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Les Dieux Sauvages T2 – Le Verrou du Fleuve, Lionel Davoust

In Flames – Black & White (extrait de l’album Reroute to Remain)
Pentakill – Infinity Edge (extrait de l’album II : Grasp of the Undying)

En reprenant en mains Le Verrou du Fleuve, je me suis rappelé l’émotion qui avait été la mienne la première fois. Une suite, c’est de base quelque chose de compliqué ; mais encore plus lorsqu’il s’agit de donner suite à quelque chose qui vous a si profondément convaincu. Quand le premier volume d’une saga vous a donné le sentiment de taper si juste, si fort, que vous avez l’impression d’avoir vécu quelque chose de spécial, d’unique, le deuxième volume porte sur ses épaules une responsabilité infinie. Je savais, à l’époque, qu’une faute de sa part signait la fin de ma fidélité à Lionel Davoust et son univers. Et pourtant, je savais tout autant qu’il n’en serait rien. La confiance était là, et elle était déjà quasi inébranlable ; l’enjeu était plutôt de savoir à quel point j’allais devoir baver seul dans mon coin sur les promesses des tomes à suivre une fois terminé.
Et aujourd’hui, à la relecture, force est de constater que l’ampleur du choc reste globalement intact. Parce que j’avais beau savoir à quoi m’attendre, j’ai quand même eu le luxe d’être surpris de nouveau, et toujours autant séduit ; Le Verrou du Fleuve entamant la merveilleuse tradition des Dieux Sauvages faisant que chaque tome est meilleur que son prédécesseur (imaginez le niveau à venir du quatrième). Mais trêve de stérile flagornerie, entrons dans le vif du sujet : pourquoi donc ce deuxième volume est-il si largement à la hauteur du premier qu’il le surpasse ?

L’armée d’Aska est aux portes de Loered, le Verrou du Fleuve, et ultime rempart à une invasion de la Rhovelle. Face à Ganner et ses abominations, l’espoir est mince, tant et si bien que malgré son manque de foi, le gouverneur-duc de la ville fortifiée dépêche un émissaire pour tenter de faire venir Mériane en ses murs et combattre aux côtés de ses troupes.

Commençons par l’évidence : si La Messagère du Ciel faisait œuvre d’exposition, Le Verrou du Fleuve fait plutôt la part belle à l’action. Et le fait bien, évidemment. Maintenant que la plupart des enjeux ont été clairement posés, il est temps de les exploiter au mieux en les confrontant à la terrible réalité de la guerre. Le changement de rythme est spectaculaire, et d’autant plus efficace qu’il profite à merveille de tout le travail de mise en place effectué en amont, ne nécessitant que de courts et ponctuels rappels narratifs qui se coulent à merveille dans le récit sans l’alourdir. Lionel Davoust ménage à merveille l’équilibre entre la nécessité régulière de tout de même nous rafraîchir la mémoire et celle de nous faire tout simplement confiance pour raccrocher les wagons lorsque cela est important ; un équilibre important autant que délicat dans une saga se voulant aussi dense que celle des Dieux Sauvages.
La force d’un tel équilibre est qu’il permet de déployer avec d’autant plus d’aisance de nouveaux éléments au milieu de ceux que l’on identifie désormais comme familiers, démultipliant les enjeux sans pour autant complexifier à l’extrême ce dont il était déjà question. Il ne s’agit pas d’alourdir la sauce, il ne s’agit que de lui donner encore plus de saveur, par petites touches. En nous racontant cette histoire par de multiples points de vue, il s’agit tout autant de jouer avec l’ironie dramatique qu’avec nos nerfs, ménageant un suspense à plusieurs vitesses. Des détails viennent se glisser un peu partout, entre les dialogues et les descriptions ou pensées des personnages, laissant voir aux lecteurices attentif·ve·s des éléments d’événements à venir ou les justifiant à l’avance, parfois avec une distance qui témoigne du sens de la prévoyance de Lionel Davoust.

Ce qui est merveilleux, à mes yeux, c’est que malgré la densité de cette saga et la multiplicité de ses intrigues, et donc de ses enjeux, on ne s’y perd jamais, malgré un incessant jeu de pistes et de spéculations, qui commence réellement à prendre tout sa mesure ici. Beaucoup d’éléments, anciens comme nouveaux, prennent une nouvelle mesure au fil des lignes et des péripéties que traversent nos personnages, laissant planer un épais voile de mystère au dessus d’une intrigue qui aurait aisément pu être désarmante de simplicité. Mais en agrémentant le conflit entre Aska et Wer d’enjeux autrement plus humains, au delà de la politique de la Rhovelle, en creusant en profondeur ses personnages, en leur donnant une réelle complexité et un souffle si organique ; on s’attache tout autant à eux qu’à leurs destins croisés.
À cet égard, je reviens encore sur la notion d’équilibre qui ma parait précieuse lorsqu’on aborde ces romans, qui laisse une grande place à la nuance. J’apprécie plus que tout le reste le fait qu’aucun des personnages ou presque n’est unidimensionnel ou archétypal. Je ne saurais dire avec précision si Lionel Davoust s’échine à vouloir esquiver les clichés habituels et le fait si bien à force de travail ou si ses personnages sont si humains qu’ils échappent à tous ces écueils par le simple fait d’exister avec tant de puissance. Mention spéciale à Ganner, à cet égard, dont j’avais oublié à quel point il constituait un paradoxe ambulant d’une crédibilité impeccable et, de fait, un des personnages les plus captivants de la saga ; d’autant plus appréciable que ses apparitions sont bien distillées.

Dans l’ensemble, il faut bien dire que tous les compliments que je pouvais adresser au premier tome se retrouvent ici avec la même intensité et la même ferveur de ma part ; il serait inutile et redondant de les répéter dans le détail. Cependant, il me faut faire un détour sur certains des éléments plus nouveaux, à commencer par l’action qui prend une bonne partie de l’ouvrage, et le fait, évidemment, excessivement bien. À tel point que lors de ma première lecture, je me souviens avoir été tellement soufflé par la conclusion de la première partie du roman qu’il m’avait fallu mettre ma lecture en pause quelques heures, le temps de me remettre de mes émotions. Une telle intensité, une telle précision dans l’exécution des événements, tout comme la nature desdits événements, m’avaient laissé le souffle court et le cœur serré. Moi qui suis rarement physiquement affecté par ce que je lis, c’était un moment privilégié ; qui m’est revenu comme un boomerang lors de cette seconde lecture. Il faut dire ce qui est, certains passages de ce roman ne sont pas simples à appréhender, car Lionel Davoust ne nous épargne rien. Et pour autant, il le fait avec toujours, en filigrane, cette délicatesse qui lui est propre et que je n’arrive toujours pas à complètement m’expliquer. Comme si la sagesse qu’il cherche à développer lui prêtait parfois main-forte pour avoir le mot, l’image juste au bon moment, toujours, pour parvenir à ses fins.
À cet égard d’ailleurs, il me faut encore tirer mon chapeau aux dialogues ciselés, dont le ton parvient toujours à rendre à la perfection des différents caractères et éducations de cielles dont nous lisons les mots, entre la fruste mais diablement attachante Chunsène (à jamais dans mon cœur), le subtil et malicieux Maragal, ou la mystérieuse Nehyr, pour ne citer qu’iels. Et comme je le disais plus haut, ces dialogues, au delà de permettre des respirations bienvenues au milieu de l’action enfiévrée de ce volume, sont autant d’occasions pour Lionel Davoust de continuer à explorer son univers autant que les psychés ou les destins de ses personnages, autant d’outils qui lui permettent de continuer à poser des questions pertinentes sur notre façon d’être au monde. Chaque personnage, au travers de son propre rapport aux péripéties et atermoiements qu’il traverse, nous interroge à sa façon, mettant en lumière les contradictions et difficultés auxquelles nous sommes tou·te·s confronté·e·s, en changeant simplement la perspective au travers du prisme de la fiction.

Le fait est qu’en dehors des ajouts conceptuels et thématiques qui sont autant de réussites, il n’y a pas beaucoup de choses à saluer dans ce roman que je n’ai pas déjà salué dans le tome précédent. Le Verrou Du Fleuve fait office de déflagration après l’allumage de la mèche de La Messagère du Ciel. Basiquement, on prend les mêmes, on recommence, mais on fait ça bien en renouvelant une partie des enjeux, avec une sacrée dose de malice. On est plongé en plein milieu d’un conflit âpre, complexe, aux implications aussi multiples que riches, dont on se fait déposséder dès qu’on croit vraiment les avoir saisies, mais toujours à portée de main ; on est en permanence tenu en haleine. Lionel Davoust nous donne autant qu’il nous cache, et dévoile des pans de la tapisserie de cette fabuleuse saga au fur et à mesure qu’il la tisse dans notre angle mort. Chaque détail qu’on remarque ou croit remarquer est un indice potentiel pour la suite comme une potentielle fausse piste, autant de petits signaux qu’on se plait à scruter et accumuler pour pouvoir spéculer au mieux sur la suite des événements, que ce soit la guerre à Loered ou la politique à Ker Vasthrion. Encore une fois, rien n’est vain, et on se passionne à tout suivre, car on sent que tout à une importance, un potentiel d’impact, et plus on s’intéresse, plus on s’attache ; on craint comme on anticipe avec le même enthousiasme.

Autant dire que je demeure toujours aussi fan que je l’étais lors de ma première lecture, pour ne pas dire que je le suis encore plus. À la relecture je redécouvre des détails qui m’avaient échappés, remettant en ordre des souvenirs un peu plus flous que je le croyais, me permettant de remettre encore un peu plus en perspective mes opinions et réflexions pour le troisième volume à venir dans mon programme de relecture, avant ma totale découverte du quatrième tome. Il y a dans la littérature de Lionel Davoust, je me répète, un plaisir inouï lié au choix qu’on peut faire de se laisser totalement porter ou d’être absolument sur ses gardes afin de déceler le travail sous-jacent dans l’intégralité de l’œuvre, exprimant avec subtilité un incroyable nombre de choses sans jamais se perdre en prenant le risque de l’exprimer directement et de perdre de fait en potentiel d’impact. Si on repère l’information, on a le plaisir de prendre de l’avance et de saisir l’ironie dramatique, avec ce que cela implique de suspense, et si on ne la repère pas, on a l’autre plaisir d’être complètement pris par surprise, avec la satisfaction de se rendre compte a posteriori que tout se tenait. C’est là aussi la marque d’un travail de grande qualité.
Si Le Verrou du Fleuve, à mes yeux, est meilleur que La Messagère du Ciel, ce n’est pas tant parce qu’il s’en démarque que parce qu’il effectue, au contraire, une quasi parfaite continuité. Il tient les promesses de son prédécesseur tout en en faisant de nouvelles, dont on sent qu’on peut avoir confiance en elles. Je sais de source sûre que ces promesses, encore une fois, seront effectivement tenues, mais également, encore une fois, surpassées.
Je vous donne rendez-vous pour la prochaine chronique donc, qui portera sur La Fureur de la Terre, dont je sais déjà que je vais avoir beaucoup de choses à dire, et surtout du bien, parce qu’on ne se refait pas.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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