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Les Dieux Sauvages T4 – L’Héritage de l’Empire, Lionel Davoust

Charlie Winston – In Your Hands (extrait de l’album Hobo)
In Flames – Cloud Connected (extrait de l’album Reroute to Remain)

Vous vous doutez bien que si j’ai décidé de reprendre tous les volumes des Dieux Sauvages à la suite, au delà de mon ambition de chroniquer tout ce que je peux de son auteur sur ce blog, c’était aussi parce que je voulais être absolument certain d’avoir tous les éléments possibles à ma disposition pour entamer la lecture du dernier volume inédit. Entre la densité des informations, les évolutions respectives des personnages et toutes les complications que cela pouvait impliquer, il me semblait devoir être paré au mieux afin de vérifier que la montée en puissance qui semblait inexorable de tome en tome continuait sur sa lancée.
J’ai bien fait.
Non seulement parce que Les Dieux Sauvages m’ont confirmé au fil de ma relecture leur immense richesse, autant que le talent de leur auteur, ce qui est un plaisir indéniable. Mais aussi parce que j’ai pu remarquer, toujours avec cette obsession analytique que je n’avais pas autant développée au fil de mes premières lectures, quelques détails de fonctionnement de Lionel Davoust. Quelques processus au sein de son écriture, de cette architecture démiurgique sous-tendant l’ensemble, permettant aux lecteurices les plus perspicaces de noter des éléments, des indices, constituant autant de fausses pistes pour anticiper ce qui s’en vient ; dans un intense jeu du chat et de la souris littéraire. Ou une saga épique aux proportions homériques follement divertissante, selon votre perception et vos attentes propres.
Nul besoin de suspens superflu, évidemment que j’ai été conquis, encore une fois. Et je m’en vais essayer d’expliquer pourquoi, encore une fois.

Mériane a tenu sa promesse de tenir Loered, même s’il faut bien admettre que selon beaucoup de définitions, elle a échoué. Mais l’heure n’est pas aux finasseries, il faut maintenant se consacrer à ses autres promesses, car la guerre n’est pas finie ; elle ne fait même que commencer. Mais de tous côtés les menaces nouvelles se multiplient, y compris et surtout là où elles étaient les plus inattendues, entre révélations, trahisons et évolutions de la nature du conflit.

Pour une fois, je commencerais par un constat un peu négatif, même si je le tempérerai au mieux par la suite. Je ne saurais dire exactement si c’est le rythme de lecture que je me suis imposé moi-même, le fait d’enchaîner les 4 tomes de la saga à la suite ou un défaut réel de L’Héritage de l’Empire ; mais le fait est que pour la première fois, j’ai constaté quelques légers défauts de rythme dans la narration générale de ce volume. Quelques occurrences de ralentissement dans la fluidité de l’ensemble auxquelles je n’avais certainement pas été habitué. En partant du principe que je me suis effectivement poussé un peu trop fort pour me remettre à ma lecture à la moindre occasion, je dirais que le reproche est exceptionnellement mineur, voire insignifiant. En partant du principe inverse et d’une faute inhérente à l’ouvrage, je dirais que le perfectionnisme de Lionel Davoust l’a peut-être poussé à vouloir être parfois trop précis, trop complet, nous laissant à lire des séquences qui ne méritaient peut-être pas tant d’attention, ou certaines pas avec tant de détails. Ceci étant dit, sur un ouvrage de plus de 900 pages, je me suis surpris à zapper quelques lignes si rarement, et avec tant d’empressement que je dirais que la faute – si faute il y a en effet – est partagée ; ou qu’en tout cas, il faut la tempérer par l’ambition constante de raconter tant de choses complexes à la fois. Si parfois je me suis surpris à vouloir aller plus vite que le texte, c’était d’abord et avant tout parce que je voulais arriver plus vite à la suite.

Si La Fureur de la Terre pouvait sembler faire dans la révélation, L’Héritage de l’Empire fait dans la résolution. Lionel Davoust s’emploie à nous donner bon nombres de réponses définitives, fixant certaines de nos intuitions, écrasant les fausses pistes, répondant à beaucoup de questions qui avaient pu rester en suspens tout en prenant le temps de nous rappeler celles qu’on avait oublié de se poser. Mais encore une fois, on ne se retrouve jamais perdu, parce que la force principale de l’ouvrage, à l’instar de la saga, c’est que tout fait sens. Certes, certaines réponses peuvent ne pas nous plaire (et bordel, comme certaines font mal), mais toutes sont logiques. D’abord parce que la narration, comme toujours, est d’une remarquable fluidité, et intègre tous ses éléments les uns après les autres sans le moindre accroc, ce qui aide à éviter de poser des questions gênantes ; mais surtout, lorsque comme moi on s’échine à essayer de tout voir venir, il n’y a pas de défaut à remarquer. Car Lionel Davoust prépare tout et laisse traîner des indices partout, qui, quand on les remarque, permettent, même inconsciemment, de se préparer. Dans mon cas précis, j’avais vu venir au moins deux des plus grosses révélations de ce tome, mais que ce soit leurs natures comme leurs exécutions étaient tellement parfaites qu’elles m’ont quand même cueilli à l’estomac lors de leurs lectures.

C’est la récompense d’un storytelling au long cours d’une telle exigence, sachant prendre son temps, laissant de l’espace à un maximum de nuances et à la psychologie des personnages pour ne pas avoir à toujours justifier a posteriori de leurs prises de décisions. Au contraire, par la multiplicité des points de vue et l’intériorité psychologique que Lionel Davoust cultive depuis le tout premier volume, on trouve une certaine possibilité d’anticipation au travers des ellipses et des dialogues, ne payant pas toujours mais trouvant une parfaite justification, entre les errements des esprits humains ou simplement les conséquences des circonstances ou de l’éducation. Ainsi on peut se laisser surprendre, puis comprendre et saluer la logique, ou voir arriver avec appréhension, serrer les dents au moment où ça arrive, et déglutir, puis passer à autre chose. Nul doute que le lien émotionnel avec les personnages joue un rôle important, voire essentiel dans le processus ; si Chunsène n’est pas, comme pour moi, votre personnage favori depuis le départ, ou que Nehyr, Leopol, Erwel, Izara ou Mériane (pour ne citer qu’iels) ne vous émeuvent pas un minimum, forcément, ça risque d’être un peu plus difficile de vous sentir concerné·e·s. Mais il faut a minima saluer le travail de construction de leur auteur, qui se donne un mal fou pour faire que toutes leurs décisions soient motivées et cohérentes, tout en intégrant leurs péripéties et les évolutions qu’elles suggèrent à leurs processus de pensée. J’ai ainsi pu être déçu ou agréablement surpris de la décision prise par un personnage, mais jamais je ne me suis estimé floué par un scénario qui aurait pris ses libertés avec une personnalité établie pour le principe d’un retournement de situation. Au contraire même, je me suis retrouvé parfois déçu par une décision prise ou une analyse faite par un personnage, pour me rendre compte avec d’autant plus de plaisir que c’était parfaitement logique, anticipant d’autant plus la suite que cela allait donner aux événements. J’étais déçu par le personnage, pas par l’histoire : c’est bien le signe que j’étais pris aux tripes, à chaque fois.

De ce point de vue là, il me faut d’ailleurs encore saluer bien bas ce sacré sens de l’équilibre que j’ai pu constater avec grand plaisir au fil des volumes précédents, entre la résolution des événements, les dialogues encore plus chargés en réflexions passionnantes et punchlines qu’auparavant (mention spéciale à Chunsène, icône badass) ; mais aussi l’alternance entre l’action, les scènes intimistes, les points de vue des différents camps, laissant une immense part à cette nuance que j’apprécie tant de lire chez Lionel Davoust. La lumière côtoie en permanence l’obscurité, et vice-versa, faisant cohabiter en nous des émotions contradictoires, nous montrant que la raison est trop souvent voisine du tort, et au moins aussi régulièrement nourrie des mêmes nobles intentions. Car si Ganner est un salopard, il n’en reste pas moins un salopard sincère, ce qui le rend absolument fascinant, autrement moins désagréable à lire qu’un Guil Redel qui se contente d’être l’absolue lie de l’humanité, un chef d’oeuvre de crasse mentale pour lequel les superlatifs ne seront jamais suffisants, tout aussi fascinant, mais plutôt comme un carambolage évolutionnaire dont on arrive pas à détourner le regard. Si Les Dieux Sauvages ne devaient avoir qu’un seul mérite, ce serait peut-être celui de nous rappeler la complexité de notre existence toute entière et les complications que suggère le simple fait d’être en vie ; sans parler du fait de devoir vivre en société et dépendre les un·e·s des autres.

Mais bien entendu, les mérites de cette saga singulière sont multiples et je n’en ferai jamais vraiment le tour, ne serait-ce que parce que j’aurais trop peur de ne pas rendre suffisamment justice à l’ambition de leur auteur. Je ne me suis jamais réellement penché ici sur les aspects religieux et sociaux de ce récit, tout simplement parce que j’estimais qu’ils étaient aussi évidents qu’évidemment réussis. Évoquer le talent de nuance et de précision de Lionel Davoust me parait toutefois une occasion idéal d’y faire un rapide détour, puisqu’il s’exprime particulièrement puissamment dans ce volume, liant les deux au travers de ses différents prismes, parvenant à faire la somme de presque tous les constats possibles sur la nature même de la religion avec un sens de la synthèse et une sagesse qui forcent mon respect. Que ce soient Maragal, Mériane, Léopol, Beltan ap Ker Vasthrion, Ganner ou tant d’autres, chaque personnage incarne un rapport socio-religieux bien précis au divin et permet, au travers de leurs confrontations, intérieures comme extérieures, de faire résonner un sacré paquet de questions avec une sacrée puissance, sans jamais perdre ce souffle que j’aime et respecte tant, ou faire paraître ces réflexions artificielles. À l’échelle de quelque chose comme 3000 pages, c’est quand même diablement impressionnant, tant dans la constance que dans la qualité, d’autant plus quand j’ai senti résonner certaines de ses réflexions au delà de ce prisme, et depuis des sources multiples. Puissant, comme sentiment. Foutrement grisant, même.

Le bilan est très clair, et sans appel. Cette saga ne semble pas pouvoir dérailler et défonce toujours autant, et ma confiance pour la résolution promis par La Succession des Âges est absolue. Il y a là une exigence, une masse de travail et une volonté de faire au mieux qui ne saurait me faire défaut. Si je peux absolument concevoir que l’ambition de Lionel Davoust ne puisse pas faire l’unanimité, à la fois dans ses analyses et dans sa dimension narrative, je ne peux que constater ma connexion personnelle totale avec cette œuvre. Cette dernière tape trop souvent dans le mille avec une maestria qui ne cesse de me laisser bouche bée, suppliant à chaque page de réitérer l’exploit, sans jamais me décevoir. Ce constat, allié aux promesses formulées à demi-mot dans ce volume, en plus de toutes celles qui restent à résoudre des volumes précédents que je ne vois pas Lionel Davoust laisser en suspens pour toujours, me donnent une confiance absolue pour renouveler mes compliments avec encore plus de superlatifs dans 2 ans. Dire que j’ai hâte est sans doute le plus bel euphémisme que je puisse me permettre. ne serait-ce que pour retrouver Chunsène, parce qu’elle est, définitivement, indubitablement, beaucoup trop COOL.
D’ici là, il me reste au moins le temps de tenir ma promesse à moi, et de couvrir un maximum des ouvrages de cet auteur si merveilleux sur ce blog. C’est la moindre des choses que je puisse faire. Tout ce qu’il me reste à espérer, c’est qu’avec ces chroniques, je vous aurais au moins donné envie d’essayer, ou que je vous aurais motivé à continuer.
Les Dieux Sauvages est à mes yeux, actuellement, la saga de fantasy francophone la plus ambitieuse et la plus complètement extraordinaire que vous puissiez lire si elle correspond à vos attentes dans ce cadre si spécifique. Et Lionel Davoust mérite avec elle, et tout son univers d’Evanégyre, tout le succès qu’il peut en retirer. Je me répète, mais ça en vaut la peine. Il en vaut largement la peine. Peu d’auteurices savent toucher au sublime comme il le fait, avec une telle constance et une telle humanité.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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