
My Old Ways – Tame Impala (extrait de l’album Deadbeat)
En voilà un titre qui tombe ironiquement à point nommé, alors que j’apprends, arrivé à mi-chemin d’un projet littéraire qui me plaît beaucoup, que son auteur a donné une interview XXL à un magazine d’extrême-droite. Que me voilà effectivement bien affecté par le malaise, alors que rien ne laissait présager jusque là la moindre complaisance d’Antoine Volodine envers le fascisme qui reprend en ce moment bien trop du poil de la bête immonde. Je fais quoi, moi, maintenant, alors que dans mon planning établi au hasard, on arrive sur mon éditeur préféré de toute la sélection, celui pour lequel – sans rancune ni reproche – l’obtention du SP a été le plus long et compliqué, et alors que je me dis que franchement, ça la fout vraiment mal de continuer à consacrer mon temps et mon énergie à un projet qui clairement semble heurter quelques eunes/beaucoup de mes camarades ? Honnêtement, j’ai songé à laisser tomber en cours de route. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que Volodine n’a certainement pas besoin de moi, et surtout que la majorité du lectorat auquel je m’adresse ou qui semble marginalement s’intéresser à ce que je raconte n’en a strictement rien à carrer, sans parler de la clientèle de ma librairie. (C’est sans doute la dépression qui parle mais chez moi elle sert ponctuellement aussi d’exutoire à ma lucidité, alors on sait jamais, je le dis.)
Sauf que j’ai demandé les SP, que le projet continue à m’intéresser malgré tout, et que j’ai un peu d’orgueil en rab’ quand même. Je ne vais pas prétendre que la déception humaine envers Volodine, qui me donnait jusque là l’impression d’être un brave type, ne va pas jouer négativement sur ma perception de son travail. Clairement, j’ai moins envie de lire les bouquins qui restent, et j’ai surtout moins envie de lui laisser le bénéfice du doute quant aux quelques angles morts de ses textes. Que son errance soit due à une erreur de son équipe de comm’, à la flemme de faire mieux ou à un aveuglément temporaire de son jugement à cause de son ego, ou même – j’y crois moins – à une réelle adhésion idéologique ; le fait est que dans le contexte actuel, il y a eu errance majeure. Ca la fout très mal. J’ai donc décidé de faire un compromis avec moi même ; après tout c’est pas la première fois que je dois composer entre mes obligations – qu’elles soient endogènes ou exogènes – et mes convictions. Grève du zèle. Je vais aller au bout du projet quand même – ca me foutrait trop le seum de pas le faire – mais avec moins de soin et de précision au moment des chroniques.
C’est vraiment très con, tout ça. Parce que ce volume aurait sans doute été un de mes favoris de la série, sinon. Un peu les boules, quand même, ouais.
Et donc en bref. Encore un fix-up. Sept textes, avec cette fois ça la particularité d’une jonction narrative en plus d’une jonction thématique. Pour la première fois de tout le projet selon ma perspective, des textes différents qui se répondent via des personnages et des lieux communs, au sein d’un paradigme partagé dans la diegèse : celui des personnes chargées de plonger dans les rêves des gens afin d’influer à diverses échelles sur le sort de la civilisation toute entière, aux ordres d’un clergé étrange tentant de faire revivre l’humanité depuis son monde des morts, le fameux Bardo. Je crois. C’est perché mais ça semble faire sens, d’autant que comme toujours les personnages iels-mêmes semblent douter de la pertinence de la démarche, tout perdu·e·s qu’iels sont à cause de la déliquescence du monde dans lequel iels évoluent. C’est toujours aussi mélancolique, borderline cynique mais bourré d’une ironie qui met une distance plutôt bienvenue ; et y a moyen qu’il y ait en plus un jeu allégorique et ludique qui rajoute une couche interprétative à des récits qui, en isolation, marchent quand même plutôt bien, dans le le genre rêve fiévreux répondant à ses propres règles un peu nébuleuses. Ç’a beau être vraiment spécial, peut-être un chouïa répétitif sur la forme, à la longue, quand même, et pour la première fois faire preuve d’un peu trop de concupiscence dans la narration, c’est indubitablement maîtrisé.
En terme d’efficacité pure, on se rapproche d’Ultimes sursauts, avec cette sorte de mordant serein que j’aurais du mal à décrire. Et dans le cadre du Retour au Goudron, on ajoute une nouvelle pièce du puzzle qui éclaire certains pans de la mosaïque, rejettent un peu d’ombres sur d’autres, continuant le jeu des perspectives croisées et incrémentielles. Ne seraient mes réserves extérieures, je serais toujours aussi curieux et enthousiaste.
On a vraiment droit à rien, je suis soulé. « Zigzaguer au milieu du cauchemar », qu’il disait. Paie ton ironie.
Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles.
