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Elisabeta, Rozenn Illiano

Xavier Collette, c’est de la triche. ❤

Mike Shinoda – Running From My Shadow (feat. grandson) (extrait de l’album Post Traumatic)
Linkin Park – Breaking The Habit (extrait de l’album Meteora)
Emigrate – Eat you Alive (feat. Frank a.Dellé) (extrait de l’album Silence So Long)

Les vampires, c’est pas mon truc, il faut le savoir. C’est pas tant le concept en lui-même que l’impression de sur-représentation que j’en ai depuis quelques années, et surtout selon un prisme que je trouve trop souvent inintéressant. C’est personnel, mais je n’aime pas l’idée de faire d’une créature surnaturelle se nourrissant du sang d’être humains pour sa survie une métaphore sexuelle ambulante et un prétexte à des histoires de coucheries ; je trouve qu’il y a mieux à faire avec un tel concept. À cet égard, je confesse un certain manque de curiosité et quelques préjugés forgés par une jeunesse qui a surtout vu passer des filles de mon âge se pâmer devant Edward Cullen, True Blood ou consorts, évidemment.
Alors forcément, quand il s’est agit de creuser encore un peu plus avant l’oeuvre de Rozenn Illiano au sein de son Grand Projet ; toujours dans cette optique de curiosité à laquelle je tâche de m’attacher, je me suis dit qu’Elisabeta serait un risque bien calculé à prendre. Entre le singulier talent de l’autrice, dont je n’ai plus aucune raison de douter, et un genre auquel je ne suis que très peu habitué, il y avait de la place pour une bonne surprise ou, dans le pire des cas, une belle occasion d’apprendre, même si je commençai ma lecture un petit peu à reculons.
Nulle raison de faire durer le suspense, je me suis très vite retourné pour foncer tête baissée, avec le sourire, tout droit jusqu’à la conclusion. C’est terrible, mais je vais encore devoir dire du bien de Rozenn Illiano. À être si mordu, on va finir par croire que je manque d’objectivité. Mais assez de plaisanteries douteuses, il est temps je crois de planter nos dents dans la jugulaire de cette chronique. (On a les métaphores qu’on peut, pardonnez-moi.)

Aux alentours de la fin d’année 2014, le monde est témoin d’une éclipse solaire, un événement exceptionnel en soi, qui l’est encore plus dans les rangs du Cercle, organisation occulte regroupant les vampires du monde entier, en lien étroit avec le Vatican. Car en effet, à cette occasion, Saraï, scribe immortelle, membre mineure de l’organisation, voit lui revenir les pouvoirs qui étaient censés avoir été effacés par sa hiérarchie ; tandis que Giovanna, Gemella humaine, seule source de sang autorisée de son mari immortel, est transformée de force par un mystérieux assaillant qui a envahi son domicile. Ces deux événements vont précipiter les deux jeunes femmes dans des jeux de pouvoir qui les dépassent et vont réunir leurs destins et ceux de leurs proches, initiant des bouleversements terribles au sein du Cercle, aux conséquences impensables.

Dans ma chronique de Night Travelers, j’évoquais avec émotion la qualité de démiurge de Rozenn Illiano, en quelque sorte le palier supérieur de l’écrivain·e architecte. Au delà de soigneusement planifier la rédaction de ses romans, cette autrice les fait dépendre les uns des autres au sein d’une chronologie globale et ô combien ambitieuse, faisant se croiser ses personnages et ses intrigues, tout en préservant leurs indépendances respectives au sein de leurs propres microcosmes. Un Grand Projet, pour le moins, dont tous les arcs que j’ai pu explorer pour le moment s’entremêlent habilement, avec l’intelligence de la retenue en plus du luxe de l’élégance.
Car ce qui m’impressionne le plus, je crois, dans ce Projet, c’est qu’avec un point de départ tel, je me dis qu’il aurait été facile de sombrer dans le spectaculaire clinquant, une certaine trivialité dans la démonstration, balançant dès que l’occasion se présente tous les éléments disponibles de ce si riche univers que l’autrice aurait créés. Or, il n’en est rien. Jamais elle ne se perd dans ce travers, gardant tout au niveau de ses protagonistes, nous ouvrant à chaque fois leurs fenêtres sur cet univers dont ces personnages ne connaissent finalement pas beaucoup plus que nous, à quelques rares exceptions. Malgré les implications vertigineuses d’un monde à la croisée des chemins entre fantasy urbaine et fantastique, d’une rare richesse conceptuelle, Rozenn Illiano ne perd jamais de vue ses personnages comme ses lecteurs et parvient donc à conserver un équilibre quasi-idéal entre son intrigue, un certain sense of wonder et la cohérence globale de l’ouvrage, en lui-même comme à l’égard du reste du Projet.

Commençons d’ailleurs par cet univers. Construit cette fois autour des Immortel·le·s (Iels n’aiment pas le terme « vampire », trop connoté), Rozenn Illiano commence par s’attaquer de front au mythe consacré ; ce qui a sans doute constitué sa plus décisive et rapide victoire sur mes a priori. Si nos Immortel·le·s sont bien, pour la plupart, des créatures surhumaines fascinantes de beauté et de puissance, elles ne sont pas traitées avec la distante flagornerie habituelle. Le goût du sang est plus volontiers une malédiction qu’un plaisir auquel on s’adonnerait à l’occasion pour le plaisir, et la plupart de cielles que nous suivons sont plus clairement des junkies que des bourgeois privilégiés à longues canines. Le plaisir de la découverte de ce fonctionnement inédit à mes yeux se redouble d’un système entier construit autour, d’une Histoire, d’une Culture toutes entières qui justifient tout à la fois l’intrigue dont nous sommes témoins et les réactions de cielles qui la vivent aux premières loges. Et si je dois constater que l’intrigue en elle-même demeure assez classique, dans ses intentions comme dans une bonne partie de son déroulé, souffrant de quelques rares raccourcis scénaristiques, j’ai bien trop souvent été surpris et séduit par ce qu’elle impliquait pour me considérer spolié d’une quelconque manière. Car l’essentiel est ailleurs.
Une myriade de détails viennent nourrir ladite intrigue, autant que la consistance globale de ce monde singulier dont on sent bien qu’aucun de ses nombreux aspects n’a été laissé au hasard. À chaque fois que j’ai pu m’interroger sur la pertinence d’un élément ou ce que je pensais pouvoir être une incohérence, il me suffisait de quelques lignes ou pages pour trouver ma réponse glissée au fil du récit, sans jamais paraître artificielle ou insérée de force. Même si bien entendu, certains de ces éléments peuvent bien avoir été rajoutés comme de petits pansements sur de minuscules blessures, au delà de l’effort de créer des réponses à des questions posées par un lecteur pénible comme moi, j’ai été particulièrement séduit, encore une fois par la sobriété et la clarté de leurs inclusions. Nul doute que Rozenn Illiano doit travailler très dur pour si régulièrement donner une telle impression de facilité.

À cet égard, passage obligé et évident par les personnages, réussites majeures du roman, ce qui, pour le coup, ne m’a pas surpris, trop habitué que je suis désormais à la sensibilité rare de leur autrice. On alterne plus ou moins régulièrement entre les chapitres consacrés tour à tour à Saraï et Giovanna, narrés de leurs points de vue respectifs, permettant des ellipses au gré de leur progression parallèle, nous éclairant de façon asymétrique sur les évolutions de l’intrigue comme sur les évolutions psychologiques de ces dernières ou cielles qui les entourent. Je ne m’étendrai pas plus que nécessaire sur sujet, puisque le constat est le même qu’à l’accoutumée : Rozenn Illiano jouit d’une sensibilité toute particulière qu’elle met au service de son écriture avec une acuité merveilleuse. Ses personnages ont du souffle à revendre, et si on j’aime tant à les suivre, c’est avant tout et en grande partie parce que je m’y attache comme à peu d’autres, et c’est quelque chose d’assez inexplicable.
Mais au delà de m’y attacher, j’ai pu y trouver lors de cette itération une volonté allégorique plus globale que d’habitude qui m’a quelque peu surpris, mais pas déplu, avec notamment des échos féministes et progressistes qui font toujours plaisir à lire. Au travers de la dénonciation des failles et déviances systémiques du Cercle, il est assez évident de voir la véritable cible ; de même que les défauts de certains personnages, autant antagonistes qu’allié·e·s, sont extrêmement évocateurs de travers qu’il serait de bon ton de combattre plus activement, dans nos histoires comme dans nos vies. Et s’il faut bien admettre que le tout manque parfois de subtilité, l’intention reste aussi sincère que noble et surtout, ne souffre pas non plus d’une quelconque binarité malsaine ; il y a de la nuance et de réelles réflexions menées au fil du récit, au delà des thématiques habituelles de l’autrice, dont certaines se parent même d’une agréable lueur méta.

Tant de raisons, encore une fois, pour me retrouver happé, comme à chaque fois, dans l’univers unique de ce Grand Projet, séduit toujours par ce talent si précieux qu’est celui de Rozenn Illiano ; alliant la rigueur à une élégance rare. Je demeure soufflé par la générosité d’un monstre conceptuel comme celui-ci. Elle aurait pu si aisément se perdre dans un délire mégalomaniaque, mais elle sait au contraire toujours avancer au bon rythme pour ne pas perdre ses lecteurices, les accompagnant avec une infinie bienveillance et un sens de la narration peu commun, sans jamais se vautrer dans les pièges d’un pathos dégoulinant ou de dérapages putassiers, bien trop tentants lorsqu’il s’agit des vampires. Elle préfère plutôt s’y attaquer d’une façon que je trouve originale en plus d’être logique et assez humaniste, avec ce qu’il faut d’émotions, de tensions et de malice. Sans parler de cette fin qui rebat les cartes de façon spectaculaire et sacrément alléchante, me poussant plus que jamais à continuer d’explorer cet univers unique. Je me vois encore obligé de saluer un tel sens de l’équilibre et de la dramaturgie face à un défi tel que celui que cette autrice si merveilleusement singulière s’est lancé à elle-même. Pour le moment, force est de constater qu’elle le relève avec les honneurs. Ne nous reste plus qu’à en profiter.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

2 comments on “Elisabeta, Rozenn Illiano

  1. Lullaby dit :

    Quand j’aurai lu Night Travelers (honte à moi, il dort encore dans ma PAL… j’ai un retard considérable dans mes lectures…) et Erèbe (on the way !!), je songe de plus en plus à me pencher sur Elisabeta. Ta chronique me convainc, hop, wishlist !

    Aimé par 1 personne

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