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Eschatôn, Alex Nikolavitch

Conquest of Spaces – Woodkid (extrait de l’album The Golden Age)

Dans une certaine mesure, j’aurais tendance à croire au karma. Ou juste à l’idée que de bonnes choses vous arrivent quand vous faites de bonnes choses. Et en ces temps troublés, il faut savoir saisir à bras le corps les rares occasions de saluer les clins d’œil du destin qui tendraient à soutenir cette théorie. Avec l’annonce du confinement, j’ai décidé, sur un coup de tête, de passer le cap de commandes de certains ouvrages chez des éditeurs indépendants, histoire de les soutenir dans cette épreuve en évitant un maximum d’intermédiaires. Je savais pertinemment que je ne serais pas livré, l’idée était juste d’injecter un peu de trésorerie à mon humble échelle ; et de préparer ma PàL post-confinement, soyons optimistes.
Mais, en l’occurrence, les Moutons Électriques se sont sentis obligés de se faire pardonner d’une faute qu’ils n’avaient pas commise, et m’ont offert en compensation trois ouvrages, dans leurs versions numériques. Et alors, quel heureux hasard, quelle incroyable coïncidence ; parmi ces trois romans, Eschatôn, d’Alex Nikolavitch. Un auteur avec qui j’ai sympathisé sur Twitter, dont je m’étais promis d’acheter le travail à la première occasion – oui je note parfaitement l’ironie de cette déclaration – trouvant dans nos interactions quelque chose qui me faisait me dire que nous étions sur des longueurs d’ondes similaires, qui me donnait confiance en l’idée que j’aimerais son travail autant que l’homme. Autant vous dire que je n’ai pas été déçu.

Nous suivons d’abord Wangen, diacre, une sorte de moine-soldat, qui durant les batailles, doit laisser son libre-arbitre et ses mouvements à la merci d’un cantre, incantateur religieux, commandant à bon nombre de ses semblables. Mais, alors qu’un diacre ne doit se réveiller d’un combat qu’au moment de sa mort ou lors du retour au bercail, Wangen se réveille en plein milieu d’une escarmouche dont il ignore tout, en compagnie de certains de ses compagnons d’infortune ayant survécu à l’assaut en cours. Soudain livrés à eux-même, les voilà plongés au cœur de conflits simultanés qui les dépassent très largement, et dont les multiples implications les feront voyager très loin et remettre en question bon nombre de leurs certitudes.

Je dois d’abord pointer le grand plaisir de pouvoir faire un résumé accrocheur d’un roman avec le contenu de ses premières pages. En si peu de volume, le décor, certains des personnages principaux et enjeux majeurs sont présentés avec une efficacité redoutable ; le tout vous agrippe pour ne plus vous lâcher. Un plaisir sans tâche donc, de se laisser aller au rythme d’un véritable page-turner qui maîtrise aussi bien ses foulées, se répartissant entre plutôt longs chapitres et courtes interludes, scènes d’action riches en adrénaline et scènes plus tranquilles, propices à la réflexion ; changeant à l’envi ses points de vue pour nous faire une retranscription globale et honnête de toutes ses intrigues et sous-intrigues, sans le moindre manichéisme. L’effet est saisissant. Car si certains personnages ont clairement plus souvent droit de cité que d’autres, on sent bien qu’il n’y a aucune volonté dans la plume de prendre parti pour l’un des camps représentés. Tous et toutes ne sont que des témoins, vecteurs de la découverte de l’univers qui nous est présenté, et de certains des enjeux présents, à leurs niveaux respectifs.

Des enjeux dépendant très largement des thématiques explorées au fil des lignes, qui, il faut bien l’admettre, jouent également en grande partie pour mon appréciation globale du roman ; on s’intéresse notamment à la religion et aux idéologies, et en particulier aux dogmes et aux luttes de pouvoir qui peuvent en naître. En changeant les focalisations au fil des événements, Alex Nikolavitch nous confronte, avec sensibilité mais sans fausse pudeur, aux luttes internes de ses différents protagonistes. Tous sont aux prises avec leurs doutes comme avec leurs certitudes, mais aussi avec celles des autres, fanatiques – à bascule ou non – ou simples drones. Les luttes sont aussi physiques que mentales, faisant la part belle à des réflexions fortes sur ce que nous voulons bien appeler le libre-arbitre, perdu entre nos contingences et nos moments de bravoure, constituant finalement les termes de nos servitudes volontaires, qu’elles soient envers des gens ou des idées. Et même si les enjeux présentés dans ce roman sont bien loin de certaines de nos considérations quotidiennes, puisque nous sommes ballottés entre tous les genres de l’Imaginaire, une belle part des questionnements soulevés résonne tout de même fort avec notre actualité, et les poids si lourds des lois et traditions, tant tacites qu’officielles. Que sommes nous prêts à sacrifier, chez nous ou chez les autres, pour voir triompher notre propre vision des choses, ce qui nous semble juste, et sommes nous prêts, finalement, à la voir triompher ? Sommes-nous prêts, de fait, à ce que ce la victoire peut bien suggérer, une fois acquise?

J’ai trouvé dans ce roman beaucoup des choses auxquelles je suis très sensible depuis de nombreuses années en tant que lecteur : une intrigue prenante, aux multiples implications, avec de belles réflexions, sachant se faire discrètes aux bons moments, posant ses questions sans y répondre directement, s’attachant à des personnages organiques pour développer ses raisonnements, conférant au tout un souffle extrêmement séduisant. Sans compter un world-building très malin, laissant la part belle à l’invention et à des jeux de langage habiles, créant un lexique propre à ce monde si particulier, héritiers de règles et de logiques qui nous échappent, forcément, puisque ce n’est pas le nôtre ; mais sans pour autant nous laisser sur le bord du chemin de la compréhension, se permettant même le luxe de petits clins d’œil dans ses moments les plus légers. À noter également un épilogue admirable, dont la conclusion m’a fait sourire avec enthousiasme, partagé entre la justesse de sa formulation et la validation complète de toute ma compréhension de l’ouvrage.

Un essai plus que réussi donc, qui me conforte dans l’idée que mon instinct me trompe rarement sur le compte des auteurs que j’ai la chance – insolente – de rencontrer, et avec qui j’ai un bon feeling. Ce roman était fichtrement bon, et j’en suis particulièrement heureux, puisqu’il me confirme ce que je sentais depuis longtemps : je veux des romans d’Alex Nikolavitch dans ma bibliothèque. Restera à les acheter la prochaine fois, je n’aurais pas toujours l’excuse du confinement, et je crois bien que je lui dois au moins ça.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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