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Impossible Planète – Episode 11

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Malgré notre sous-effectif évident, notre plan de base restait sans doute la meilleure solution, n’était-ce que pour éviter de nous faire black-lister sur un hub de plus, surtout celui-là. Pauvre Larsen, il a déjà plus beaucoup de famille et pas d’ami·e·s, on allait pas en plus le priver de sa tantine.
Sans compter que cibler uniquement ces connards du Consortium pouvait aussi faire remonter notre cote dans le coin ; comme je vous ai dit, personne les aime ces abrutis. S’en défaire et les humilier devant tout le monde, c’était faire coup double au bénéfice des civils présents et de notre réputation.
Alors pendant qu’on installait notre matériel, Burrito et Hector nous donnaient tous les détails possibles qu’ils arrivaient à capter sur nos adversaires du jour. Tout peut être utile, dans ce genre de situation. On a bien conscience de la valeur du renseignement, chez les pirates ; mon pote dont je parlais tout à l’heure pourrait aussi vous raconter comment, une fois, il a dû décoller en catastrophe d’un spatiotel avec rien d’autre que son slip et un stunner parce qu’il avait trop parlé au bar la veille au soir. Un pote hein. L’alcool, c’est mal, les enfants.
Alors notre cher RH n’avait pas systématiquement le son, c’était en fonction des supports dans lesquels notre chère IAdolescente parvenait à discrètement s’infiltrer, dotés ou non d’un micro de bonne qualité ou d’une caméra suffisamment précise pour lire sur les lèvres. Oui Hector sait faire ça aussi ; sans doute parce qu’il peut faire exprès de caser des mots rigolos au milieu des phrases qu’il nous retransmet en toute mauvaise foi. « Si on peut rigoler en travaillant hein, faut pas se priver », qu’il nous dit.
Ceci étant dit, c’était rare d’avoir ce genre de chance ; après tout, on était sur un continent-usine à peine opérationnel, sur une planète commerciale en pleine terraformation. Le matos était au niveau de la paie des ouvriers, c’est à dire misérable. Mais pour une fois on pouvait bénir la tendance paranoïaque des petits chefs qui veulent un contrôle absolu sur leurs employé·e·s et foutent des moyens de surveillance partout.
Ce qui nous a permis de nous rendre compte qu’on avait plutôt bien anticipé la situation, à un détail près. À en juger par leur équipement et leur attitude, ces corsaires n’étaient pas là pour se battre ou nous tuer, mais pour nous capturer. Il y avait débauche de moyens parce que ce contrat semblait être très juteux pour eux, mais ils prenaient tout leur temps et réfléchissaient énormément à leur plan d’action.
On les voyait (enfin Hector les voyait et nous racontait tout) se préparer, multiplier les check-lists, les discussions tendues. Combinaisons défensives, aucun armement létal, et besoin de renforts pour nous localiser ; sans lesquels ils n’envisageaient simplement pas de se mettre en route. Ils avaient beau être arrogants, ils étaient prudents. Tant qu’ils n’avaient pas leur quinzaine de gros bras pour nous localiser et nous piéger, ils ne bougeraient pas. Et ça changeait tout.
Leur erreur capitale, c’était de partir du principe qu’on ne tenterait rien et qu’on allait juste tenter une défense héroïque de notre vaisseau, cloué au sol par l’impossibilité de quitter l’endroit sans nous faire exploser la tronche sitôt arrivés dans l’espace profond. C’était cohérent de leur part, ceci étant dit, on avait joué selon leur jeu jusque là, et ils ne pouvaient pas savoir qu’on avait des bombes IEM ou des Revolvarcs(TM). On était un équipage un peu minable qui avait réussi un coup d’éclat suffisant pour mériter qu’on nous mettre un ordre de capture sur le dos, et que le Consortium daigne s’en occuper. Tout à coup, on valait un peu cher. On se doutait un peu, évidemment, mais c’était pas vraiment le moment de s’interroger.
Puisqu’ils ne semblaient décidés à ne pas se méfier de nous, ils allaient avoir une grosse surprise au moment de se mettre à notre recherche. On ne se projetait plus vers une féroce lutte armée au milieu de la lande, mais vers une gigantesque partie de cache-cache.
Cap’ a pas hésité longtemps. On a laissé tomber le plan d’origine, on a tout remballé, et on a foncé vers la ville-usine. Je vais pas vous mentir, sa nouvelle idée était aussi conne que formidable, et je rigolais comme un marmot qui venait d’entendre le mot « prout » pour la première fois.
Parce que vous savez c’est quoi la différence entre un pirate et un gosse ?
Le prix des jouets.

Bon, ils étaient quand même pas complètement cons, ils avaient pris quelques précautions pour éviter de se laisser surprendre, quand même. À savoir une petite armée de drones autoporteurs à IA limitée qui patrouillaient en rond autour de la ville, mobilisant leurs caméras à 360°. Moi, j’aurais été bête : j’aurais tiré dessus au Revolvarc(TM) histoire d’en descendre deux, pour me précipiter vite fait dans la ville et me planquer à l’intérieur.
Mais Larsen, lui, il est pas bête, c’est un malin. Il a demandé à Hector de pirater les drones pour désynchroniser leur ronde et nous ménager une porte d’entrée sans alerter les gus du Consortium. Et ça a même pas pris deux minutes, nous en faisant gagner dix de plus, facile. Il a complètement gagné le droit de se tapoter la tempe avec un sourire quand on a passé le premier bâtiment.
Une ville-usine comme celle-là, on dirait un champignon de néo-béton qui a poussé au milieu de nulle part. Il y a pas vraiment de progression entre la nature autour et les constructions, c’est comme un point noir sur le paysage. Du coup, ça fait bizarre de passer d’une lande caillouteuse et chaotique à des ruelles étroites et droites, d’un univers de courbes et de terre à un autre de lignes, de segments et de métal.
Même l’odeur et l’atmosphère étaient différentes, soudainement alourdies, ça nous a un peu déstabilisé. Mais on avait pas beaucoup de temps pour agir, donc encore moins à perdre sur ce genre de considérations. On a fait abstraction de la poussière et de l’humidité, du gigantesque plafond de surplex qui surplombait l’endroit et rendait la lumière pâle, et on s’est dispersé selon les consignes de Cap’, avec l’appui d’Hector et Burrito pour nous guider dans nos comlinks.
Typiquement, avec plus de moyens, on aurait pu avoir des modèles supérieurs, avec un petit écran rétractable ou une liaison neurale, histoire de pouvoir avoir un visuel et pas seulement nous fier à leurs dires, mais la vie est cruelle parfois. Faut dire ce qui est par contre, Burrito a fait un boulot de dingue depuis le vaisseau, basculant à grande vitesse entre les discussions privées et la conversation générale, histoire de ne pas nous parasiter, mais de donner à chacun·e les informations importantes au fur et à mesure de notre progression.
Mine de rien, l’endroit était grand, mais grâce à toutes les données récoltées depuis notre arrivée dans le coin, et aussi grâce aux phénoménales capacités de calcul d’Hector, il avait à sa disposition une gigantesque carte en 3D des environs, dont les éléments se mettaient à jour au fur et à mesure de notre progression. En sachant que ses capacités étaient censées être limitées par son code incomplet et son vaisseau pas optimisé, c’était assez terrifiant de songer ce dont il aurait dû être réellement capable ; puisque il continuait en même temps à pirater tout ce qui lui tombait sous la main, presque pour le principe. Il nous a même dit quelque temps plus tard que ç’avait été l’occasion parfaite pour lui d’apprendre et de corriger quelques erreurs internes, pour améliorer ses performances.
J’avais le rôle le plus amusant, mais aussi le plus risqué. Comme je ne suis pas un gros gabarit ni un combattant aguerri, je devais profiter des diversions provoquées par l’équipe pour aller poser les bombes IEM sur leur vaisseau et les déclencher au moment opportun. Une fois que c’était fait, on se barrait en vitesse, on embarquait et on décollait vite fait bien fait en les laissant sur place.
Ça, c’était le plan. Vous vous doutez que dans les faits, ç’a été un poil plus complexe que ça.
Et malheureusement, je ne peux pas vraiment vous faire un compte-rendu des événements aussi exhaustif que j’aurais voulu ; mon parcours a été essentiellement constitué de manœuvres d’évitement et d’efforts de discrétion. J’ai louvoyé, je me suis blotti dans des coins sombres en retenant ma respiration pour éviter de me faire repérer par quiconque tant que je pouvais, aidé par Burrito, principalement, qui me signalait quand une menace se profilait au coin des bâtiments.
Et puis j’ai entendu les premières détonations de stunners, les premiers cris de douleur et de surprise, les ordres secs de Cap’ mêlés aux éructations vulgaires des gars du Consortium vexés de se faire prendre à un tel jeu et de perdre le contrôle de la situation. C’était mon signal pour accélérer. On pouvait jouer au chat et à la souris pendant un petit bout de temps dans un tel environnement, mais pas indéfiniment ; parce qu’on a une éthique de travail, malgré tout.
On aurait pu facilement tout faire péter sur notre chemin et profiter de la confusion, mais pourrir les civils, c’est trop souvent un mauvais calcul. En tant que pirates, on bénéficie d’une certaine aura auprès du public, parce que la Fédération n’a pas vraiment bonne presse, malgré tout, mais faut pas pousser non plus. Un équipage qui n’en fait qu’à sa tête se retrouve très vite dénoncé ou même capturé par d’honnêtes citoyens qui se retrouvent à payer les pots cassés un peu trop souvent. Un coup de Revolvarc(TM) dans les équipements, c’était un incendie facile et la mobilisation de tout le monde pour éviter la catastrophe, mais c’était aussi et surtout nous assurer une inimité de longue durée avec les locaux.
Et encore une fois, on pouvait pas se mettre dans cette situation, encore moins la tantine de Larsen ; il faut savoir se ménager des havre de paix un peu partout dans l’espace, ce hub était vital pour nous.
Quand j’ai entendu Andro se plaindre qu’un mauvais coup de crosse pris au détour d’une grande rue lui avait pourri un œil, j’ai vraiment accéléré, j’avais trop pris de précautions jusque là. Et très vite, je me suis retrouvé nez à nez avec un gars du Consortium qui faisait un détour pour choper un membre de l’équipage à revers un peu plus loin. Il savait pas que j’allais être là, mais malgré les éclats bovins de son regard, il a très vite réagi en signalant ma présence à ses copains, avant de se précipiter sur moi pour tenter de me tacler, style rugby originel.
Pas très malin. J’ai juste eu à faire un pas de côté au dernier moment pour lui asséner un coup de genou en plein dans le pif quand sa tête est arrivée à portée. J’ai entendu un joli craquement et un borborygme, et il s’est étalé par terre en disant des trucs pas très gentils sur ma maman. J’ai hésité à lui en remettre une histoire de lui apprendre les bonnes manières, mais c’était pas la priorité, donc j’ai juste soulevé son armure du bout des doigts pour lui glisser une décharge de stunner à même la peau. Petite odeur de brûlé et la cicatrice qui allait avec pour qu’il se rappelle de l’événement, et je suis reparti d’un pas allègre. Ça va hein, elles restent pas les marques de stunner. En règle générale.
J’avoue que j’ai un petit plaisir mesquin à régler leur compte à des gros bourrins dans ce genre là ; ils ont pas le réflexe de devoir se méfier d’un petit bonhomme comme moi, j’espère qu’ils aient toujours un doute, après, quand ils tombent sur un autre du genre. Les arts martiaux, ça aide vachement ; dans l’espace, personne ne vous entendra faire kiai.
Quand j’ai entendu une explosion quelque part derrière moi, suivi d’un interminable silence radio, j’ai commencé à salement baliser, heureusement, j’étais pas trop loin de mon objectif, et je jouis d’un certain niveau de self-control. Je ne pouvais rien pour les camarades de là où j’étais, et si je n’atteignais pas mon objectif, on était tou·te·s foutu·e·s de toute façon. Burrito m’a donné ses dernières instructions, avant de retourner prendre des nouvelles des autres pour me rassurer.
Je suis donc finalement arrivé à destination, retenant à peine un juron très vulgaire : le Consortium avait réquisitionné la zone d’atterrissage hospitalière d’urgence en plein cœur de la ville. Si, dans le laps de temps où nous nous étions affrontés, il y avait eu nécessité d’une intervention extérieure à cause d’une blessure grave, il aurait fallu aux sauveteurs trouver une autre zone pour se poser, sans doute bien trop loin pour faire leur boulot correctement. Quand je vous dis que ménager les civils c’est important.
Mais bref, je n’avais plus qu’une porte à franchir, une volée de marches, et j’y étais. Leur vaisseau, aussi clinquant que vulgaire, prenait toute la place disponible au fond de son puits gravitationnel, témoin de l’excellence de son pilote qui avait su se mettre en place à la parfaite verticale de la position usuellement réservée à des engins d’un bien plus humble gabarit. Tombal’ se serait sûrement fendu d’un généreux mais honnête hochement de tête en constatant que l’approche n’avait rien abîmée ; sans doute par forfanterie plutôt que par égards aux biens civils, mais il fallait reconnaître quand le travail était bien fait.
Par contre, le travail de garde laissait à désirer, lui. Malgré les avertissements de leur pote à nez en patate sous hormones, personne pour m’accueillir ou pour surveiller le vaisseau. Mais je suis pas naïf, je savais que je jouais de chance et d’une certaine rapidité d’exécution, je ne pouvais plus prendre mon temps ; dans la précipitation, je ne m’étais pas rendu compte que le silence radio s’était vraiment éternisé.
Je n’entendais plus personne depuis quelques longues minutes, et je ne m’en étais même pas rendu compte. J’avoue, j’ai commencé à paniquer.
Mais pro avant tout, je m’en suis tenu au plan. J’ai balancé les trois bombes dans le puits gravitationnel, à bonne distance les unes des autres, je les ai armées, et je suis reparti d’où j’étais venu, le pouce sur le détonateur, au cas où je me fasse cueillir avant d’être revenu au vaisseau ; l’équipage avant tout.
C’est en sortant du bâtiment, en activant en boucle mon comlink dans le vide, pour essayer de parler aux autres, que je me suis rendu compte que j’étais un abruti ; ce constat évident me rassurant d’autant, tout était donc normal.
Évidemment que je n’entendais plus personne, toutes les communications autour d’un puits d’atterrissage gravitationnel sont toujours brouillées, par sécurité, afin d’éviter les interférences et privilégier les canaux directs entre la tour et le pilote. Tombal m’avait prévenu d’en tenir compte, en plus. Quel imbécile je faisais.
Je me mis donc de nouveau à entendre les potes qui me demandaient un rapport tout en rigolant de faire tourner en bourrique les corsaires, complètement débordés par leurs frasques et celles d’Hector, qui s’était encore une fois décidé à faire péter un boulon à toutes les machines disponibles. Si personne ne m’avait embêté, finalement, c’est qu’ils étaient juste trop occupés.
Ravi autant que soulagé, j’ai pu signaler que ma part du boulot était terminée, et Cap’, bien qu’un peu agacée, a pu donner l’ordre de repli, signant la mise en route de la dernière partie du plan.
Les agacer encore un peu plus, et les narguer sur le chemin du retour pour faire péter les bombes à mi-chemin du retour, les mettant face à un dilemme lorsque leur IA leur signalerait sa mise en panne. Sans compter que leur vaisseau tomberait au fond du puits gravitationnel, mis lui aussi hors service. Dégâts minimum, maximum d’emmerdement, et pas trop de conséquences pour les civils, puisqu’un reboot aura sans doute suffit à remettre leurs équipements en route, et que les éventuels dégâts matériels auront été attribués au Consortium au moment de redécoller.
Des malin·e·s, je vous dit.
Et c’est pas pour trop nous lancer des fleurs (je suis allergique au pollen), mais la fin du plan s’est déroulée exactement comme prévu. On a couru, on s’est foutu de leur gueule (ce qui était foutrement cathartique), j’ai tout fait péter, ils se sont rendu compte qu’ils s’étaient fait avoir comme des couillons, ils nous ont maudit, et on est parti le cœur léger.
C’est une fois qu’on a décollé et qu’on a retrouvé l’espace profond qu’on s’est rendu compte qu’on était quand même bien dans la merde. Parce qu’Hector avait réussi à découvrir le nom du commanditaire du contrat sur notre tête.
Je vais pas vous mentir, subitement, on se la pétait déjà beaucoup moins.

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