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Impossible Planète – Episode 14

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On s’était donné rendez-vous dans un secteur voisin de notre objectif final pour y faire un dernier point avant de découvrir le fin mot de cette histoire de coordonnées planquées au milieu d’une étoile.
Comme on avait été très rapide de notre côté, on était un peu en avance sur la date ; on en a profité pour faire quelques petits détours. Rien de risqué hein, on est pas bête, mais aller faire des courses de bouffe ailleurs que dans des magasins à distribution automatisée, quand on en a l’occasion, c’est quand même un plaisir qui ne se refuse pas. Bon c’était pas la peine de rêver dans l’immédiat, les équipements de la cuisine du vaisseau automatisé étaient toujours aussi pourris, mais au moins j’ai pu me prendre quelques réserves pour faire de la vraie popote une fois qu’on serait réuni·e·s, et avec une station digne de ce nom. Rien de tel qu’un bon repas complet pour fêter le fait d’être de nouveau au complet ; et puis toutes les excuses sont bonnes pour s’exploser le bide.
On a opéré notre jonction discrètement, au milieu d’une ceinture d’astéroïdes de bonne densité : ce qu’il fallait d’espace pour ne pas avoir à ajuster les positions de nos vaisseaux en permanence, et suffisamment de masses en mouvement autour de nous pour nous cacher efficacement d’un éventuel scan paresseux. On était dans un coin paumé, mais des petites précautions sont toujours bienvenues, d’autant plus qu’on était certainement pas tiré d’affaire vis-à-vis de nos divers poursuivants.
Quand on a retrouvé le reste de l’équipage, on a eu pas mal de choses à se raconter, d’ailleurs, avant même de songer à passer à la suite. Faut dire qu’on était fébrile, c’était la première fois en plusieurs années qu’on était séparé si longtemps, du coup c’était un peu le bordel, on a laissé notre professionnalisme habituel de côté, j’avoue. La première chose qu’on a faite, c’est me foutre en cuisine pour nous préparer un repas de titans, bien gourmand, histoire de fêter dignement la réussite du plan et de discuter de nos aventures respectives autour de la table. J’ai fait deux desserts, pour la peine.
Mais si de notre côté ça s’était relativement bien passé, pour les autres, c’était pas la même limonade. Comme c’était plus court pour nous trois, j’ai raconté nos mésaventures chez Rex avant d’entendre ce qu’iels avaient à nous dire. Grand seigneur, j’ai fait l’impasse sur les soucis intestinaux de Burrito. Son p’tit sourire soulagé et son hochement de tête reconnaissant quand il a compris ! Trop mignon.
De leur côté, iels devaient faire deux arrêts. J’essaie de vous la faire courte parce qu’il faut que j’avance un peu ; mais iels aussi ont eu droit à leurs mésaventures. D’abord, juste un check-up de routine des systèmes dans un atelier fédéral où on avait nos habitudes et des contacts. C’était une formalité plus utile à Larsen qu’au vaisseau lui-même, pour être certain que ce dernier n’était toujours pas proprement listé dans les registres fédéraux et éviter de futures mauvaises surprises. Comme d’habitude, absolument rien à signaler du côté mécanique ; Tombal prend très grand soin de son outil de travail, au grand dam des techniciens qui n’ont rien pu trouver à facturer en réparations imaginaires.
Par contre, première emmerde, puisque les proprios avaient changé, les anciens ayant sans doute été finalement rattrapés par leurs arrangements avec d’autres que nous. Et qui disait changement de proprios disait changement de la politique d’accueil, devenue un peu moins… flexible. Il s’avérait malheureusement que notre vaisseau était effectivement de nouveau fiché dans le registre des « véhicules non-identifiés mais activement recherchés », suite à notre mésaventure sur le premier hub de notre périple. C’était pas étonnant, en soi, mais avec les anciens proprios, on aurait juste eu à trouver un deal ponctuel pour qu’il y ait simplement une petite erreur de saisie dans leurs logs ou quelque chose du genre. Avec les nouveaux, c’était un vrai souci, qui aurait dû nécessiter un pot-de-vin ou une baston bien au dessus de nos moyens pour que les techs ne tentent pas de signaler leur prise aux fédéraux pour récupérer la prime associée.
Heureusement, fort de l’expérience et de l’esprit d’initiative de son original, le clone d’Hector a commis un de ses petits méfaits désormais habituels. Il a lancé une attaque informatique sur le garage fédéral en simulant une origine extérieure, bidouillant les fichiers officiels au passage pour donner l’impression que les techs avaient seulement mal lu leur écran. C’était évidemment gros comme une comète et c’était pas du tout crédible, mais c’était trop propre dans l’exécution. Aucune vraie trace, aucune vraie preuve, et pas les moyens ni l’autorité pour retenir l’équipage sur des bases aussi faibles, d’autant qu’Hectorbis avait eu l’intelligence de ne pas prévenir Cap’ et Larsen de sa manœuvre. Leur passage de l’angoisse au soulagement était tellement naturel que les techs ont dû prendre ça pour un truc naturel ; juste ce qu’il fallait de doute pour ne pas avoir envie de s’emmerder.
Malin comme il est, Hector-le-clone en a même profité pour copier/voler tout un fichier recensant les actifs du Consortium dans le secteur, au cas où. Les informations, c’est une valeur refuge, en plus de pouvoir éventuellement nous servir plus tard. Chantage, espionnage, échanges de bon procédés, beaucoup d’excellentes options pour nous donner des marges de manœuvres à l’avenir.
Le genre d’anecdote rapide à vivre mais longue à raconter parce qu’un peu technique, vous m’excuserez ; contrairement à leur deuxième arrêt, qui lui était autrement plus agité, mais qui sera nettement plus rapide à raconter, parce que beaucoup plus simple. Et que j’étais pas là, donc c’est chaud de vous donner les détails.
Iels voulaient faire des courses dans un petit hub deux jours avant de nous rejoindre histoire de me prendre quelques produits frais, et un équipage du Consortium était malheureusement dans le coin, par pur hasard. Malheureuse coïncidence mais pas vraiment improbable, ces connards sont partout. Résultat, grosse bagarre au milieu du rayon fruits & légumes d’une supérette. Le signalement de l’équipage avait déjà dû être transmis à l’entièreté de leur flotte avec la consigne de choper à vue le moindre de nos membres, histoire d’effacer l’humiliation qu’on avait fait subir à leur copains ; question d’honneur, mais surtout d’image. Évidemment, c’est le Consortium qui a ouvert les hostilités, ce qui les a d’office mis dans les mauvaises grâces des civils présents. N’apprendrons jamais.
En gros, ils ont raté leur premier tir, les civils se sont énervés, ils leur sont tombés dessus à 20 contre trois, et ils leur ont maravé la gueule ; l’équipe n’a quasiment pas eu à intervenir. D’après Tombal c’était très rigolo. Mais il a pas pensé à récupérer la vidéo de surveillance, donc je dois juste le croire sur parole. Faudra que je demande à Hector ou Achille s’il ont moyen de la récupérer un jour.

Alors oui, Achille. Faut aussi que je vous parle d’Achille, maintenant. Quel bordel mes aïeux, je commence à me perdre. Désolé pour la confusion.
Quand on a fait la jonction, Hector a voulu mettre son super plan de fusion-acquisition avec lui-même à exécution. Sauf que ça n’a pas pas marché du tout. Parce qu’en fait, son code originel se modifiant en permanence avec l’accumulation d’expérience, nos quelques semaines de séparation ont suffi pour que leurs deux codes divergent à un tel point qu’ils deviennent incompatibles. Les deux ne pouvaient simplement pas redevenir un ; et il a fallu faire quelques ajustements.
L’IA qu’on a très vite renommée Achille, donc, parce qu’on a un peu de culture, mais surtout de l’humour, était bien moins volubile et fantasque que son frère/père, sans doute à cause de l’influence taciturne et susceptible de Tombal. On a donc décidé de le laisser dans le vaisseau principal, histoire de ménager le confort de notre cher pilote et ses habitudes de travail. Achille est un peu moins inventif qu’Hector, de fait, mais il fait toujours un travail bien plus efficace et adaptatif qu’une IA hôte classique, et sans faire chier son monde, surtout.
Du coup, chacun son vaisseau, mais avec de la place aménagée dans les espaces disques pour d’éventuelles coopérations dans le futur, des conduits de flux, des logiciels permettant de discuter entre-elles sans nous emmerder mais avec possibilité de contrôle de notre part ; tout un bordel auquel je ne comprends strictement rien, mais que Larsen et Burrito maîtrisent au poil. En tout cas bien assez pour que je puisse n’en avoir rien à foutre et juste continuer à me concentrer sur ce que je gère en profitant des bienfaits engendrés par les efforts des autres.

Donc voilà. On a fait le bilan, calmement, on a pris quelques très bons repas en s’assurant qu’on était seul dans ce petit coin de l’univers avant d’enfin nous décider à repartir vers notre destination finale, à quelques jours de là, pour enfin en avoir le cœur net. On a même pris les paris sur l’issue de l’aventure. Larsen et moi, on estimait qu’il n’y aurait rien à voir, que ce serait seulement un système solaire vide avec peut-être quelques débris dans lequel serait passé le recycleur automatisé qui avait envoyé l’artefact. Andro était plus optimiste, il pensait à une simple erreur de saisie des coordonnées de l’origine du colis reçu par Burrito et ses copains, avec une planète pas terrible mais cachant quelques secrets pittoresques.
Burrito, lui, avait juste peur que la Firme nous attende sur place, il a pas mis beaucoup dans le chapeau. Hector a parié sur une station spatiale secrète remplie d’agents spéciaux à la solde d’une civilisation xéno encore plus secrète, parce qu’il avait pas vraiment d’argent à parier alors il s’en foutait. Achille n’a pas parié parce qu’il n’en voyait honnêtement pas l’intérêt, et Tombal a pas parié parce qu’il est chiant.
Cap’, quant à elle, se contentait de jouer avec l’artefact sans trop rien dire, perdue dans ses pensées en permanence ; quand on a insisté pour lui demander sur quoi elle pariait, elle nous a fait un petit sourire en coin et nous a dit que personne ne gagnerait ce pari de toute façon.
C’était pas très rassurant, mais comme elle gardait le sourire autant que le silence, on a préféré en rester là. Elle était confiante, c’était toujours suffisant pour nous, même si être de nouveau confrontés à une culture du secret si inhabituel restait très vexant.
Et puis on est parti, et tout s’est éclairé.
Même si le coin était aux confins de la Fédération, tout près de la bordure extérieure, et donc quasiment abandonné, on a quand même fait gaffe. Plutôt que d’aller tout droit, on a progressé par détours et courbes prudentes, sous deux angles différents, à coup de scans et de vérifications visuelles, profitant de nos deux vaisseaux et de nos deux IAs, on n’était toujours pas à l’abri d’une embuscade de la Firme ou du Consortium. Mais non, rien à l’horizon immédiat, donc, on a pu s’approcher du système solaire constituant notre objectif avec une relative tranquillité.
Sauf qu’à un moment, le vaisseau principal s’est arrêté, et Cap’ nous a demandé de rappliquer dedans pour voir ce qui se passait. Ce qu’on a fait, évidemment, pour constater que l’artefact, en s’approchant des coordonnées, s’était mis à briller doucement entre les mains notre cheffe, qui souriait et trépignait d’excitation. Il y avait une émotion rare dans le cockpit. Une espèce de fascination presque religieuse, qui nous a fait taire avant même de parler.
Cap’ a fait signe à Tombal de continuer vers notre étoile, qui commençait justement à apparaître au loin (c’est bizarre, les distances, dans l’espace). Oubliant toute prudence, on s’est mis à juste foncer tout droit, pour voir ce qui allait arriver. Plus on avançait, plus l’artefact brillait, et c’était magnifique. Des lignes irisées parcouraient toute sa surface, comme des veines de mercure lumineuses, accélérant et s’intensifiant avec la distance parcourue.
Et puis finalement, on est arrivé à une distance raisonnable de nos coordonnées, toujours situées au centre de l’étoile qui nous faisait face. Mais aller plus loin aurait été s’exposer aux radiations et aux premières chaleurs solaires ; nos vaisseaux n’étaient pas équipés, et nous non plus, donc on s’est arrêté.
Mais c’était pas important, parce que Cap’, avant qu’on se décourage ou pose des questions gênantes, nous a révélé la nature de l’artefact. Croyez le ou non, mais c’était une simple télécommande.
Et croyez le bien, pour le coup, ça fait vraiment très bizarre de voir une étoile s’éteindre.

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