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La Rose des Carcasses, Wilhelmina Wilder

Don’t Hold Back – The Sleeping (extrait de l’album Questions and Answers)
Beware the Beast – Carpenter Brut (extrait de l’album Leather Teeth)

Ça va vraiment commencer à devenir délicat pour moi de continuer à exprimer ma gratitude envers tout ce que ce blog a pu m’apporter sans salement me répéter. Mais dans le cas présent, il faut bien dire que je m’en moque un peu, parce que pour la deuxième fois, Librinova a su me faire une délicieuse surprise en me proposant ce SP de La Rose des Carcasses, leur « coup de cœur de la rentrée ». Faisant fi de la formulation un peu facile mais voulant leur faire confiance et sautant sur une nouvelle occasion de faire un tour hors de mes sentiers battus, je m’y suis lancé sans préjugés ni réelle idée de ce à quoi m’attendre.
Comme le voudrait l’expression désormais consacrée : je n’étais pas prêt. Mais alors pas du tout.
Le résultat, c’est qu’effectivement, je comprends l’appellation « coup de cœur », puisque je le partage entièrement, et que le seul enjeu pour moi aujourd’hui va être de rendre compte avec un maximum d’acuité des raisons pour lesquelles j’ai pris un pied absolu à lire ce bouquin, et vous convaincre, éventuellement, de vous aussi vous laisser tenter.

Angleterre, XIXe siècle, Adrian Meredyth est un jeune noble, orphelin sorti de la rue par son père adoptif, qui lui a transmis sa fortune à sa mort. Adrian vit désormais du mécénat de sa pratique des arts, dans lesquels il excelle, puisqu’il a très jeune vendu son âme à Melmoth, le démon qui lui sert de majordome depuis que ce dernier l’a sauvé de la cérémonie barbare qui l’a vu émerger de l’Enfer dans les entrailles de Londres. Désormais adulte, il partage sa vie entre ses travaux et les sorties mondaines en compagnie d’Edgar de Beaumont, son dandy de meilleur ami, dans ce qui semble être une vie presque idéale.
Cet équilibre est brutalement rompu par un terrible meurtre aux circonstances singulières, qui pousse Adrian à sortir de son oisiveté pour mener l’enquête.

Je suis d’accord, ça fait beaucoup d’un coup, et je préfère prévenir, par souci d’exhaustivité et de précision, j’ai fait le choix de spoiler un peu plus loin qu’à mes habitudes le début du roman (vraiment pas beaucoup, promis). Mais croyez-moi sur parole, ce n’est que par nécessité de donner une image globale de son ambiance singulière ; cet ouvrage parvenant à un superbe équilibre entre tous les éléments de sa narration, à la fois éclatée dans ses thèmes et merveilleusement cohérente dans son déroulement. On a tout à la fois droit à un roman d’initiation, d’enquête, une comédie de mœurs, le tout mâtiné de fantastique, dans un décor victorien, avec ça et là des fulgurances de modernité absolument bienvenues ; le cocktail est aussi habile dans sa recette que maîtrisé dans son exécution. Ces fulgurances d’inclusivité (puisqu’il s’agit de ça) sont d’autant plus plaisantes qu’elles s’inscrivent exactement dans la démarche que j’expliquais dans le billet d’humeur publié juste avant d’entamer ma lecture ; et qu’elles me semblent avoir fait l’objet d’un soin particulier dans leur traitement. Faute de connaissances suffisantes sur le sujet, je ne saurais jurer que la pudeur et la délicatesse voulues et déployées par l’autrice font un travail irréprochable, étant donné l’évidente complexité, mais j’ai absolument adoré leur simple ajout au récit lui-même, ajoutant à sa richesse sans jamais paraître un prétexte, une lubie ou une addition à un éventuel cahier des charges.

Et cette richesse, c’est avant tout celle de mon point faible, qui ici nourrit à mes yeux l’intégralité du roman et le porte de bout en bout, il s’agit bien évidemment des personnages, et en particulier les rapports qu’ils entretiennent. Ces personnages sont délicieusement vivants, dotés d’un souffle merveilleux, en particulier dans leurs dialogues qui offrent souvent des perles de répartie et d’humour, ponctuant joyeusement le récit de leurs saillies, creusant autant l’intrigue que leurs personnalités respectives. Des personnalités riches et complexes, laissant une réelle part à des défauts autant qu’à des qualités dans un équilibre organique et crédible, nous faisant autant sourire des largesses d’esprit d’Adrian que des faiblesses de caractère d’Edgar ou encore des suaves ironies de Melmoth. Ces personnages sont évocateurs, épais, et attachants par leurs dynamiques croisées, on suit leur progression d’une façon naturelle et progressive, sans jamais trop y voir la volonté de l’autrice, mais plutôt sa capacité à laisser les choses se faire par la volonté propre des personnages, au fil de sa plume.

Ce qui m’amène fort justement à ladite plume. Car si j’ai pu passer sur les thèmes et les personnages avec plaisir, en insistant sur leur qualité, il faut absolument que je m’attarde un peu plus longuement sur la plume de Wilhelmina Wilder.
Si vous me suivez depuis un certain temps, vous savez que le style, c’est pas quelque chose de fondamental, à mes yeux. J’aurais même tendance à considérer que c’est souvent une arnaque conceptuelle, un critère snob, dans mes pires moments de diatribe antiélitiste. N’allez pas croire, avec une telle introduction, que je vais changer d’avis en profondeur. Non. Mais je vais vous dire ; par son talent, l’autrice du jour a sans nul doute réussi à me faire nuancer mon positionnement sur la question. Car si de manière générale, le style contre lequel j’ai tendance à m’emporter s’apparente souvent à de l’or ; lourd, mou, et, oserais-je, surcoté malgré sa banalité, celui de Wilhelmina Wilder tiendrait à mes yeux plus volontiers du mithril : léger, très solide, et éclatant.
Franchement, j’étais très étonné, en progressant dans ma lecture, de ne pas me lasser du style flamboyant, volontiers verbeux, et par moments extrêmement descriptif, utilisé par l’autrice ; surtout après avoir abandonné la lecture des Ménades la veille, en partie à cause de son style, justement. Ce qui m’a fait m’interroger, tout de même, sur la cohérence de mes goûts. Et je crois, maintenant ma lecture conclue avec joie, pouvoir affirmer que la réponse tient à la fois de l’enthousiasme contagieux de Wilhelmina Wilder et de son souci de cohérence.
Souci de cohérence, car, évidemment, le récit se déroulant au XIXe siècle, le vocabulaire usité par les personnages se doit d’être précis et daté, afin d’ajouter à l’immersion et de coller à l’ambiance générale ; de même que tout étant vu aux travers des yeux d’Adrian, esthète suprême voyant tout sous le prisme de la Beauté qu’il recherche sans interruption, la précision des matières et des couleurs est primordiale.
Et puis surtout, oui, à chaque ligne, malgré les énumérations, malgré les métaphores foisonnantes et les figures de style souvent ébouriffantes, malgré ce qui aurait dû en toute logique – ou du moins selon mes habitudes – me faire grincer des dents et dénoncer du tape-à-l’œil avec un certain dédain, je n’ai ressenti que de la joie. Rien que de la joie. Je serais prêt à parier que malgré tout le travail de recherche de vocabulaire aussi spécifique qu’obsolète (que j’ai pris un malin plaisir à régulièrement partager sur Twitter au fil de ma lecture) et d’écriture de toutes ces séquences, qui a dû être conséquent, j’ai d’abord ressenti du plaisir, de l’enthousiasme, une fièvre contagieuse émanant de la passion de son autrice pour ces petites perles de vocabulaire et de connaissance de l’époque dont elle est spécialiste. Et je n’aurais pas vraiment cru ça possible avant de lire ce roman, de même que je me suis surpris à être embarqué dans absolument tout ce qu’il racontait, là où j’aurais pu parier que ce n’était absolument pas ma came a priori. J’anticipais au mieux un bon moment, pas une telle fringale anticipatrice à chaque fois que je devais quitter le roman pour quelques temps.
J’adore pouvoir changer spontanément (même si pas totalement) d’avis quand je me rends compte que mon opinion n’est pas complète.

Alors par pur souci d’honnêteté, vraiment, il faut admettre une trame globalement classique dans ses enjeux et ses cheminements (avec quelques bonnes surprises, tout de même), quelques dialogues d’exposition qui sonnent un peu faux, surtout par cruel contraste avec le reste de ces derniers, merveilleux de délié, et peut-être quelques maladresses ça et là, comme une étrange obsession pour les « cheveux de jais » d’Adrian venant se glisser un peu partout dans la narration.
Mais vraiment, c’est parce que je veux être aussi pro que possible dans mon approche que je signale ces peccadilles ; l’essentiel est ailleurs. Notamment dans le fait que j’ai pris un pied monstrueux à dévorer ce bouquin d’une générosité et d’un enthousiasme rare à mes yeux – potentiellement le fruit d’une méconnaissance personnelle de littératures similaires, mais qu’importe – sans jamais me lasser ni risquer l’indigestion. La seule et unique fois où j’ai constaté la longueur du roman, c’était avec le plaisir de constater qu’il m’en restait encore beaucoup à lire lors d’une pause due à des circonstances extérieures ; j’ai été happé, tout simplement, dans le vortex d’un plaisir un peu nouveau pour moi. Que ce soit pour le style, les personnages, leurs échanges ou le destin qui les attendait, j’avais sans cesse envie de savoir, d’en lire toujours plus. C’est quand même un sacré luxe.

Voilà quoi. Encore une petite perle, une éclatante surprise. Alors certes, l’élément en question pèse sans doute beaucoup dans mon appréciation, tout comme il est possible que le petit miracle stylistique que je vous ai relaté puisse n’être qu’un pur coup de chance ; l’enthousiasme que j’ai ressenti pourra être ressenti tout à fait différemment par des yeux autres que les miens beaucoup plus sensibles à cet argument d’ordinaire. Plein de choses et de sentiments sont possibles, lorsqu’il s’agit de lire des livres, n’est-ce pas. Et pour citer sans le nommer un grand philosophe belge : c’est ça qu’est beau.
Toujours est-il que pour moi, La Rose des Carcasses est un roman enthousiasmant, qui sait se ménager un superbe espace singulier entre tradition, modernité et renouvellement de ses genres, sans jamais se départir d’une personnalité bien trempée et diablement attachante. J’en ai été tellement enivré que je subodore venir la gueule de bois. Avec grand plaisir ; le jeu en aura valu la chandelle. J’oserais presque dire que le sentiment que j’éprouve tiens de celui qu’on pourrait témoigner suite à l’aorésie.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

2 comments on “La Rose des Carcasses, Wilhelmina Wilder

  1. Symphonie dit :

    La présentation me fait un peu penser à Black Butler… donc wishlist, évidemment !

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Pour le peu que j’en ai vu, Black Butler, y en a, effectivement.
      Mais pas que. 😉

      Aimé par 1 personne

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