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Impossible Planète – Episode 8

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On avait pas eu le temps de lui expliquer la procédure habituelle dans le cas où l’un·e de nous se fait chopper dans une situation aussi délicate ; à savoir silence radio et réflexion rapide avec les membres de l’équipe à proximité. Mais il a deviné très vite, ou quelqu’un lui a fait signe, je l’ai à peine entendu amorcer une parole avant qu’il se taise. Faut savoir que les comlinks sont autorisés, mais parce que leurs signaux sont facilement traçables, surtout dans un petit réseau fermé comme celui qu’on avait pris l’habitude de mettre en place entre nous lors de ce genre de sortie. En général, on ne s’en sert que pour se signaler des détails, régler des trucs légaux, ou simplement se donner rendez-vous. Comme on sait très bien qu’on peut être écouté·e·s à tout moment, on en tient compte.
Donc j’ai transmis le maximum d’infos au reste du groupe, glissées comme si de rien n’était dans la conversation que j’avais avec l’agent, puis j’ai coupé ; il n’était pas dupe, mais ça fait partie du jeu. L’idée n’était pas d’avoir une réponse, juste de prévenir, et d’espérer qu’une solution voit le jour de leur côté, même si franchement, c’était très mal barré. Le mensonge comme la vérité nous mettaient dans la même merde, Andro et moi. La vérité pouvait même être pire, puisqu’elle impliquait la firme à qui on avait volé tout ce qu’on essayait de revendre ; qui pouvait même très bien avoir du monde sur place. C’était vraiment pas la peine d’en rajouter. Alors on est resté sur la première version que j’avais sortie à l’agent, puis on l’a suivi jusqu’au poste pour y attendre en cellule de voir à quelle sauce on allait être mangés. La tête basse, franchement basse. Non seulement on était foutu, mais en plus on risquait de foutre l’existence même de l’équipage en l’air. C’était pas de notre faute, mais ça n’empêchait pas de se sentir coupable pour autant. Et salement en colère contre les circonstances aussi.
Très sincèrement, avec la férocité dont font habituellement preuve les hubs de ce genre envers les contrebandiers, j’aurais compris que la décision de Cap’ soit de décoller direct et de nous laisser derrière. Andro aussi, d’ailleurs. Ça aussi, ça fait partie du jeu. Ils étaient encore quatre, suffisamment pour prendre les deux vaisseaux avec iels et se barrer vers une autre station pour éventuellement refourguer ce qui leur restait sur les bras ou même embaucher des remplacant·e·s. Mais non. Leur premier réflexe a été de réfléchir à comment nous sortir de là, malgré la débilité d’une telle décision, sans compter la difficulté évidente que notre évasion pouvait présenter. Parce que oui, la justice, sur un hub privé, c’est comme qui dirait un peu hasbeen, voyez ? Quand un agent t’as choppé à ne pas respecter le règlement, d’abord il t’emprisonne, et après il avise. « Aviser » pouvant signifier tout un tas de choses : amendes, libérations sous cautions, conversion de la faute en dette (avec intérêts, si vous voyez ce que je veux dire), prélèvements d’organes… Que des choses joyeuses. Et totalement légales. À l’échelle du hub.
Et c’est là que j’en reviens à Burrito. Il s’avère qu’avant de bosser pour la firme, notre nouveau copain avait fait quelques mois d’intérim sur une station similaire à celle-ci, et avait de fait appris quelques petites astuces, notamment à propos des faiblesses des systèmes internes de ce genre d’endroits. Il s’est dit qu’il fallait tenter un truc pour nous sortir de là, même désespéré. On lui avait sauvé la vie, après tout, il nous devait bien ça. Son raisonnement était très simple, mais il fallait l’avoir, et savoir comment l’articuler. Qui dit pognon dit rentabilité dit automatisation. Dit IA hôtes. Et vous voyez sans doute déjà dans quelle direction il est allé.
Je savais même pas que c’était possible, je n’y aurais sans doute jamais pensé ; et de son propre aveu, c’était une idée à la con dont il doutait lui-même avant de l’expérimenter. Mais oui.
Il a lâché Hector dans le système informatique du hub. Ce salaud.
Le pire est que ça n’a même pas été compliqué à mettre en place ; toutes ses sécurités étant déjà complètement pétées, il a suffi de lui suggérer de foutre le bordel de la façon qui l’amuserait le plus sans contrevenir à ses directives cardinales. Après avoir connecté un simple câble depuis l’extérieur du vaisseau à la première borne intranet du hub venue. Sous prétexte d’une mise à jour des nouvelles de la Fédération, hop, Hector était dans la place. Autant dire que les sécurités d’une station aussi moyenne que celle-ci n’ont pas fait le poids face à la puissance de calcul d’un prototype d’IA de classe militaire, si bancale soit-elle. Sans compter son simple potentiel de nuisance, et son goût prononcé pour le chaos, alliés à son inventivité pour ce qui est d’emmerder le monde. Même sans accès aux installations et infrastructures, je crois qu’il aurait pu faire libérer la moitié des prisonniers qui se trouvaient sur la station juste en étant insupportable.
Je peux vous dire que l’intervention d’Hector sur cette station fait déjà office de légende. Cap’ m’a dit que même Tombal s’est marré, à un moment. Notez que je la crois pas du tout, mais ça veut dire ce que ça veut dire.
Notre copain a commencé par faire passer sa voix dans les hauts-parleurs réservés aux annonces officielles, c’était le plus facile et le plus efficace. Pendant environ dix minutes, il a fait se balader d’un côté de la station puis de l’autre toute une partie de la population en prétextant des proclamations publiques à un endroit, puis des happenings à un autre, en s’excusant de se tromper à chaque fois. D’après Larsen, il imitait super bien le gestionnaire nul débordé par les événements, ce qui a dû permettre que l’arnaque fonctionne ; en plus du manque d’habitude des gens de la station de se faire prendre pour des cons à une telle échelle, aussi. Et pendant que les agents se démenaient un peu partout en urgence pour tenter de gérer les mouvements de foules et le bordel annexe que ça générait, Burrito recoupait les infos que lui fournissait Hector dans le vaisseau pour nous localiser et tenter de nous faire sortir au plus tôt en profitant de la confusion. Sobre et efficace.
Le truc, c’est que même si c’était une station relativement modeste, elle faisait quand même sa taille, et Hector devait faire beaucoup de choses à la fois, entre calculs, projections de sa voix et multiplication des hypothèses, ce qui le ralentissait pas mal, mine de rien. Puissant, mais pas omnipotent, et surtout pas optimisé, et installé sur un vaisseau qui lui laissait pas toute la latitude nécessaire à mener sa mission à bien avec le maximum d’efficacité. Moi et Andro, on se doutait de rien. On attendait juste, abattu, sur le petit banc inconfortable de notre cellule, à voir défiler des agents en courant devant nous, de temps en temps. Ils ne nous accordaient même pas un regard. Pour cause, on était le cadet de leurs soucis.
Parce qu’après avoir foutu le bordel avec les gens, il s’est agit pour Hector d’en foutre encore plus avec la machinerie ; pour encore plus le foutre avec les gens, évidemment. Triplement de la pression de l’eau dans les fontaines, diffusion simultanée de vidéos… gênantes sur les écrans publicitaires, son à l’appui, clignotement des lumières, explosions d’ampoules, machines prises de folies, messages compromettants envoyés au hasard des réseaux, quelques exemples parlants : nettement moins sobre, encore plus efficace.
C’est quand on a vu deux agents commencer à se battre sous prétexte que le mec du premier s’était tapé la compagne du second après l’avoir lu sur son pad personnel qu’on s’est dit que quelque chose clochait, et qu’on avait peut-être une ouverture pour nous en sortir, même si on était très loin de nous douter qu’Hector était derrière tout ça.
Et puis d’un coup, on a entendu « Salut les pégus, ça roule ? Avouez, j’vous ai manqué. » résonner depuis l’hygiaphone de notre cellule, et on a compris ce qui se passait. C’est vrai que c’était signé, quand on y réfléchissait deux secondes. Hector n’avait pas encore réussi à pirater complètement les systèmes de sécurité de notre prison temporaire, mais il n’avait pas pu s’empêcher de se la péter. Ce qu’on ne pouvait pas lui reprocher. On y est pas encore, chronologiquement parlant, mais je peux vous assurer que le foutoir qu’il a créé en ville, c’était une œuvre d’art. La preuve que tout faire dépendre de l’informatique, même de pointe, c’est s’exposer à la vindicte d’une informatique encore plus pointue. Suffit d’une brèche. On apprendra jamais, c’est triste.
Mais Hector, malgré sa propension à surtout s’amuser, n’a pas oublié sa mission première, et a fini par trouver le moyen de déverrouiller notre cellule. On s’est pas attardé à l’intérieur. Je crois bien que personne ne s’est même rendu compte qu’on était libre. Notre fauteur de troubles adoré nous a guidé en sautant d’appareil à appareil pour nous parler, nous faisant faire un petit détour par les scellés pour récupérer nos affaires confisquées, dont nos comlinks, pour simplifier les échanges. On a évidemment profité de l’occasion pour prendre deux trois gros cartons au hasard, en se disant que si c’était là, c’était bien pour une raison. On est des pirates après tout, ç’aurait été dommage de l’oublier. Le tout sous le regard attentif de notre diablotin gardien, qui nous ouvrait les portes au fur et à mesure et nous prévenait quand un agent passait pas loin, même si on était quasiment invisible à leurs yeux étant donné le niveau de panique.
Dès qu’on a récupéré la communication avec le reste de l’équipage, la décision à prendre s’est imposée assez logiquement. On profite du chaos sur le chemin du retour vers les vaisseaux pour récupérer un max de choses utiles sans trop se laisser distraire, on embarque, et on se casse sans plus attendre. Si possible discrètement, et sans faire remarquer qu’on est indirectement responsable de tout ce bordel. Quand on est sorti du poste, on s’est rendu compte qu’on avait pas vraiment à s’inquiéter pour ça. Les autres, depuis la baie de d’amarrage, ne pouvaient pas vraiment voir, et n’avaient pas beaucoup de retours visuels possibles grâce à Hector. À vrai dire, iels n’avaient aucune idée de ce qui se passait au cœur de la station. C’était pas la première fois qu’on avait à se carapater de la sorte, mais c’était bien la première fois qu’on le faisait dans un contexte aussi… festif. Aucune raison de s’inquiéter, finalement.
Hector avait très bien fait son travail, et Burrito le guidait à la perfection, et donc nous aussi, par la même occasion, aménageant des couloirs de circulation sûrs au milieu du chaos. Il redirigeait les efforts des agents de sécurité par l’intermédiaire de notre IA imitatrice d’humains en panique, ou faisait sauter les sécurités de casinos, clubs ou points de vente divers à divers endroits de la ville en fonction de l’affluence des plus opportunistes parmi la foule excitée par l’agitation soudaine. Notre chance était de pouvoir profiter de sa méconnaissance du fonctionnement d’un hub tel que celui là, puisque toute personne bien éduquée aux arcanes des stations franches sait que le butin le plus intéressant ne se trouve que rarement là où l’y attend le plus. Et ne comptez pas sur moi pour vous donner des détails. Bande de petit·e·s malin·e·s.
Le fait est qu’entre les connaissances qu’on partage, on a pu, finalement, profiter du feu d’artifices permanent dans les venelles de la station pour récupérer un bon petit paquet de marchandises aussi chères que faciles à refourguer. Les gens couraient dans tous les sens, mais dans une espèce d’ambiance de fête, malgré le pillage et les dégâts matériels, c’était très étrange, et follement grisant. On en a même croisé qui ne bougeaient pas. En terrasse, profitant du spectacle, sans doute de passage comme nous, sans risque de perdre des investissements dans la station, ou juste gravement blasés. Ou cyniques. Allez savoir.
Je vous épargne le reste. Sachez juste qu’il n’y a eu aucune victime sérieuse, et finalement peu de dégâts. On a même eu vent d’une rumeur, bien plus tard, disant que la plupart des objets volés avaient été restitués, qu’une immense portion des participant·e·s aux pillages croyaient même que c’était une animation en lien avec la foire. On parle même de pérenniser l’événement sous une forme ludique un peu moins sauvage dans les années à venir. Quel visionnaire ce Hector, vraiment.
Mais bref. On a pu repasser par le vide-soute pour récupérer ce qui restait de nos invendus, l’équipage a même pu descendre du vaisseau pour venir nous aider ; Burrito avait tellement bien mené son coup que les trois quarts de la ville étaient concentrés à l’opposé de notre position. Sur la fin, on ne courait même plus, et Hector nous demandait nos avis sur certaines de ses idées pour prolonger la diversion. Mais très vite, ça n’a plus été nécessaire. Non seulement on avait récupéré ce qu’on avait pas pu vendre, mais en plus, on s’était fait un petit bénéfice sur ce que les gens avaient laissé tomber ou ce qu’on avait volé au passage, sans compter tous les achats de réserves effectués. Quelques jours voire une ou deux semaines en espace profond, les précautions d’usage, et on était aptes à se poser sur une autre station, comme si de rien n’était.
On s’était fait une sacrée frayeur, mais on était dans une meilleure situation à l’arrivée qu’au départ. La vraie voie des pirates.

Autant vous dire qu’après un tel coup d’éclat, Burrito a été intégré officiellement au sein de l’équipage, même si on lui a laissé la charge de faire ses preuves en tant que joker avant de réellement lui confier un rôle précis. Même si je peux vous gagner un peu de temps à ce sujet là, il est très vite devenu notre spécialiste en informatique et RH (Rapport à Hector), par défaut, plutôt que par réelle compétence ou vocation. Mais le fait est qu’il était bien plus habile que nous sur ces sujets, ne serait-ce que parce qu’il avait eu une vraie formation dessus à un moment de sa carrière.
Cette partie du voyage a duré quelque chose comme trois semaines je crois, marquée par notre euphorie de nous en être sorti·e·s sans dégâts ni réelles conséquences, et une atmosphère de camaraderie comme on en avait peu connue jusque là. Même notre IAdo était de la partie, et de bonne volonté. Incroyable.
Mais vous avez suivi ce que je vous racontais depuis le début, normalement. Vous aurez donc aisément anticipé.
Les ennuis, évidemment. Ils nous ont rattrapé alors que nous approchions enfin notre deuxième destination, sous la forme d’un vaisseau corsaire (officiel) qui nous a pris en chasse avec des intentions assez claires. Et inquiétantes, donc.

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5 comments on “Impossible Planète – Episode 8

  1. Tororo dit :

    Merci pour cet épisode festif, bien adapté aux circonstances. Bonne année à vous!

    Aimé par 2 personnes

    1. Laird Fumble dit :

      Très bonne année ! 🙂

      J'aime

  2. muriellerochebrunet dit :

    Je suis définitivement fan absolue de l’esprit frappeur et bordélisant d’Hector ! Merci pour cet esprit de Noël revisité en cette nuit de nouvel an 🙂

    Aimé par 1 personne

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