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Rêves de Gloire, Roland C. Wagner

Trenches & Divide – Pop Evil (extrait de l’album Onyx)
Noise Pollution (Feat. Mary Elizabeth Winstead & Zoe Manville)[Version A, Vocal Up Mix 1.3] – Portugal. The Man (extrait de l’album Woodstock)

Vous savez comme moi que quand vous aimez lire, genre, vraiment lire, il y a des bouquins qui vous marquent plus que d’autres. Souvent, d’ailleurs, précisément, parce que ces bouquins vous ont marqué à ce point : une sorte d’étrange mais merveilleux ouroboros de bonnes ondes et d’épiphanies singulières se nourrissant mutuellement, à l’infini. Et donc, pour moi, Rêves de Gloire est de ceux-là. Probablement même en tête de liste, même si l’idée même d’une hiérarchie dans mes favoris me débecte ; demeure quand même que si je devais me plier à l’exercice sous la torture, au moins je n’aurais pas de mal à l’y caser avant même que la menace soit mise à exécution.
Parce que ce roman, il est profondément spécial, pour moi. Comme a pu l’être La Horde du Contrevent à une autre époque – sans l’amère mais constante déception qui a suivi, ce qui change pas mal de choses – ou plein d’autres ouvrages exceptionnels que j’ai eu la chance et le privilège de découvrir au fil des ans. Rêves de Gloire fait partie de ce club très restreint de bouquins qui m’ont fait réaliser ce dont la littérature était capable, dès lors qu’elle osait avec autant de maîtrise que d’audace, et surtout d’ambition. Le genre où une fois refermé, on se dit que quelques heures de lecture plus tôt on ne savait même pas qu’il était possible d’écrire une histoire comme ça, encore moins que c’était souhaitable. Le genre de roman qui démontre avec force la possibilité et la nécessité d’envoyer laver le charbon à des conventions quand ce qui les remplace est meilleur à tous les niveaux.
Et puis, aussi anecdotique que ce soit pour vous, mais certainement pas pour moi, c’est à cause de ce roman que je précède chacune de mes chroniques de chansons. Parce que si j’aime toujours autant l’album Onyx de Pop Evil aujourd’hui, c’est principalement parce que je pense avec le même sourire niais à ce roman que j’ai (re)lu en même temps que je l’écoutais pour la première fois, trouvant des liens intimes entre les mélodies, les paroles et les mots sur les pages. C’est grâce à Rêves de Gloire que j’établis toujours ces connexions personnelles et singulières entre ce que j’ai dans les oreilles et devant les yeux. Comme aujourd’hui avec l’album Woodstock de Portugal. The man. Et c’est précieux, pour moi.
SI précieux, en fait, que j’ai décidé en ce début d’année, de relire pour ce qui doit être la quatrième ou cinquième fois ce roman merveilleux. Pour assouvir la simple envie d’avoir enfin une chronique à lui sur ce blog, fraîche et encore convaincue que ce chef d’œuvre en est encore un, à mes yeux comme ceux de la postérité. En toute sobriété bien sûr.
Et oui, donc. Une merveille parmi les merveilles. À laquelle je vais tâcher – après cette introduction indispensable – sans conviction mais avec beaucoup d’enthousiasme, de rendre hommage, à mon niveau.

Alors déjà, comment est-ce qu’on résume un roman pareil ? C’est la structure habituelle de mes chroniques qui en prend déjà un sérieux coup ; parce que c’est pas une sinécure. Certes, il y a une trame principale, autour d’un collectionneur de disques vinyles rares, recherchant un exemplaire ultra-rare et mystérieux quitte à se mettre dans de sérieux problèmes, mais il y a surtout une uchronie d’une précision et d’une ambition rare, allant chercher des conséquences multiples, aussi fouillées que nébuleuses, à l’assassinat réussi du Général de Gaulle en 1960, tout comme il y a une multitude de trames singulières et anonymes venant s’agréger les unes aux autres, racontant autant de destins personnels qu’un destin global et national.
Ça fait beaucoup, mais je crois que ça fait à peu près l’affaire. L’idée, c’est que c’est aussi riche que foutrement dense.

Et cette densité, forcément, elle passe par ce qui est inévitable lorsqu’il s’agit de parler de ce roman, à savoir sa singulière polyphonie ; un truc pour lequel je dois admettre que j’ai un sacré faible. Avec Outrage et Rébellion, Peste ou World War Z (que je dois encore relire et chroniquer ici) à citer en complément, excusez moi du peu, on a quand même un schéma qui se dessine assez clairement. Sauf que, sans vouloir hiérarchiser, encore une fois, il faut bien que j’admette trouver à Rêves de Gloire un petit quelque chose, un supplément d’âme, qui le place encore un tout petit peu au dessus de cette glorieuse mêlée, dans la forme comme dans le fond. Parce que Roland C. Wagner, à l’instar des autres auteurices cité·e·s dans cette courte mais prestigieuse liste, c’était pas n’importe qui.
Et parvenir, comme il l’a fait dans ce roman, à raconter tant de choses par le truchement de paragraphes entièrement rédigés à la première personne, sans jamais aucun marqueur narratif permettant d’identifier nommément la personne en contrôle de la narration, mais surtout sans jamais nous perdre, je ne m’en remets toujours pas. Toujours, on trouvera les indices, les petits éléments qui nous permettront de remettre les choses dans l’ordre, que ce soit le point de vue ou la localisation spatio-temporelle de l’action en cours. Plus fort encore, malgré l’immensité de la mosaïque historique fictive qui se construit sous nos yeux, tout est limpide du début à la fin, et ce malgré les incessants allers et retours, l’apparent éclatement de l’ensemble. Entre les anecdotes personnelles, les trajectoires plus ou moins tragiques, les extraits d’encyclopédie, tout fait sens, tout respire glorieusement (*wink wink*), tout brille d’un organisme confondant.
Très sincèrement, alors que je savais tout ce qui allait se passer, malgré mes souvenirs encore prégnants, j’étais encore accroché, comme la première fois. Irréel, magnifique.

Accroché pour plein de raisons. Déjà parce que cette uchronie est passionnante ; Roland C. Wagner y emprunte des directions extrêmement créatives et surprenantes, loin des évidences qui auraient sans doute peuplé bon nombre d’autres tentatives inspirées d’imaginaires différents du sien. Surprenantes, mais évidemment pas illogiques, sinon je n’aurais jamais pu être aussi enthousiaste. Et donc, pour peu qu’on se pique un peu de questionnements politiques et d’imaginaire transversal, c’est un régal sans fin. L’histoire parallèle qui nous est proposée est remplie à ras-bord de détails, de possibilités, d’idées nouvelles ou renouvelées sous une lumière nécessairement inédite, avec – je trouve – une joie merveilleusement communicative, sans naïveté mais avec optimisme. Comme toujours avec Roland C. Wagner, il ne s’agit pas d’ignorer que les choses peuvent parfois être complexes ou difficiles, il s’agit de trouver la force et les ressources pour faire au mieux avec ce qu’on a, ne fusse que cracher au visage de la fatalité en rigolant.
Si j’aime autant cette uchronie, c’est qu’au delà de son exigence et de sa profondeur, elle n’est pas simpliste dans ses ramifications : il ne s’agit pas de dépeindre un monde meilleur ou pire, mais bien différent, à un maximum de niveaux. L’auteur ne fait pas qu’y convoquer des éléments connus ou familiers pour les tordre un peu et donner le change ; lorsqu’il le fait, c’est surtout pour leur donner du poids au sein du contexte nouveau qu’il a créé. Et ainsi l’ensemble respire d’un souffle parfait, organique, crédible, et surtout évocateur. Le parallèle global comme l’ensemble des micro-carambolages d’univers expriment leur potentiel avec juste ce qu’il faut de décalage pour poser les bonnes questions. La plus importante de toutes, ma favorite, celle revenant le plus souvent étant bien sûr « Ah oui, et si ?.. »

En fait, Rêves de Gloire, c’est un peu le livre parfait pour le nerd littéraro-analytique que je suis, et c’est sans doute pour ça que je l’aime autant : tout y est parfaitement calibré pour me faire baver. On a d’un côté un ensemble d’intrigues et de sous intrigues principales palpitantes et émotionnellement chargées, tout ce qu’il faut pour simplement avoir des belles histoires à se faire raconter, comme une collection de saynètes ciselées servant autant de respirations aux arcs les plus importants du récit dans son ensemble qu’à préciser des aspects de ces derniers sous des angles inédits et/ou contradictoires. Et on a de l’autre côté une structure globale incroyable d’ambition et de complexité, qui alterne les périodes comme les personnages et les enjeux, multipliant les angles d’attaque et les points réflexifs, donnant à lire une myriade de détails qui n’en sont pas vraiment, se répondant mutuellement et enrichissant sans arrêt la mosaïque patiemment construite par Roland C. Wagner.
Et de fait, pour peu qu’on se laisse naïvement prendre au jeu de pistes ou qu’on se plaise à le suivre pour tenter de le décortiquer au long cours, il y a là de quoi ravir n’importe qui avide de lire (ou relire) un grand, très grand roman. Parce que mine de rien, il faut bien le dire, au bout de la quatrième ou cinquième fois, je sais que je n’ai pas percé tous les mystères de cette merveille. Je pense sincèrement en avoir saisi l’essentiel, mais je suis persuadé, après tout ce temps, que je n’en ai pourtant pas encore absolument tout capté ; il me manque nécessairement des détails, des éléments cachés çà et là, qui viendront un jour enrichir encore ma perception. En tout cas je veux le croire : toutes les excuses sont bonnes pour me refaire encore une ou mille fois plaisir. Ce roman est juste si bon que ça.

Ils sont pas nombreux, ces ouvrages-là, je pense, pour tout·e lecteurice assidu·e ; ceux qui se ménagent une place bien à eux, bien au chaud, dans le cortex comme dans le cœur, éternelle et inamovible, et c’est sans doute précisément leur rareté qui les rend si précieux. Et sans le moindre doute, si j’aime autant Roland C. Wagner et son travail, c’est essentiellement grâce à l’éclairage merveilleux que projette son grand œuvre sur le reste de sa bibliographie. Rêves de Gloire constitue sans doute à mes yeux la quintessence de ses ambitions comme de son talent ; le comprendre c’est comprendre tout le reste, l’aimer c’est trouver tout ce qu’il y a à aimer partout ailleurs. On y retrouve son incroyable bienveillance, son refus de la fatalité comme ses obstinations politiques, que je préfère voir comme une persévérance résiliente et lucide, sachant trouver l’équilibre le plus sain possible entre la lutte et le laisser-aller.
Comme tout chef d’œuvre, à mes yeux, il s’agit de toucher à l’intime, à des valeurs, des convictions, des principes, et de verbaliser l’ensemble d’une façon qui résonne d’une façon unique. Il m’aura suffit de retrouver une citation de Louis Thirion en exergue pour me dire « ah ouais bordel, c’est ça. », pour ensuite hocher la tête à répétition tout le long du roman. Comme tous les excellents romans jouant à mêler les matières de la réalité et de la fiction, c’est parce que Rêves de Gloire exprime si bien le talent de son auteur à le faire à sa singulière manière qu’il a su sonner si vrai, des années après sa publication, et après tant de relectures, sans que jamais mon enthousiasme se ternisse. Je ne saurais jamais jurer que ce roman est mon préféré.
Mais à chaque fois qu’on me posera la question, je serais quand même obligé de penser à lui. Parmi quelque autres, peut-être. Et à chaque fois, je me resignerai à ne pas pouvoir lui rendre hommage à la hauteur de l’infini respect admiratif que j’éprouve à son égard.
J’espère que je ne m’en suis pas trop mal sorti ici, au moins. Et au pire, c’est pas grave, je continuerai à m’entraîner.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

3 comments on “Rêves de Gloire, Roland C. Wagner

  1. Jean-Yves dit :

    Tu as tout dit 🤩

    Aimé par 1 personne

  2. Yuyine dit :

    Magnifique chronique. Je n’ai jamais lu ce texte, j’avoue même qu’il ne m’a jamais attiré. Je devrai sans doute oublier mes aprioris sur ce texte désormais et lui donner l’occasion d’une rencontre…

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Merci beaucoup. ❤
      Je serais ravi d'avoir pu te donner la curiosité et l'envie, mais je ne serais vraiment comblé que si la rencontre se fait. Malgré tout mon amour pour lui, je sais que ce texte n'est pas pour tout le monde, ne serait-ce que formellement.

      J’aime

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