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Les Révoltés de Bohen, Estelle Faye

Mono Inc.Long Live Death (extrait de l’album Welcome To Hell)
Nothing More – Jenny (extrait de l’album Nothing More)

Depuis quelques années, je suis absolument fasciné par une idée, ou plutôt une réflexion que je n’ai jamais close et que je ne conclurai sans doute jamais : quand, exactement, une histoire commence-t-elle vraiment ? Plus précisément, à partir de quand une histoire mérite-t-elle d’être racontée, quels événements au sein d’un déroulé précis valent-ils qu’on les choisisse comme jalons de fin et de départ, aux dépens d’autres ? C’est un écueil excessivement délicat à négocier lorsqu’on s’attaque à la rédaction d’une saga de fantasy de l’ampleur et de l’ambition telle que celle constituée par les deux romans d’Estelle Faye situés dans son univers de Bohen. Et si j’avais été frappé par d’autres questions que celle-là lors de ma très enthousiaste lecture des Seigneurs de Bohen, ce questionnement m’est revenu très fort lors de ma lecture des Révoltés de Bohen, dont, vous l’aurez compris, il sera question cette fois-ci.
C’est une lecture que j’ai trop repoussée. D’abord parce que je m’étais promis de mettre la main sur ce deuxième volume à l’occasion des Imaginales de cette année 2020 ; autant dire que ce plan était voué à l’échec dès sa conception, sans que je puisse jamais l’anticiper. Dommage. Et ensuite parce que, même si les gros morceaux ne me font jamais réellement peur, mon état d’esprit actuel ne me donnait que peu confiance à ma capacité à passer vite au travers en cas de déception ou d’une éventuelle incompatibilité d’humeurs. S’il eût fallu que, par malheur, je ne retrouve pas dans ce roman ce qui avait pu tant me séduire dans son prédécesseur, je savais que l’épreuve serait très difficile. Mais comme on dit, à vaincre sans péril… Je me décidai donc à enfin passer le cap, le cœur vaillant, avec l’espoir et la confiance au maximum. Parce que bon, Estelle Faye, quand même ; et que ce que je sais de sa relation avec Morgan Of Glencoe sur les réseaux me faisait me dire qu’après L’Héritage du Rail, ce serait un clin d’œil sympathique.
Mais alors, déception ou pas ? En un mot : … non. En quelques mots de plus : c’est quand même un peu plus compliqué que ça. Et je vais tâcher de développer tout ça au mieux.

Nous reprenons donc notre récit 15 ans après la fin du précédent, alors que Bohen n’est certainement pas remis de sa première Révolution, et souffre encore très largement de ses conséquences, un peu partout dans ses territoires. Nous suivons autant d’ancien·ne·s acteurices de cette Révolution que de nouvelles personnalités, avec des liens plus ou moins prononcés avec les événements ou personnalités qui ont amené Bohen là où elle en est au moment où nous reprenons le récit.

Sur la forme comme sur le fond, de façon très globale, pas de changements profondément choquants ou surprenants ; nul besoin de changer une formule gagnante. Nous sommes donc toujours dans un roman chorale de grande tenue, sachant laisser la place à tous ses protagonistes, avec toujours la même volonté de souffle et d’inclusivité qui avait su tant me séduire lors de la première lecture, et qui, sans faute, m’a séduit de nouveau ; sachant tour à tour faire preuve de retenue et d’audace. On retrouve toujours cette force évocatrice, cette damnée puissance de frappe qui sait tout montrer, sans cynisme, complaisance ou manque de lucidité. Au contraire, malgré la distance de la fiction, notre réalité trouve toujours son chemin vers nos cœurs et nos tripes, avec toujours le même talent qui avait su me souffler plus d’une fois lors de mon premier séjour en Bohen. Dans l’optique de cette chronique, ce serait presque un problème de constater à quel point l’essentiel de mes remarques et compliments envers le premier tome sont exactement les mêmes à la lecture du second ; j’aurais presque pu craindre n’avoir rien d’autre à en dire que ça.

Le fait est qu’il n’en est rien, ce qui constitue autant une bonne qu’une mauvaise nouvelle. Car ce roman souffre autant qu’il bénéficie, finalement, de son ambition, de son volume et de ses intentions. Le premier constat est assez douloureux à exprimer, car il ne dépend sans doute, comme souvent, que de mon humeur et de mon caractère. Si je n’ai, habituellement, pas de souci avec la description clinique d’un monde en difficulté, quasi agonisant, comme celui de Bohen au début de ce roman, le fait qu’il dépende en grande partie de la conclusion de son prédécesseur m’a rendu le début de ma lecture assez laborieux. Que le roman ne soit pas blâmé ici, puisque cela découle directement de sa saine et intelligente ambition de démontrer qu’une révolution n’est jamais que le point de départ d’un long, lent et souvent pénible processus de changement ; mais au moins la première moitié du roman était pour moi couverte d’une lourde chape de plomb qui me faisait parfois me demander à quoi bon continuer, tant j’avais le sentiment que ce que je lisais était une suite complexe d’échecs au sein d’une démonstration savante de la nature cyclique de l’Histoire. Je ne saurais dire précisément, après avoir fermé le roman, si le contexte actuel a imprégné ma lecture de ce sentiment ou si j’étais trop empathique avec la résignation de certains des personnages, ou si j’ai eu affaire à un mélange malsain des deux, mais le sentiment était puissant, et le demeure. Voir et revoir certains de ces personnages souffrir d’une conjecture si cruelle, se dépêtrer dans les ruines d’un monde qu’ils ont tenté de sauver en consentant tant de sacrifices, c’est dur, très dur. Un constat qui ne m’enchante pas, mais qui, clairement est à mettre au crédit d’Estelle Faye, puisqu’il est rare pour moi de tant ressentir à la lecture, non pas à cause du roman lui-même, de sa forme ou de ses partis-pris ; mais de ce qu’il contient. Pour être plus clair, si j’ai eu, pendant un temps, du mal à avancer, ce n’était pas parce que je n’aimais pas ou parce que le roman était mauvais, mais parce que c’était émotionnellement trop compliqué ; il me confrontais à des constats et des idées avec lesquelles j’aurais sans doute préféré ne pas avoir à me confronter en ce moment.

Car si Les Seigneurs de Bohen était porté par l’espoir et la colère, Les Révoltés est plus certainement portés par le désespoir et la rage impuissante et nous rappelle avec une crudité aussi douloureuse que bienvenue la réalité et la difficulté du processus d’un réel changement de paradigme. Et c’est sans doute là qu’il a réussi à ne pas me perdre malgré mes difficultés ; car ce changement d’ambiance et de ton, s’il a été parfois un peu laborieux à lire pour moi, permet à Estelle Faye comme à ses personnages d’explorer de nouveaux angles narratifs qui décalent le propos du roman juste assez de son prédécesseur pour demeurer en terrain connu sans en être un clone sans nouvelles saveurs, au contraire. Et si, comme pour Les Seigneurs, j’ai eu le plaisir de faire des allers et retours conceptuels entre mon esprit et les réflexions présentées, notamment au niveau politique, j’ai aussi eu de nouveau l’agréable possibilité de me laisser surprendre par les éléments encore inconnus du monde de Bohen qui laissent place à de jolies inventions de fantasy comme de réels moments de grâce littéraire.
Un réel grief, bien que mineur et sans doute relativement personnel, vient cependant se glisser ici ; il est trop rare à mes yeux que je le remarque, il m’est donc obligatoire de le mentionner. Les chapitres sont d’une longueur trop inégale, et sont souvent bien trop courts pour qu’ils nous laissent le temps de réellement nous investir dans la séquence narrée. En addition avec certains pans de l’histoire globale qui, si non dénués d’intérêt en eux-mêmes, souffrent d’une trop grande distance avec le reste de l’intrigue pour paraître pleinement pertinents, cela crée un réel déséquilibre dans la narration, qui donnerait presque envie, par moments, de lire en diagonale certains passages pour revenir à des événements plus importants. Le mot-clé étant, fort heureusement, « presque », puisque la multiplication des points de vue permet avant tout d’éclairer certaines situations sous bien des différentes lumières avec une réelle réussite ; liant encore une fois des destins collectifs et individuels avec une réelle force.

Mon ressenti global vis-à-vis des Révoltés de Bohen pourrait, à la lecture de cette chronique, se résumer à « mitigé », mais ce serait une erreur. Ce roman est indubitablement une réussite, mais il souffre de l’effet que Les Seigneurs ont eu sur moi lors de ma découverte de l’oeuvre d’Estelle Faye, qui a fait que je n’ai pas été autant surpris ou bluffé que j’aurais aimé l’être de nouveau. Si ce roman avait été le premier des deux que j’avais lu, avec quelques changements dans la chronologie, mon sentiment serait sans doute inverse aujourd’hui ; ce qui me ramène à ma réflexion de l’introduction, qui me ferait presque dire, avec des pincettes, qu’Estelle Faye souffre de ses qualités. Car son univers et ses personnages contiennent en germe tellement de questions et d’idées passionnantes que j’en voudrais toujours plus. Chaque nouvel élément esquissé mériterait parfois un roman à lui tout seul, créant un sentiment continuel de frustration, entre l’envie de plus et la crainte de trop. Je ne saurait dire si Les Révoltés est un peu trop long ou trop court ; s’il aurait fallu en élaguer quelques branches, ou s’il eût mérité d’être allongé et découpé en deux tomes pour arriver à une trilogie finale, certes plus consistante, mais aussi plus ample et prenant parfois plus son temps pour développer certains de ses aspects qui m’ont parfois paru précipités.

Un roman passionnant donc, à lire, évidemment, mais aussi à regarder avec un œil plus analytique, car il représente parfaitement les forces d’une fantasy moderne et alerte, prête à se saisir de problématiques complexes avec audace et ambition. Si je placerais ce roman un tout petit peu en dessous de son prédécesseur, ce n’est pas de gaieté de cœur ni avec une grande conviction, c’est simplement parce que j’ai sans doute souffert d’une conjecture difficile qui n’est pas sans me rappeler ma découverte des Canaux du Mitan, mais aussi parce que je n’ai pas bénéficié du même effet de surprise que lors de ma première lecture d’Estelle Faye avec Les Seigneurs ; je savais peut-être un peu trop à quoi m’attendre, ou bien j’y ai trop réfléchi pour parvenir à me laisser surprendre. Que mes biais personnels, encore une fois, ne vous poussent pas à douter : ce roman demeure excellent, bien au delà de mes griefs, qui demeurent mineurs et dépendent sans doute d’un goût tout personnel. Mon erreur aura peut-être été de me concentrer sur Bohen plutôt que d’aller chercher du côté de ses autres travaux afin de me faire respirer un peu l’esprit ; je vais donc m’atteler à cette tache tout bientôt.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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