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Les Dieux Sauvages T3 – La Fureur de la Terre, Lionel Davoust

Soilwork – Your Beloved Scapegoat (extrait de l’album Sworn to a Great Divide)
In Flames – Call My Name (extrait de l’album I, The Mask)

Je me souviens d’un cours que j’ai eu à l’université sur la musique. Plus précisément, je me souviens d’une citation précise de ce cours qui m’a marqué bien plus que tout le reste de son contenu ; donnant la plus belle définition de la musique que j’aie jamais entendue. La musique, c’est l’art de la sculpture du temps. Et puisque la musique m’est au moins aussi précieuse que la lecture, je n’ai pas tardé à rapprocher cette définition de celle que je fais de la littérature. Ce qui explique sans aucun doute que je sois aujourd’hui quasiment incapable de me consacrer au moindre instant de lecture sans musique dans les oreilles. Sans parler de gros problèmes de concentration, mais c’est un autre sujet.
Le hasard a voulu qu’en même temps que la redécouverte de la saga des Dieux Sauvages, je redécouvre un groupe cher à mon cœur, In Flames, dont les morceaux ont également accompagné chacune de ces chroniques ; ce qui, pour le coup, n’est pas vraiment le fait du hasard. Car si j’ai choisi chacun de ces morceaux, au delà d’une certaine et bienvenue synchronicité entre leurs titres et les événements des romans de Lionel Davoust, il y avait surtout une convergence atmosphérique que je ne pouvais ignorer.
Ce qui tombe plutôt bien, car la crainte de commencer à salement me répéter dans mes compliments envers cet auteur exceptionnel se faisait quand même extrêmement difficile à juguler durant cette relecture. Même si j’ai de nouvelles choses à dire, avoir une telle munition pour parvenir un tant soit peu à traduire mon admiration pour son travail est pour le moins providentiel.
Au travail donc.

Le siège de Loered se maintient et la pression devient proprement insoutenable. Mériane et ses allié·e·s doivent se résoudre à trouver de nouvelles méthodes toujours plus risquées pour parvenir à assurer la survie du Verrou du Fleuve et de ses habitants. Nous continuons à suivre tou·te·s les acteurices de ce conflit hors norme un peu partout en Rhovelle, avec ce que cela continue à suggérer en termes d’intrigues politiques ou religieuses, de combats intérieurs et de révélations.

Commençons donc par ce rapport à la musique. Lorsque j’évoque une convergence atmosphérique, je parle de la capacité commune du groupe suédois (et autres groupes de metal mélodique) à allier une certaine brutalité à une capacité inouïe de suspension et de grâce. Je conviens volontiers que la voix d’Anders Fridén et la musicalité de ses comparses ne soient pas pour tout le monde – à l’instar de la fantasy en général ou celle de Lionel Davoust en particulier – mais j’y trouve personnellement une résonance, une force d’expression et une élégance incroyable, sachant saisir la vérité d’instants privilégiés. Si La Messagère du Ciel était consacré à l’exposition, Le Verrou du Fleuve à l’action, La Fureur de la Terre constitue un mélange assez phénoménal des deux, y ajoutant les premières grosses révélations de la saga, mais aussi et surtout des instants de beauté et de douceur comme j’en ai rarement lus. Ce que j’aime dans cette musique comme dans cette littérature, c’est avant tout cette capacité unique à conférer à tous leurs aspects spécifiques une cohérence globale aidée par une fluidité remarquable.
Il est à mon goût très compliqué d’enchaîner des scènes de siège ou de bataille et des instants plus intimes et touchants ou des dialogues fonctionnant à plusieurs niveaux d’interprétations sans trop souffrir d’une transition brutale faisant se chevaucher des émotions contradictoires ; et pourtant, chaque scène, très vite, se contient elle-même et parvient à s’imposer à l’esprit sans être parasitée par des idées extérieures, sans pour autant les faire oublier. Chaque détail, chaque information qui nous est livrée est utile et peut parfois faire jonction, mais toujours avec suffisamment de subtilité pour donner du liant sans risquer l’indigestion. Encore une fois, lorsqu’on prête attention à la structure, on se rend compte à quel point Lionel Davoust doit se donner un mal fou pour donner un tel sentiment de facilité. Et pour autant, on est tellement pris dans le récit qu’on se laisse emporter sans poser d’autres questions que celles qu’il veut nous provoquer.

Encore une fois, tous les compliments que j’ai pu faire auparavant pour les tomes précédents se retrouvent ici ; encore magnifiés par les évolutions des personnages, qui ont tous leurs part de moments privilégiés, nourrissant encore plus profondément les enjeux et la narration d’instants suspendus incroyables ; que ce soit par la compassion envers Mériane, les malaises provoqués par les turpitudes de Leopol ou l’envie de prendre une douche brulante après avoir lu Guil Redel. Les superlatifs ne sont pas suffisants à mes yeux pour rendre justice aux souvenirs de ma première lecture alors que je redécouvrais certaines révélations et twists prenant place dans ce volume, lui conférant pour moi le statut de pivot cultuel. Oui, rien que ça. Redécouvrant comment certains événements se déroulent et comment certaines informations nous sont délivrées, mon admiration initiale m’est revenue comme un boomerang, me rappelant, comme si c’était nécessaire, à quel point j’avais hâte d’avoir le fin mot de toute cette histoire. Ce volume est d’ailleurs si dense et si puissant que j’en avais effectivement oublié quelques surprises qui m’ont cueilli comme la première fois, avec toujours cette force organique, ce souffle unique, ce sentiment, malgré la distance de la fiction, de lire quelque chose de profondément vrai. L’ambition de Lionel Davoust, alliée à son exigence et sa sincérité, crée pour moi les conditions d’un attachement émotionnel et spirituel que je sais ne pouvoir quasiment retrouver nulle part ailleurs, en tout cas certainement pas à l’identique. Il faut dire ce qui est, au bout d’un moment, les mots ne suffisent plus, et j’aurais beau me donner autant de mal que possible à mettre mes sentiments en forme, ils ne rendront jamais justice à ce que je peux ressentir pendant ma lecture des événements de cette saga, et de ce volume en particulier.

Car la force de La Fureur de la Terre réside principalement dans la résolution des enjeux fabriqués dans les tomes précédents. C’est ce qui me frappe le plus lorsque je tente de faire sens de façon un peu plus technique de mon ressenti. Bien au delà de mes émotions et de ma connexion avec l’œuvre, j’aime bien savoir exactement ce qui a pu faire que je sois si embarqué, y compris à la seconde lecture, donnant de sentiment inexorable de montée en puissance au fil des tomes. Et je crois que c’est le souci du détail, le soin de Lionel Davoust à faire son texte tenir ses promesses. En démultipliant les points de vue et les possibilités, en nous donnant juste le bon nombres d’informations pour nous permettre de suivre tout en échafaudant des théories, il nous accroche sans cesse, ouvrant autant de portes qu’il en ferme, en ménageant la suspension consentie de l’incrédulité et une haute teneur en divertissement, sans pour autant sacrifier à l’émotion ou aux propos plus politiques, jusqu’à certaines réponses, qui frappent d’autant plus par leur évidence finale, leur consistance concrète. Il faut bien évidemment, encore une fois, saluer ce sacré sens du rythme et de l’équilibre que je n’arrive toujours pas à vraiment expliquer de façon rationnelle ; m’étant fait la remarque au fil de cette relecture que le même ouvrage écrit différemment, même un peu, aurait pu être diablement indigeste ou prétentieux. Je subodorerais volontiers un genre de sorcellerie. Et pourtant, il n’en est rien. Au contraire, malgré sa densité et sa longueur, il me semble que rien ou presque ne pourrait en être retiré ou y être ajouté sans prendre le risque de s’écrouler. Je me répète encore, cela va plus loin que de l’architecture ; Lionel Davoust est un démiurge.

On dit souvent, surtout de l’Imaginaire, qu’on lit pour s’évader. C’est une formule cliché à laquelle j’ai beaucoup de mal à adhérer, personnellement, sans doute parce que je fais une lecture très politique des ouvrages auxquels je consacre mon temps de lecture. Les qualités littéraires, techniques, des Dieux Sauvages ainsi que les valeurs que défend leur auteur font que j’y trouve largement mon compte de ce point de vue là ; sur lesquelles je n’insiste pas vraiment car elles me paraissent évidentes. J’insiste plus volontiers sur ce côté émotionnel parce qu’il me frappe d’autant plus qu’il est très rare pour moi, et que je souhaite à tout·e lecteurice de pouvoir en faire la même expérience, autant que je souhaite à Lionel Davoust toute la reconnaissance et le succès qu’il mérite à mes yeux. À savoir : le maximum.
Durant cette relecture, je souhaitais retrouver une citation bien précise, si chère à mon cœur qu’elle m’y est restée gravée, encapsulant à la perfection mon sentiment global à la lecture des ouvrages de cet auteur encore plus précieux dans mon parcours humain, tout comme le paradoxe émouvant de cette exception littéraire dans mon paysage et ma conception des choses. Cette citation, que je vous livre ici en guise de conclusion, en espérant qu’elle puisse trouver son chemin jusqu’à vous comme elle a pu le faire jusqu’à moi, ne nécessite, je crois, pas d’explications supplémentaires.

« L’espace d’un moment, il avait oublié la guerre. »

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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