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Impossible Planète – Episode 6

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Première chose qu’on a faite, c’est bien entendu de désactiver la sécurité dont nous avait parlé Burrito. Enfin,  »désactiver », un bien grand mot, puisqu’elle n’était pas enclenchée ; ce qui nous a laissé bien bêtes, mais pas autant que notre copain, puisqu’il ne comprenait pas comment c’était possible, avec les protocoles de sécurité qui auraient dû être en place.
Même surprise au moment de désactiver les défenses d’Hector, déjà inopérantes. Toute notre inquiétude et nos précautions pour rien, donc, mais pas dénuées de fondement. Des pros, je vous dis. Rires un peu gênés dans l’équipage, mais questionnement tout de même sur les raisons qui avaient pu pousser l’équipage précédent à désactiver quasiment tous les protocoles de sécurité juste avant de mourir.
Ce qui nous a directement amené à examiner les logs afin d’y trouver notre réponse.
Et c’est là que je vous parle d’Hector un peu plus en détail, parce que c’est un sacré morceau. Hector n’est pas qu’une IA à conscience simulée. Je ne sais plus si je vous l’ai dit, mais il était comme qui dirait livré en cadeau avec le vaisseau ; un prototype dans un prototype, aucun des deux n’étant réellement prêt à l’usage, surtout lui. Ce qui explique à la fois la petite taille du vaisseau et le manque d’efficacité d’Hector en tant qu’IA hôte, due en grande partie à sa mauvaise volonté. Parce qu’il faut bien comprendre qu’Hector, ce cher Hector, au moment où il a été volé par Burrito et ses copains, n’était pas encore terminé, loin de là. Je vous épargne les détails techniques qui nous ont gentiment été fournis, mais en gros, dans le côté  »conscience simulée » d’Hector, ils n’avaient réellement incorporé que le sens de l’humour et la capacité d’abstraction. Le reste n’était que du code classique d’IA hôte. Et comme l’informatique c’est long, chiant et compliqué, bah il est rempli de bugs. Il est fonctionnel hein, mais en gros, tant que tu lui demandes pas clairement de faire quelque chose qui rentre dans ses pré-requis, il te pourrit la vie, parce qu’il trouve ça drôle. Et même quand il t’obéit, il te fait des remarques désobligeantes. Même si bien entendu, il est programmé pour ne pas attenter à la vie de son équipage ou le mettre directement en danger, il a tendance à prendre des largesses avec ces définitions, parce qu’il n’a pas eu le temps de vraiment apprendre toutes les nuances essentielles. Disons qu’il intègre les risques de chaque situation avec la maturité et l’expérience d’un gamin de quinze ans qui vient de se remettre d’une chute en aéro-skate ; ça va, on se calme, personne n’est mort. Je suis même sûr de l’avoir entendu dire « de toute façon t’es pas ma mère » à Cap’ à un moment. Voyez le genre.
Pour un programme créé, au départ, pour amener plus de bonne humeur et d’ambiance dans la vie d’un équipage en étant capable de faire de l’humour, de rebondir sur les conversations des membres, tout en s’occupant de la logistique et de l’organisation générale, c’est quand même ballot. Mais voilà, il aurait fallu le voler un peu plus tardivement dans son développement pour en avoir une meilleure version. Une qui ne serait pas si bêta, comme dirait Larsen, parce que Larsen, c’est un p’tit malin. Tant pis, quoi. Là, vous pourriez croire que je digresse encore, et je confesse, c’est tout à fait mon genre ; sauf que non, pas du tout. Au contraire, je contextualise. Ce caractère à la con d’Hector et ses innombrables défauts sont précisément les raisons pour lesquelles toutes ses sécurités avaient été désactivées. Je vous explique.

Les logs remontaient à deux semaines et demie, ils démarraient pile la journée après leur évasion, à l’initiative de celui qui était semble-t-il le leader du groupe, sur lequel je m’étendrai pas ; par respect d’abord, mais aussi parce qu’on s’en fout. Je vous passe les détails sur la vie de l’équipage pendant la première semaine, c’est aussi chiant qu’inintéressant, et en plus je me souviens de rien. Mais première surprise : la version de Burrito se vérifiait complètement. Honnêtement, on s’y attendait pas. Et lui non plus d’ailleurs, il était pas confiant ; il nous a même avoué qu’il avait des doutes et aurait pas été surpris de se voir faire des trucs dont il se souvenait pas, à cause d’une fièvre ou d’une connerie du genre. Mais non, il était clean. Ce qui nous a tou·te·s bien détendu·e·s, d’un coup, mine de rien. Enfin, autant que possible, au vu des circonstances.
Mais là, je m’égare. Et donc oui, en effet, au bout de seulement 6 jours, on a vu apparaître les symptômes, s’aggravant assez terriblement, en l’espace de seulement 36 heures. Encore une fois je vous épargne les détails, mais au bout de quelques jours, deux membres morts, passés par le sas faute d’une meilleure solution, des conversations qui font état de la détresse de l’équipage – enfin de ce qui en restait – et de leur totale panique, encore une fois impossible à contrefaire dans des moments pareils. On peut faire semblant de pleurer, mais l’abattement total, la détresse de voir son avenir s’écrouler en même que les amis avec lesquels on a tenté de le construire c’est quelque chose d’absolument inimitable. Burrito est sorti de la pièce, d’ailleurs, en revoyant ces images. On l’a laissé pleurer dans son coin sans l’embêter tant qu’il était pas indispensable. Non seulement on se disait qu’il avait besoin d’être seul, mais en plus on était trop captivé par cette histoire. On avait besoin de savoir.
Ce qui nous amène à la (grosse) semaine de cryo-stase. Comme il nous avait dit, il était le seul à ne pas être touché par ce qu’on a choisi d’appeler  »le virus ». Chance ou ruse très élaborée, aucune réelle preuve dans un sens ou dans l’autre. Mais il semblait avoir peur de toucher ses camarades, au delà d’être atteint profondément par leurs morts. Je sais que je me répète à ce sujet, désolé, mais c’était vraiment marquant. On est longtemps resté partagé·e·s sur son cas, mais j’ai toujours été de son côté, dès le départ.
Et puis de toute façon on avait besoin de lui pour opérer le vaisseau et Hector tant que nos voix n’étaient pas dans les registres. Sans parler du fait qu’on avait besoin de lui pour les y mettre. Ce qui nous amène au moment où Burrito, bien malgré-lui, a gagné son surnom, quand ses collègues l’ont endormi, on effectué la transfusion de cryo-gel, et ont calé son corps tout bleu derrière la cloison, là où on l’a trouvé, après y avoir inséré tout ce qu’on a pu y trouver.
Ensuite, ils se sont enfermé dans le poste de pilotage, sachant très bien qu’il ne leur restait plus très longtemps, et ont essayé de déterminer la meilleure manière de donner une chance à leur copain de s’en sortir. Et c’est là qu’ils ont décidé de désactiver les sécurités d’Hector. Ce qui peut paraître con, j’en conviens, mais qui fait sens, finalement, pour plusieurs raisons.
La première étant la découverte tardive mais essentielle d’un protocole de localisation planqué dans le code de l’IA en cas de mise en danger de l’équipage ; un truc qui aurait prévenu la firme à l’instant où Hector aurait cessé de détecter le moindre signe d’activité vitale à bord, sans doute installé en même temps que le diffuseur du  »virus », qu’on a jamais retrouvé ni identifié. Et comme, bien entendu, la stase, comme son nom l’indique, met en pause les signes vitaux, la firme aurait été au courant à l’instant où Burrito aurait été seul à bord et cliniquement mort. Pas vraiment le but recherché pour la bande de voleurs, et une preuve supplémentaire que voler ce vaisseau en plus de l’artefact était une foutrement mauvaise idée. Les vieux vaisseaux, ils vous préparent peut-être pas le petit-déjeuner pendant que vous faites dodo, mais ils vous balancent pas à leurs anciens propriétaires. Eh ouais.
La deuxième, c’était bien entendu le souci du protocole d’auto-destruction qu’ils ont découvert à peu près en même temps, comme on l’avait anticipé, bien qu’il soit un peu plus compliqué, dépendant de conditions multiples qui s’entrecroisaient, avec tout un tas d’ordres de priorités différents. Encore une fois, je suis super sympa, je vous épargne les détails.
La troisième, qui regroupe un peu les deux premières, c’était surtout qu’Hector était, effectivement, tout pourri de bugs. Genre une ligne de code pour deux bugs ; même si je suis pas certain que ce que je dise fasse vraiment sens. C’est Larsen et Andro qui gèrent ce genre de détails, et ils ont pas su être clairs au moment de nous expliquer. Mais l’idée c’est juste qu’Hector tenait plus du projet de fin de cycle à l’université que d’une réelle IA révolutionnaire, et surtout que ses multiples protocoles de sécurité, avec ce qu’ils impliquaient comme possibilité de destruction, étaient foutrement dangereux. Je crois qu’entre deux crises de vomissure de sang, un des deux derniers survivants a dit :

« C’est déjà un putain de miracle qu’il n’ait pas encore décidé de faire sauter le vaisseau juste parce qu’on lui a mal parlé. »

Et donc, en toute logique, l’une de leurs dernières mesures a été de désactiver toutes les mesures en bloc pour ne prendre aucun risque supplémentaire. Ils ont fini par ne donner comme prime directive à Hector que d’assurer la survie et la sécurité du vaisseau, en lui ordonnant d’attendre la moindre opportunité de sauvetage ou de contact, tout en fuyant le moindre signe de la firme. Ce qui expliquait que notre bluff ait fonctionné à l’abordage : il n’avait pas fonctionné, en fait. C’était un peu vexant, mais nettement plus logique. Hector avait été réduit à l’état d’IA hôte avec quelques features supplémentaires pas bien utiles aux prérogatives simples.
Les deux collègues de Burrito ont donc tout juste eu le temps de modifier à l’arrache le code d’Hector, d’isoler la soute et de s’enfermer dans le poste de pilotage avant d’ordonner un nettoyage complet du vaisseau. En gros, une mise en panne temporaire de tous les équipements non-vitaux et une ouverture du sas sur l’espace pendant quelques secondes, histoire de littéralement faire le ménage par le vide. Cette manœuvre audacieuse expliquant une partie des caisses mal assurées, ayant souffert de l’effet d’aspiration, mais aussi l’absence quasi totale de signes vitaux sur le vaisseau, morts avec le froid de l’espace. Et puis hop, on referme le sas, on rouvre la soute, et on attend.
Et là dessus, une semaine de rien, qu’on a pas traîné à examiner. Burrito dans la soute, attendant notre arrivée sans le savoir, rien à signaler en dehors de quelques moments d’ennui d’Hector qui se mettait à chantonner ou jouait avec les lumières du vaisseau dans les limites du stock d’énergie dont il disposait tant qu’il était en mode  »survie », et donc sans trop de contraintes comportementales.
Voilà. Ça nous a pris trois grosses heures de tout revisionner et d’en discuter entre nous, histoire de définitivement décider ce qu’on allait faire de toutes ces infos. La deuxième partie a été bien plus expéditive, puisque Cap’ a tranché au bout de quelques minutes. C’est gravé dans ma mémoire, elle a eu une classe folle quand elle a levé la main, les yeux mi-clos, pour nous faire taire, et qu’elle a juste dit :

« Prérogative de Capitaine. On y va. C’est le coup de notre vie, croyez moi. »

On l’a crue, et on avait confiance en elle, alors on n’a pas discuté sa décision.
Même si on a fini par discuter, quand même, quand on a vu la destination rentrée dans le pilote automatique du vaisseau au moment de le remettre en marche.
Il a fallu qu’on vérifie trois ou quatre fois, pour être bien sûr qu’il n’y avait pas d’erreur, qu’on redemande à Burrito si lui et ses collègues ne s’étaient pas trompés, dans la précipitation. Mais il a confirmé, et face à notre incrédulité, nous a affirmé que l’adresse était bonne, qu’ils n’avaient simplement pas pu vérifier sur un atlas stellaire. Ce qui est logique, puisque l’accès à ces trucs est très strictement réglementé et très, très cher, évidemment. Nous on a piraté le nôtre il y a très longtemps, et Larsen s’efforce de le garder à jour.
On a eu comme un doute, mais on s’est dit qu’il fallait qu’on en ait le cœur net.
Puisque notre destination semblait être le cœur d’une étoile.

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4 comments on “Impossible Planète – Episode 6

  1. Comment ne pas fondre à l’approche du cœur d’une étoile ? Question rhétorique, hein. Vivement la suite !

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Réponse peut-être au prochain épisode. =)
      Merci beaucoup.

      J'aime

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