Contes Hybrides, Lionel Davoust

Ceux qui me suivent sur Twitter ou me connaissent personnellement depuis un certain temps savent à quel point je suis admiratif du travail de Lionel Davoust. Je m’étendrai à loisir sur le sujet lors de futures chroniques, Mériane sait qu’il y a de la matière à traiter. (*wink wink*)
Mais l’idée importante est là ; comme Terry Pratchett a pu être l’auteur majeur de mon adolescence (on y reviendra aussi), Lionel Davoust est l’auteur majeur de ma vie de jeune adulte. De ce fait, toutes ses sorties sont autant d’occasions de me réjouir par avance de ce que sa plume peut m’offrir.

J’ai eu la chance et le privilège, lors d’une séance tenue chez les Libraires-Editeurs CRITIC, de pouvoir me faire dédicacer son dernier-né, dans une très jolie mouture des éditions 1115, agence de voyages littéraires ; Contes Hybrides.
L’ouvrage est un recueil de nouvelles, un format dont je suis très friand, au nombre de trois ici, que je vais traiter séparément.

Le Sang du Large :
Le recueil s’ouvre sur l’histoire d’un auteur d’Imaginaire en panne d’envie, qui ne croit plus en grand chose, et surtout pas en lui, exilé sur une petite île qu’il a pu s’acheter avec les droits de ses premiers grands succès.
On se penche au chevet d’un maniaco-dépressif en pleine crise existentielle, déchiré entre toutes ses pulsions et interrogations contradictoires, ses envies et ses doutes. Dans le plus pur respect de la tradition du fantastique, un élément va venir perturber la triste routine de notre protagoniste qui se retrouve à mettre de l’ordre dans ses idées par la force des choses.
Comme Lionel Davoust sait si bien le faire, c’est la construction du personnage qui donne tout son sel cette histoire. N’étant personnellement pas un très grand client du fantastique en général, je dois bien dire que je n’ai pas tant été séduit par cet aspect du récit que par la crédibilité des atermoiements et angoisses du personnage, louvoyant élégamment entre les poncifs de l’écrivain en panne d’inspiration, évitant les clichés, ne serait-ce que par la précision de leurs évocations, conférant à l’ensemble une solide cohérence.
Découlant logiquement de cela, l’aspect fantastique de cette nouvelle nous donne un grain métaphorique à moudre, largement interprétable, mais encore une fois avec une délicatesse certaine, et une jolie morale pour aller avec.

J’ai fait une petite pause après cette première étape. Juste pour profiter de l’instant de grâce qui conclut cette nouvelle. Car si comme j’aime à le croire, Lionel Davoust a mis un peu de lui dans ce personnage torturé, alors ce que cela dit de lui ne fait que me rendre encore plus fan de lui, autant en tant qu’auteur qu’en tant qu’être humain.

Point de Sauvegarde :
Ici, nous vivons le déploiement d’un trio de cyborgs dans une zone de guerre futuriste qui ressemble fort à l’Amérique Latine. Nous vivons leur progression à travers les yeux de leur leader, comme ses compagnons un ancien condamné à mort qui a accepté d’être reconditionné par le gouvernement américain pour pouvoir vivre en tant que mercenaire de luxe.
C’est donc le volet Science-Fiction du recueil qui nous est présenté ici, celui qui à mes yeux fonctionne le moins bien des trois ; ironiquement car j’ai le sentiment qu’il fonctionne de manière un peu plus artificielle (rapport aux cyborgs, m’voyez, ironie), moins organiquement que les autres. Loin d’être mauvais, il manque cependant à mes yeux du souffle qu’on trouve habituellement chez les personnages de l’auteur, et la mécanique de l’intrigue était trop évidente à mes yeux, la faute à un instinct trop habitué à ce genre de rouages narratifs.
Bien que n’ayant pas boudé mon plaisir, force est de reconnaître qu’après la poésie du Sang au Large, un épisode aussi terre à terre, oserais-je dire technique, m’a un peu fait retomber. La rupture était peut être trop abrupte pour moi, ou peut être m’attendais-je à autre chose, expliquant du coup une légère déception qui aura donné un mauvais arrière goût à un récit somme toute efficace et non dénué d’intérêt ou de pistes de réflexions.

Bienvenue à Magicland:
J’ai donc aussitôt enchaîné sur le dernier volet, qui nous emmène du côté de la Fantasy. Sans aucun doute possible mon petit chouchou du recueil.
On y suit Garam, un troll qui bosse dans un zoo, spécialiste du Bestiaire féerique qui rêve d’être soigneur pour Licornes, mais qui galère à avancer dans la vie car il déteste les gens et leur préfère largement les créatures de Magie.
On alterne donc entre les séances chez le psy et les séquences au travail, au gré des quatre saisons qui constituent autant de chapitres, on avance dans la vie de Garam en même temps que lui. Et là le talent de Lionel Davoust frappe, avec des dialogues et des situations fortes, qui en racontent beaucoup sans trop en dire, distillant les informations nécessaires sans effort, avec un souffle incroyable. Je ne peux pas trop en dire, évidemment, la forme est courte, mais maints détails se superposent les uns aux autres avec une finesse hallucinante, entre références malines et parallèles habiles avec notre réalité.
Je me rends compte que paradoxalement, bien que cette nouvelle soit sans conteste ma préférée, c’est celle dont j’aurais le moins à dire, par peur de gâcher toutes les jolies surprises qu’elle contient. Je vais donc juste y apposer mon sceau d’amour et vous faire confiance pour la lire et revenir vers moi (ou l’auteur hein, tant qu’à faire) pour confirmer que j’avais raison.

Conclusion:
Un très joli petit ouvrage que voilà. Il va sans dire qu’à mes yeux Lionel Davoust n’est jamais aussi bon que dans la forme longue, mais son talent ne souffre pas de la synthèse. J’ai retrouvé dans ces trois nouvelles ce que j’aime chez lui, des personnages humains (dans le sens conscient du terme) et profonds, doués de sentiments crédibles qu’il m’a plu de lire et de ramener à moi pour mieux les interroger sans les mettre en doute. Et bien qu’en effet la nouvelle centrale m’ait paru un petit peu plus faible que les deux autres, elle n’a certainement pas à rougir tant la concurrence est rude autour d’elle, et son statut de pivot ne lui facilitait sans doute pas la tâche.
Je note au passage que le titre de ce recueil, allié à la promesse de son éditeur constituent un joli enrobage méta ; puisque j’ai effectivement voyagé entre les trois grandes dimensions de la Littérature de l’Imaginaire, et que je ne demanderai certainement pas de remboursement.

The Glitch MobTake Me With You (Feat. Arama) (Extrait de l’album See Without Eyes)

Au plaisir de vous recroiser.
D’ici là, que votre avenir soit rempli d’étoiles.

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