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U-H-L #26 – Vigilance, Robert Jackson Bennett

My Dark Disquiet – Poets Of The Fall (extrait de l’album Ultraviolet)

C’est quand même foutrement cool de savoir qu’on a dans sa bibliothèque une collection sur laquelle on peut compter pour s’assurer une bonne lecture à la reprise d’un planning de consommation littéraire normal. Je sais que je me répète hein, mais les Une-Heure-Lumière sont juste, à mes yeux, si bons que ça. Et quand c’est bon, faut pas se taire, faut partager.
Depuis sa sortie, il y avait un clair consensus sur la qualité de Vigilance ; c’est en partie pourquoi je me suis décidé à enfin le lire. Mais je n’aurais pas cru qu’il fût si brillant.
Et comme d’hab’ quand c’est si bon, on ne tergiverse pas ; on fonce dans le tas.

Vigilance se pose d’emblée dans la grande tradition américaine des dystopies capitalistes ultra-violentes, j’y ai retrouvé des similitudes avec des classiques du genre comme Marathon Man, RollerBall, Death Race ou plus international, Battle Royal. Mais l’intelligence de Robert Jackson Bennett est de prendre le contre-pied du point de vue habituel, se concentrant sur les coulisses de l’organisation, la fabrication de la violence, ses rouages, ses objectifs, comme ses origines. Et ça fonctionne du tonnerre, parce que c’est clinique. Pas un seul instant pour se demander où l’auteur voudrait en venir ou si ses opinions pourraient être remises en question. Au contraire, c’est très clair, et la démonstration est, à mes yeux, sans faille.

Il est question dans cette novella, comme dans toute dystopie qui se respecte, d’exagérer les défauts de notre société actuelle, mais avec juste ce qu’il faut de cohérence globale et de réalisme pour créer une nouvelle société dont les aspects les plus malsains et toxiques se rattachent aisément d’un seul pas de côté avec ceux de la nôtre. Voir, un an seulement après sa sortie, à quel point ce texte a, de fait, par la justesse et la précision de ses analyses, une valeur prophétique, m’a absolument soufflé. Il n’y a pas une ligne de ce texte qui ne touche pas le cœur de la cible ou ne nous interroge pas avec férocité sur le regard que l’on porte au monde autour de nous ou au rapport que nous entretenons avec lui.

Alors, certes, les cibles sont relativement faciles et évidentes, surtout ici, en Europe et a fortiori en France, où la plupart des enjeux présentés pourraient nous paraître absolument étrangers ; la certitude demeure le luxe des spectateurices. Mais pour autant, les questions induites par les réflexions et les péripéties de nos personnages peuvent facilement nous amener à simplement changer le filtre de nos perceptions pour regarder notre propre situation comme un calque à peine différencié de la leur. Et si ça fonctionne aussi bien, c’est que Bennett parvient à rendre très universels des questionnements qui pourraient paraître assez spécifiques au contexte américain, encore plus à l’enjeu du contrôle des armes.
Car ces questions, si elles sont importantes, demeurent mineures en comparaison de l’enjeu le plus puissant, à savoir le contrôle de l’information, au travers des publicités ciblées, du potentiel des IA, de la sécurité informatique, de la mainmise de certain acteurs privés sur le débat public etc. Vigilance met en lumière avec une froideur parfaite, mais sans cynisme, les distractions dont nous sommes en permanence victimes, débattant sur des sujet qui n’en sont pas vraiment face à l’urgence des vrais débats dont nous nous retrouvons dépossédé·e·s, sans jamais le dire.

Brillant, je vous dis. Une synthèse absolue et quasi-parfaite des maux qui accablent notre société moderne, avec ce qu’il faut d’empathie et d’organisme pour dresser un état des lieux par anticipation aussi convaincant que frappant. Une ironie mordante s’entrelace dans la démonstration, la nourrissant autant qu’elle nourrit la narration, pour un équilibre merveilleux entre les deux.
Parfois, nul besoin de s’épancher : Vigilance est une totale réussite. Voilà.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

3 comments on “U-H-L #26 – Vigilance, Robert Jackson Bennett

  1. Yuyine dit :

    Complètement de ton avis. Brillant ce texte! Un bel uppercut.

    Aimé par 1 personne

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