
Scared of the Dark – The Blue Stones (extrait de l’album Metro)
Hey dites, c’est pas souvent que je parle littérature d’horreur dans le coin. Alors que ces dernières années ont vu chez moi une formidable floraison de ce goût au cinéma notamment ; ce serait dommage de ne pas répercuter cette petite passion dans ma passion sur le blog où je rend compte de ce que j’aime.
Et puis j’avoue qu’après la Rentrée Littéraire et l’enchaînement complexe de Moby Dick, un bouquin à l’allure légère mais prometteuse, c’était la perspective alléchante d’un petit kiff rapide et sans trop de prise de tête. Donc quand j’ai vu passer l’ouvrage du jour, j’ai très vite décidé qu’il me servirait de pause avant de repartir dans le reste de mon programme de lectures pour la fin d’année.
Et j’ai eu raison, puisque ce roman, il est : très chouette. Quelques remarques, tout de même, mais vraiment très chouette.
Allons-y.
Le plus séduisant, ici, pour moi, c’est la structure du roman. Un éditeur de revue spécialisée en paranormal nous donne à lire une compilations de documents entrecoupés de pan de son récit personnel, nous enjoignant, si on a le moindre renseignement pertinent, à le contacter pour l’aider dans sa quête. Le roman est donc découpé entre une multitude d’anecdotes et anciens articles de la revue, convergeant vers un mystère central, se déroulant, comme vous l’aurez deviné, dans la région du Kinki du titre, quoique avec un caviardage frontal pour anonymiser l’endroit précis où tout ça est censé se passer. Et niveau ambiance, avec la variation entre les transcriptions d’entretiens audios, de discussions sur des forums, ou autres extraits de romans prenant appuis sur les légendes locales et autres confrontations civiles avec le paranormal, on est vraiment servi. Si j’ai pu initialement craindre une simple accumulation de saynètes effrayantes qu’on se raconte autour du feu, très vite on comprend qu’il y a un lien cohérent et fort entre toutes ces petites histoires participant à la plus grande ; encore renforcé par le dispositif de cadrage de l’enquête mené par notre protagoniste et narrateur occasionnel, celui là même qui nous livre le fruit de ses recherches pour nous inciter à lui venir en aide. L’idée, c’est clairement d’explorer le pouvoir contagieux des histoires et autres légendes urbaines métamorphiques, dont les origines et les intentions se perdent avec les années et les déformations, au fil des partages et des adaptations. Une très intelligente et habile manière d’adapter le format du found footage cinématographique au format littéraire, avec le mérite supplémentaire que c’est autrement plus dur à faire à l’écrit.
C’est d’ailleurs là que je dois faire mon petit détour habituel et pinailler sur la forme de l’expression dans quelques passages du bouquin. C’est sans doute à mettre sur le compte pour mon manque d’appétence pour la dramaturgie japonaise, qui me fait remarquer les petits tics qui parcourent régulièrement leur production, et ce sans faire le moindre reproche à Ivan Spinalis à la traduction, qui a sans aucun doute fait au mieux et respecté la cadence originale : c’est un chouïa rigide quand même. Quelques dialogues un peu trop expositionnels, quelques informations fournies de manière un peu trop brutes, et surtout quelques instances de répétitions qui ont le don de m’irriter. Ça ne gâche l’effort général en rien, c’est trop bien rythmé pour que ça cause réellement des frictions trop granuleuses, mais si jamais vous êtes aussi sensibles que moi à cette impression que parfois les récits japonais ne peuvent pas s’empêcher de tout expliciter frontalement alors que la mise en scène à déjà fait tout le boulot d’expression de la problématique, ça pourra éventuellement vous titiller. De la même manière, pour un récit qui pour 80% de sa durée, fait un super boulot d’essaimage de ses informations essentielles, nous faisant tout doucement entrer dans son mystère, avec beaucoup d’élégance, gardant la solution dans le coin de notre œil sans jamais nous le balancer à la figure, j’étais un peu déçu – mais juste un peu, hein – que la fin se résume finalement à deux gros chapitres d’explications. Moi qui ai adoré le choix du slow-burn pour l’essentiel du roman, je crois que j’aurais aimé en prendre pour 50% de plus et qu’on me laisse me dépatouiller de l’éventuelle solution tout seul. Mais c’est complètement personnel, et la conclusion en elle même est totalement satisfaisante ; d’autant plus avec la sorte de post-scriptum littéraire du tout dernier chapitre, qui pète la classe et propose une réflexion trop rare sur le genre horrifique, apportant une autre fin par dessus la fin, que j’ai absolument adorée.
En un mot : super. Ouais, sans doute que certaines petites choses se sont un peu perdues à la traduction, mais c’est de la faute de personne. L’essentiel, c’est bien que c’est une excellente histoire, très intelligemment mise à l’écrit, avec une modernité formelle et une malice redoutables. Plein de petites idées qui font froid dans le dos se rejoignant pour raconter quelque chose de profondément angoissant sans trop s’en donner l’air, avec un rythme et une efficacité indiscutables.
Basiquement, c’est de la bonne. Des comme ça j’en reprends tous les jours et encore du rab’ derrière.
Tip top.
Au plaisir de vous recroiser.
Dans la montagne ? J’ai des kakis. 😉
