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Impossible Planète – Episode 7

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Je déconne pas. Vous faites sûrement la même tête que nous quand on a regardé où on était censé aller, un mélange d’incrédulité, d’appréhension et d’excitation.
Mais pas de doute permis, l’adresse était très claire : une étoile solitaire, dans un système éloigné, à la bordure extérieure de la Fédération, littéralement à l’opposé de notre position, avec trois juridictions à traverser minimum pour y arriver. Mais entre le mystère et la confiance de Cap’, le choix était vite fait.
On a proposé un arrangement à Burrito, le genre difficile à refuser, vue sa situation, mais je trouve qu’on a été très généreux·ses. Il est de fait devenu un membre à part entière de l’équipage, avec quelques restrictions, le temps qu’il gagne réellement notre confiance, sous mon autorité directe, avec beaucoup de mes anciennes responsabilités, me permettant de me consacrer plus tranquillement à mes activités favorites. De fait, il est devenu un joker, en charge de toutes les corvées les plus ennuyeuses, mais avec un droit de parole sur nos délibérations ; après tout, c’était grâce à lui et ses copains qu’on avait une occasion telle que celle-là. Je vous le dis tout de suite, il a joué le jeu à fond, et on a très vite levé ces restrictions. C’est un mec cool, Burrito. Ne serait-ce que parce qu’il a accepté son surnom de bonne grâce, déjà ; l’autodérision, c’est une grande qualité.
Je vous évite la longue séquence de préparation avant le départ, qui, forcément, foutait le bordel dans notre organisation habituelle et nous faisait chambouler tout notre fonctionnement habituel. Je la fais courte ; on a divisé l’équipage en deux. Cap’, Andro et Tombal dans notre vaisseau, Larsen, Burrito et moi dans le second pour gérer Hector et piloter la capricieuse machine au mieux. J’en ai profité pour recycler certaines de mes vieilles machines de cuisine et nous permettre de ne pas toujours devoir mettre les vaisseaux en panne et les lier par le sas pour pouvoir manger correctement. Curieusement, c’est Tombal qui s’est collé à la cuisine, et malgré son sale caractère, il s’est révélé un apprenti tout à fait correct, bien que taiseux.
De son côté, Larsen a passé l’essentiel de ses premières journées à inventorier proprement tout le matos qu’on avait trouvé, avec pas mal de trouvailles inutiles mais très coûteuses qu’on espérait pouvoir refourguer à notre premier arrêt et faire fructifier en matériels, vivres et finances pour notre long voyage à venir.
Et puis on s’est mis en route.

La première semaine s’est déroulée sans le moindre accroc ; on a très vite trouvé un petit rythme tranquille, avec des pauses tous les deux jours pour lier les deux vaisseaux et s’accorder de réelles pauses en équipe complète. On ne voulait pas trop perdre de temps, et même si devoir se mettre en panne et s’aborder mutuellement était pas le truc le plus relou du monde, c’était toujours un moment un peu long. L’essentiel était surtout de ne pas trop perdre le contact humain, c’est quand même pas pareil de jouer aux charades par intercom ou en présentiel.
Et puis, au bout d’un moment on a établi un roulement entre les sous-équipages. D’abord parce que ça permettait d’éviter qu’on se marche trop dessus, ça évitait les frictions et les tensions, mais surtout, ça évitait de péter un câble à cause d’Hector. Avec les désactivations de ses sécurités et les arrangements que tentait d’y implémenter Andro ou Larsen, il avait beaucoup trop de moments insupportables. Genre la fois où il a refusé de déverrouiller le sas entre les deux vaisseaux parce qu’il était jaloux de notre IA originelle, arguant qu’on l’aimait plus que lui. Ce qui était vrai, hein, faut pas se mentir. C’est Tombal qui a le mieux résumé notre sentiment quand il lui a répondu, la plus longue phrase qu’il ait prononcé en plusieurs mois :

« Oui, on l’aime plus que toi, évidemment. Elle fait moins de choses, mais elle, elle ferme sa gueule quand on lui donne un ordre. Et elle obéit sans faire chier. »

Hector a déverrouillé le sas dans la seconde, et il a boudé pendant trois heures. Et par  »boudé », j’entends coupé l’oxygène par intermittence toutes les 3 minutes. Et de finir par dire :

« Ptet’ bien qu’elle ferme sa gueule, mais elle a aucune personnalité. J’vous manquerais si j’étais pas là. »

On a voté, et on était d’accord à 4 voix contre deux que c’était effectivement le cas. Et non, je vous dirai pas qui a voté contre lui, j’ai pas envie de réveiller de vieilles blessures. (C’était Tombal et Larsen). Parce que même s’il était (est) très pénible, il avait suffisamment de moments de gloire comique, y compris malgré-lui, et surtout, d’utilité pour justifier sa présence parmi nous. Comme la fois où il nous a évité une avarie majeure en nous signalant de justesse un nuage de débris microscopiques dans lequel on allait entrer et ruiner notre coque par les mots désormais célèbres :

« Attention les gens, vous risquez une sacré crise d’astéroïdes. »

C’est là qu’on voit qu’on est des pirates ; sur une flotte militaire, ce genre de sorties lui aurait valu un débranchage immédiat et sans sommation. Nous on a pouffé comme des cons et on a ajusté notre trajectoire.
Mais pardon, je m’égare de nouveau. Je l’aime bien Hector, malgré tout.
Le voyage, donc.

Le temps de trouver notre rythme, une forme satisfaisante d’organisation laissant la part belle à l’improvisation parce qu’on se refait pas, deux semaines ont passé. Franchement pas grand chose à signaler pendant cette période. L’inventaire était fait, on avait tout bien rangé pour passer le moins de temps possible à tout débarquer pour vendre ce qui nous paraissait inutile, organisé notre circuit de recel au sein du spatio-port dans lequel on avait choisi d’aller, encore une fois pour y passer le moins de temps possible. Le plan c’était évidemment de faire profil bas, en partant du constat qu’arriver à deux vaisseaux, dont un sans marquage fédéral, c’était pas franchement un bon point de départ.
Alors, bien sûr, on avait choisi un hub dans une zone franche, histoire d’éviter les contrôles au maximum, mais même dans le vide de l’espace, les nouvelles vont vite. On a une petite réputation, mine de rien, surtout dans ce genre d’endroits, fallait la jouer fine, autant que possible ; on est jamais à l’abri d’une mauvaise surprise. Ce qui explique surtout pourquoi on avait choisi celui-là en particulier, c’est qu’au moment de notre arrivée, une foire commerciale battait son plein. Le genre d’événement qui brouille les pistes et permet de refourguer pas mal de choses sans que trop de questions soient posées. Comme d’habitude, Larsen a joué de ses jolies petites compétences et connexions professionnelles et nous a dégotté un emplacement pas dégueu au milieu du vide-soute qui allait s’ouvrir le lendemain de notre arrivée. Sous un faux numéro d’identification, évidemment. Un plan tout simple comme on aime : on arrive tranquille, on se détend un petite soirée histoire de pas paraître pressés, on se fait quelques contacts, on reste un ou deux jours, on vire un maximum de volume sans trop faire les difficiles sur les prix, on refait le plein, on solde quelques comptes, et on s’en va.
 »Clic-clac-kodak, l’affaire est dans l’sac », comme dirait Hector. Me demandez pas d’où il sort ça, mais ça sonne bien, je trouve.
Mais ça, bien entendu, c’était la théorie. Puisque, comme j’espère vous l’avoir fait comprendre, ce voyage a avant tout été l’histoire de nos emmerdes successives. Et après vous avoir promis déjà un certain nombre de fois de vous les raconter, il serait peut-être temps pour moi d’enfin arrêter de jouer avec vos nerfs, galopin que je suis.

La première partie du plan s’est déroulée comme sur des roulettes, jusqu’au deuxième jour. On a débarqué dans le hub par la voie habituelle, on s’est déclaré, on nous a pas posé de questions, la routine. Et après tout, il n’y avait aucune raison d’en poser ; c’est tout le principe d’une zone franche. Des pirates qui débarquent avec un vaisseau qu’ils ont sans doute volé, t’as moins d’emmerdes en les laissant faire qu’en posant des questions malvenues dont les réponses risquent de te poser des problèmes à toi. Comme pour beaucoup de choses, cette tolérance était surtout une question de calculs statistiques. À venir vendre des choses dans leur vide-soute, avec le pourcentage automatique qu’ils prélevaient, on leur rapportait plus en liberté qu’en attente d’emprisonnement par la Fédération. Sans compter nos dépenses dans les bars ou les magasins de vente en gros ou d’équipements.
Mais que cette tolérance et ce genre de calculs ne vous laissent pas croire qu’il n’y a pas de règles à respecter dans ce genre d’endroits, attention. Au contraire, même. Pas de violences, pas d’arnaques, et surtout, un respect drastique des interdictions de vente fédérales. La Fédération étant très très tatillonne – et réactive – sur certains aspects de la contrebande et de la vente de produits prohibés, même les hubs dans ce genre jouent le jeu. Une sorte d’accord tacite. La Fédération évite de se faire chier à venir démanteler ce genre d’endroits, parce que ce serait aussi coûteux qu’emmerdant (et impopulaire), mais quand même, il s’agirait de pas pousser le bouchon trop loin : les croiseurs stellaires ne sont jamais vraiment loin. S’agirait de pas oublier qui c’est la patronne.
Et donc, ce qui s’est passé, c’est qu’en faisant l’inventaire du vaisseau et de nos produits à vendre, Larsen n’a pas pris la peine de scanner en profondeur certains de nos équipements. Se fiant, comme qui dirait, à l’emballage, aux étiquettes, et à la parole (sincère) de Burrito. Ce dont nous ne le blâmons pas. Vraiment, puisque ça ne nous est pas venu à l’esprit non plus. Il aurait fallu se douter qu’il y avait anguille sous roche pour prendre cette peine. Seulement voilà, un agent du vide-soute un peu zélé, par curiosité, lui, est venu mettre un p’tit coup de scanner dans une de nos caisses. Oh bah tiens, des cristaux de flux Agrëins ! Interdits à la vente publique depuis des dizaines d’éons par la Fédération. Planqués dans une centrifugeuse. À sa décharge, ça ressemblait franchement à ce qu’il était censé débusquer et éviter dans la foire commerciale pour éviter la légitime ire de ses supérieurs. Il faisait juste son travail, et il le faisait bien. Il était même poli. Alors que franchement, des cristaux de flux, c’est pas rien, il aurait pu être autrement agressif ou arrogant.
Il a pas vraiment cru l’histoire que je lui ai vendue sur le coup, à base de surplus retrouvés chez un vieux copain qui déménageait et qu’on avait pas pris le temps de vérifier, et à raison ; mais je cherchais avant tout à gagner du temps pour le reste de l’équipage. Dispersé·e·s dans le reste du hub, iels entendaient toute la conversation, puisque j’avais enclenché le comlink général à l’instant où le scanner de l’agent avait détecté quelque chose de suspect. Je savais qu’Andro et moi étions cuits pour le moment, il fallait que les autres puissent s’organiser pour nous sortir de ce pétrin en vitesse tou·te·s ensemble. Tout en essayant de préserver l’essentiel de notre plan logistique, mais c’était mal barré, puisque l’essentiel de nos reventes et achats de gros auraient dû se faire sur la fin du dernier jour.
Franchement, à ce moment-là, je faisais pas le fier. Je nous voyais bien, Andro et moi, en taule, à attendre l’arrivée des Feds pendant que le reste de l’équipage se résignait à nous laisser sur place.
Mais, c’est à ce moment que Burrito nous a montré qu’il avait des ressources, et un certain sens de la loyauté, en plus de pas être un ingrat.

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3 comments on “Impossible Planète – Episode 7

  1. muriellerochebrunet dit :

    Moi, je ne suis pas comme mon ami Hector, je ne boude pas mon plaisir !

    Aimé par 1 personne

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