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Le Tour du Disque #BBC 1 – Le Père Porcher

C’est pas pour ma la péter, mais j’ai fait des études de Cinéma. Je ne le dis que parce que je crois que ces quelques années d’étude ont profondément influencé ma façon d’aborder toutes les œuvres auxquelles je m’attaque. Fût un temps où je croyais dur comme fer que l’Art n’avait pas grand chose d’autre à offrir que ce qu’il montrait à nos yeux ; c’est en étudiant plus en profondeur des œuvres audio-visuelles que j’ai enfin compris que rien n’était analysable qu’au premier degré. Et cela se ressent donc doublement dans ma façon d’aborder les adaptations ; parce que je crois que beaucoup de gens qui en parlent commettent trop souvent l’erreur de ne les juger que par le biais de la fidélité à l’œuvre littéraire originale, en oubliant un élément essentiel. À savoir que les deux médiums sont fondamentalement différents dans leurs façons de raconter les choses, tout simplement parce qu’on ne peut pas raconter la même scène de la même manière à l’écrit et à l’image si on veut parvenir à faire passer des sentiments ou idées similaires. À mes yeux, il est donc essentiel, lorsqu’on aborde une adaptation, de bien séparer les différents aspects qui la composent, car ladite fidélité va bien au delà de la simple retranscription.
Et les adaptations, lorsqu’on est fan de l’œuvre originale, c’est encore plus difficile à juger, forcément : on s’est fait des idées de certaines apparences, de certains décors, et plus important encore, des idées dont ladite œuvre se fait vecteur. Alors forcément, en tant que fanboy sans scrupules de Pratchett que je suis, juger une adaptation d’un de ses romans, c’est quelque chose de très compliqué. Il faut savoir mettre de côté certaines obsessions pour parvenir à une idée un tant soit peu objective de la qualité finale de ce qui nous est proposé ; trouver l’équilibre.
C’est donc dans cette optique que je me suis attelé au (re)visionnage attentif de cette adaptation par la BBC du travail de Terry Pratchett, premier téléfilm sorti en 2006 ; il s’agissait de juger sa qualité de retranscription autant que ses qualités propres, dépouillées au maximum de mes considérations plus personnelles, juste après avoir (re)lu et chroniqué le roman dans le cadre de ce Tour du Disque. Le timing me paraissait opportun. 🙂
HO HO HO.

Commençons par le commencement : à la réalisation et au scénario, un certain Vadim Jean, aidé à l’adaptation semble-t-il par Sir Pratchett lui-même, dont on nous dit dans le générique qu’il est crédité au « bidouillage » (mucked about, en VO). Je ne vais pas tourner autour du pot, j’estime que ce réalisateur a fait un excellent travail, bien soutenu en cela par les habituelles qualités de la production BBC. SI j’avais un peu peur, tout de même, que cette dernière ait pris très cher après 15 ans, pour l’immense majorité du métrage, je n’ai pas eu à me plaindre. Il faut sans doute ici saluer l’intelligence de la réalisation, précisément, d’avoir fait le choix d’une majorité d’effets pratiques plutôt que numériques, et de se résoudre à ces derniers en dernier ressort, lorsqu’un costume ou un trucage assez basique ne pouvait pas faire l’affaire. On se retrouve donc avec des décors en solide, des costumes soignés, mis en valeur par un réel et habile travail de mise en scène qui joue sur les spécificités du médium cinématographique pour retranscrire au mieux les effets littéraires du roman. Et là normalement je vous mettrais une capture d’écran ou deux pour illustrer mon propos mais je suis tellement une bille que j’ai pas réussi à faire de captures de mon DVD (et que j’ai eu la flemme de chercher plus loin que mes efforts initiaux, aussi, j’avoue) ; navré, il va falloir me croire sur parole.
Alors évidemment, certains effets ont très mal vieilli, surtout du côté numérique, avec notamment des séquences de vol à dos de cheval sur fond vert qui piquent assez fort, ou quelques morphings ; mais dans l’ensemble, il faut bien dire que pour l’époque, c’était aussi propre que ça pouvait l’être. C’est d’autant plus excusable que, comme je l’ai dit, beaucoup d’efforts intelligents ont été fournis pour éviter d’avoir recours à ces trucages numériques, et les effets pratiques, eux, ont de la gueule. Je peux citer Sort, par exemple, dont la mécanique générale est superbement bien rendue, ou La Mort, surtout, dont le costume, je trouve est aussi proche que possible de la perfection, avec beaucoup d’articulation et un jeu de mouvements qui s’accorde excellement avec le doublage qui lui est offert.

La transition parfaite pour évoquer le casting et la direction des acteurices, qui là aussi, est un motif de satisfaction général. S’il faut admettre quelques faiblesses de jeu chez certains troisièmes rôles qui n’ont pas l’air très intéressés, au niveau des premiers rôles, c’est un sans faute. Avec en première ligne Michelle Dockery dans le rôle de Suzanne, parfaite de retenue, de sang-froid et de tension contrôlée, qui m’a rappelé pourquoi l’adolescent que j’étais lors de mon premier visionnage avait été autant marqué par sa classe et la quasi-perfection de son interprétation. Juste derrière, à un rien de rien, on trouve Mark Warren en Leureduthé, assez parfait aussi dans un registre de surjeu toujours à la limite, représentant très bien la ligne de crête sur laquelle son personnage se tient, au bord d’une potentielle rupture. On retrouve ensuite La Mort donc, doublé par Ian Richardson avec un peu d’écho sépulcral, qui fait aussi un super boulot dans le genre monocorde de son personnage qui essaie d’exprimer les émotions qu’Il expérimente au fil de son aventure, avec un très bon contrepoint plus humain et organique en la personne d’Albert, incarné par David Jason. Si j’ai pu trouver initialement que ce dernier jouait son Albert de façon un peu trop détendue, la cohérence d’ensemble et le duo avec La Mort m’a assez vite convaincu que son choix était sans doute le bon, et je n’ai dès lors plus boudé mon plaisir.

Ce qui m’amène aux aspects plus techniques de cette adaptation, celles qui, habituellement, peuvent fâcher. Personnellement, je ne m’en plaindrais pas, au contraire. Ne s’adressant pas aux fans hardcore tels que moi, Vadim Jean a fait le choix de partiellement briser la continuité originelle du roman pour en boucher les ellipses et en ellipser certaines séquences ; un bon choix à mes yeux, puisque ce la lui a permis de retranscrire plus proprement certaines séquences purement littéraires en séquences bien plus visuelles. Dès lors, le fameux principe du show don’t tell était bien facile à respecter au fil du téléfilm, et cette économie de texte lui a permis de combler les inévitables lacunes des spectateurices qui n’auraient pas conscience de tous les enjeux par les dialogues additionnels à ceux du roman ou la narration initiale qui plante le décor pour cielles qui ignorent ce qu’est le Disque. L’équilibre entre la simple exposition visuelle et les dialogues d’exposition ou simplement comiques est là aussi superbement respecté, d’autant plus qu’une grande partie est reprise telle quelle depuis le roman ; ce qui, je pense, est à mettre au crédit d’une adaptation de qualité qui n’a pas eu besoin de les tordre pour les faire rentrer dans le fil de sa nouvelle continuité.

Mais de fait, cette adaptation fait le travail central que j’en attends personnellement lorsque je m’y confronte ; transmettre les mêmes choses que le roman original, mais avec une méthode différente. Et de ce point de vue là, j’ai été entièrement satisfait. Alors, certes, la retranscription d’une univers aussi barré et inhabituel que celui de Pratchett à l’écran pose de réels problèmes que Vadim Jean n’a pas pu toujours éviter, expliquant certaines coupes un peu frustrantes, ou le (sur)jeu nécessairement un peu caricatural de certains acteurs. De la même manière, un budget de téléfilm, même de 2x1h30, suppose quelques sacrifices dans quelques domaines techniques, expliquant quelques séquences qui auraient sans doute mérité d’être retournées plutôt que postsynchronisées ou bruitées de façon un peu expéditive. Mais encore une fois, l’intelligence de Vadim Jean et de ses équipes, ç’a été, je pense, de concentrer l’essentiel de leur travail sur les séquences essentielles ou quelques dialogues clés, les moments qui devaient absolument capturer l’attention de leur public ; bien faire passer le message.

Une excellente adaptation, donc, à mes yeux, sachant se concentrer sur les aspects-clés du roman de Terry Pratchett, de toute évidente faite avec une réelle passion et un amour indiscutable du travail du romancier, ayant à cœur de trahir le moins possible ses idées. Un excellent téléfilm en soi, qui plus est, une porte d’entrée tout à fait acceptable dans les Annales du Disque-Monde pour cielles qui n’auraient pas été déjà en contact avec les romans, sachant rendre mémorable bon nombre de ses séquences, notamment les dialogues les plus marquant par leur portée universaliste ; cette sagesse espiègle que j’aime tant chez Sir Terry Pratchett. C’est drôle, c’est intelligent, c’est raccord.
Pour moi, du tout bon, que je vous invite à découvrir par vous mêmes afin d’y voir tout ce dont je n’ai pas parlé pour ménager votre inévitable plaisir si son travail vous parle, à explorer selon un prisme différent.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

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