisément l’inverse. À savoir un usage raisonné et formidable d’un registre de langue extrêmement familier ou courant, où viennent subitement briller des usages glorieux d’une langue autrement plus sophistiquée, sans pour autant jamais ne paraître autre chose que naturels.
Alliance parfaite du fonds et de la forme, avec ces personnages merveilleux qui pourraient facilement passer pour des ploucs bas de plafond sans ambition ni destin, et qui pourtant, chacun à leur manière, flamboient, dès lors que les circonstances s’y prêtent. Et c’est ça, finalement. Je peux faire autant de ronds de jambes que je le voudrais, on s’en fout, on en revient toujours à la même chose pour moi : si vous me donnez à lire des gens qui n’existent pas mais qui existent, bordel, je vous suivrais jusqu’au bout du monde.

La vérité de Demi-Lune au soleil, pour moi, c’est juste que, quand bien même sa fin était parfaite, j’avais pas envie que ça s’arrête. Ses chapitres comme des scènes, ses petites pépites de réalité, au goût parfois doux-amer ou acidulé, mais jamais, ô grand jamais fade, j’en aurais mangé pour le double de la quantité sans me lasser, j’en suis sûr et certain. C’était brillant d’humanité et de sagesse débonnaire ; généreux et désintéressé, foutrement attachant. Aussi paradoxal que ça puisse sembler, une fois ma lecture terminée, je me sentais orphelin de la plus belle manière possible.
David Lopez, on en a pas fini tous les deux. Oh non.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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