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Peste, Chuck Palahniuk

Running with the Wild Things – Against The Current (extrait de l’album In Our Bones)

Je parle assez souvent de rencontres et de jolis hasards ici. Je crois que ce roman est en partie responsable de cette vision des choses, par l’impact qu’il a eu dans ma vie, malgré la simplicité du chemin parcouru pour arriver entre mes mains. Qui n’étaient pourtant pas acquis. On m’a offert ce roman, en faisant confiance à un libraire, en lui demandant un de ses romans favoris, tout simplement. Je n’avais lu que Fight Club de Palahniuk avant de lire Peste, et je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Car si j’avais beaucoup aimé le premier, je pense encore aujourd’hui que je n’en n’avais pas tout saisi, l’ayant lu très (trop) jeune, pour prolonger l’expérience de l’adaptation de David Fincher. J’avais été séduit, presque subjugué par l’esprit de rébellion, mais je n’avais probablement pas tout compris du sous-texte politique. Je me suis attaqué au second avec un a priori positif, très curieux, forcément, mais avec la crainte de ne pas retrouver ce sentiment de surprise et de subversion dont j’avais le souvenir. D’autant qu’à l’époque, je lisais encore les quatrièmes de couverture, ce qui m’avais amené à me faire une idée préconçue du contenu. Il est bien possible que je commençât à ne plus les lire après la lecture de ce roman, maintenant que j’y pense. Il est maintenant temps d’essayer vous expliquer la teneur de la claque. Et de vous donner envie d’y goûter.

À travers une succession de témoignages glanés ça et là, de personnes ayant traversé sa vie, nous sommes introduit.e.s à un étrange personnage du nom de Buster Casey, plus souvent appelé Rant. C’est sa vie et celles des autres qui ont eu la chance – ou le malheur, selon les points de vue – de graviter autour de lui, qui nous sont contées ; dans une forme vaguement chronologique, bien volontiers bordélique, souvent contradictoire. Une biographie orale, prétexte à sa présentation et à celle du monde étrange qui l’a vu naître, une Amérique dystopique, où le monde est séparé entre les Diurnes et les Nocturnes selon un couvre-feu strict et des mœurs dépendant de l’allégeance de chacun.

Bordélique donc. Maintenant que j’ai lu un peu plus des œuvres de Palahniuk, on peut dire que ça correspond bien au bonhomme. Mais un bon bordel, un bordel intelligent, certes iconoclaste, volontiers provocateur, mais avec une capacité transgressive assumée et si motivée qu’elle nous emporte avec elle, comme un tsunami. Quelque part à l’image de Rant Casey, sale gosse d’abord, le genre de petit malin dont on sent l’intelligence, mais qui n’en fait tellement rien de productif qu’il se met tout le monde à dos, autant par frustration que par jalousie. Mais ce genre de sale gosse dont on voit, à mesure de son développement, qu’il fera des choses, qu’il a une vision différente des choses, de la vie dans son ensemble. Quoi , on ne sait pas vraiment, mais on veut en être. Parce qu’être dans son sillage, c’est une occasion en or de voir la vie comme on ne la verra jamais à travers les yeux de qui que ce soit d’autre. J’en prendrais pour exemple une scène qui arrive assez tôt dans le roman, et qui m’a marqué à vie (je pèse mes mots). Un des amis de Casey raconte qu’un de ses grands plaisirs est de s’allonger dans le désert, d’enfoncer sa main dans le premier terrier qu’il croise jusqu’à se faire mordre ou piquer par la moindre bête qui passe. Et lors d’une de ces étranges séances, Casey se relève, le bras blessé, et déclare, souriant : « C’est ça qu’on devrait ressentir à la messe ».

Ce passage seul suffirait à résumer mon amour pour ce roman, encapsulant à la perfection cette capacité inouïe de Palahniuk à saisir des instants hors du temps, racontant quelque chose hors d’eux-mêmes, à dire des choses du monde qui nous entoure en les contournant par des angles inédits, et surtout, provocateurs, voire méchamment transgressifs. Ce qu’il ne cesse de faire dans ce roman. À travers des différents témoignages, il nous raconte tant qui pourrait être Rant, entre mythes et réalité, que le monde étrange qui l’a vu naître, dont le fonctionnement ne peut que nous sembler si curieux, presque agressif par son manque de logique et de cohérence, en tout cas par rapport au nôtre. Seulement voilà ; plus on y réfléchit, et plus ces choses semblent presque faire sens au sein de la diégèse, interrogeant de la même manière certaines de nos habitudes, de nos logiques. Notre monde fait-il tant sens que cela, finalement ? Comment se comporterait Rant s’il était chez nous, s’il devait vivre avec nous, dans notre monde ? Est-ce Rant qui est étrange pour ce monde, ou ce monde qui est étrange pour Rant ? Malgré mes multiples lectures, je n’en ai toujours pas la moindre idée. Et c’est un sentiment formidable.

Et l’air de rien, à coups d’allusions, de détails qui pourraient sembler saugrenus ou incohérents, Palanhiuk construit en creux de son roman une satire puissante autant que quelques très solides concepts, dans une sorte de road trip halluciné au travers de la vie de Rant Casey, explorant autant son parcours que ses conséquences ; sur le monde autour de lui et sur les gens qu’il a connus, qu’il a profondément changés, par sa simple mais si complexe présence. Ce récit est un renouvellement constant d’images et de concepts furieux, autant d’expressions crues d’une soif d’idéal, aussi présente qu’absente en chacun de nous, selon notre capacité à nous en emparer quand l’occasion se présente, et les moyens que nous sommes prêts à employer. Une autre grande qualité de Palanhiuk : poser des questions qui fâchent d’une façon qui peut faire très mal là où elle appuie, et vous laisser ébaubi de la réponse qu’elle vous fait donner.

Sans compter le dernier aspect, à la fois le plus fort du roman à mes yeux, mais aussi et surtout le plus délicat à aborder, parce que spoiler, c’est moche. J’évoquais dans l’introduction mes multiples lectures. On pourrait croire que j’ai lu ce roman plusieurs fois parce que je l’ai beaucoup aimé. Certes. Je l’ai relu immédiatement après ma première lecture. D’une part parce qu’il est assez bon pour ça, oui ; mais surtout parce qu’il fait partie de ces rares romans tellement bien écrits qu’il prend un autre sens à la relecture, tenant compte des diverses révélations qui y sont faites à mesure de sa progression. Et si j’ai pu lire ma part de bons twists et scénarios tortueux dans ma vie, il faut bien dire une chose, j’attends de pied ferme celui qui détrônera Peste. Ça arrivera sans doute, mais ça ne m’empêchera pas de garder une place particulière dans mon cœur pour lui. Oh non.

La conclusion est simple. Si vous aimez les délires de science-fiction dystopique, les cris de révolte, le rock’n’roll, tout ce qu’on peut faire avec des bagnoles, l’histoire, les récits bien barrés, les personnages bigger than life, aussi repoussants qu’attachants, les concepts bons à vous retourner le cerveau et à vous donner envie de relire un bouquin pour vérifier à quel point vous vous êtes fait avoir ; et surtout encore plus kiffer au deuxième passage, lisez Peste.
Si vous voulez vous laisser surprendre, lire quelque chose d’original, d’unique, d’absolument à nul autre pareil, lisez Peste.
Lisez Peste.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

One comment on “Peste, Chuck Palahniuk

  1. Excellente analyse, oui, c’est tout le ressenti que j’en ai moi-même gardé pour une lecture faite il y a dix ans environ, pourtant.

    Aimé par 1 personne

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