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Saga Chevauche-brumes T2 – Les Flots Sombres, Thibaud Latil-Nicolas

Blade Runner – Beast In Black (extrait de l’album Dark Connection)
Black Smoke Rising – Greta Van Fleet (extrait de l’album From the Fires)

Régulièrement, on revoit surgir dans les milieux autorisés, avec plus ou moins de mauvais esprit une question aussi vieille que la littérature : « qu’est ce qui constitue un bon roman ? ». Pour être tout à fait honnête, c’est une question qui ne m’intéresse plus trop ; pas personnellement, mais parce qu’elle cache trop souvent une volonté de simplement trouver des arguments fallacieusement objectifs permettant d’opérer des séparations entre ce qui serait littérairement légitime et le reste. Et de fait, j’opère maintenant selon une matrice de jugement complètement différente, mon prisme personnel est le seul qui compte dans mon évaluation, et il s’adapte lorsqu’il s’agit de conseiller ou de discuter de ce que j’aime ou aime moins, d’expliquer ce qui fonctionne ou non à mes yeux. J’en arrive à trouver une nouvelle appréciation dans des ouvrages qui me déplaisent, ou inversement ; l’idée c’est que ma vision me semble plus riche ainsi, et plus intéressante, pour moi et les gens avec qui je partage.
Et pourtant, parfois, il se passe quelque chose d’un peu différent. Parfois, je me laisse complètement emporter par la fièvre. Et dans ces cas-là, tous mes critères d’évaluation disparaissent, explosent en vol ; je me retrouve à devoir m’expliquer après coup pourquoi j’ai autant pris mon pied. Dans ces cas-là, je me contente d’avaler des pages en étant incapable de réfléchir au fil de ces dernières comme je le fais habituellement, seulement ponctuellement saisi par la force de ce que je lis, presque malgré moi. Je me satisfais alors de simplement constater, en me disant que la chronique fera le travail de défrichage à ma place pour mettre en lumière la source de mon enthousiasme.
Et finalement, je me dis qu’un bon roman, c’est ça, pour moi. Un ouvrage qui parvient, le temps d’une fièvre terrible, à me faire m’oublier moi-même. Et j’ai de la chance : j’en ai lu beaucoup, des comme ça, ces derniers temps. Et puisque c’est le sujet qui vous amène ici et que je parle trop, il est plus que temps de vous expliquer au mieux pourquoi Les Flots Sombres, non content de constituer une excellente suite aux Chevauche-brumes, constituent avant tout un bon très bon formidable roman.
À mes yeux en tout cas, qui sont, évidemment, les seuls qui comptent vraiment.

La Brume s’est dissipée sur le Bleu-Royaume, et avec elle les dernières faibles défenses contre les mélampyges ; les monstres déferlent sur les populations civiles, y compris en mer. Les Chevauche-brumes désormais érigés en ordre nomade, ayant fait vœu d’en débarrasser le monde, ont fort à faire. Seulement leurs exploits ne sont pas vus d’un bon œil par tout le monde, et leur seule existence provoque des tensions aussi exacerbées que malvenues entre la Régence et le Clergé. Sur les décombres encore fumant de l’ancien monde, on s’apprête à rebâtir.

Et maintenant, par où je commence. Le souci de l’excellence, c’est que c’est souvent trop évident ; ça s’explique pas, ça se vit. Et morbleu que ce roman est excellent. Alors autant attaquer par le plus simple, j’imagine, à savoir que les bases solides du premier volume sont toutes là sans la moindre exception. Honnêtement, ma chronique des Flots Sombres pourrait être une reproduction à l’identique de la précédente qu’elle n’en serait pas mensongère, omettant peut-être seulement la joie du renouvellement partiel du cadre de l’action. Entre le casting toujours impeccable, le soin apporté aux dialogues et interactions, la volonté consommée d’à la fois rester dans les clous de la fantasy classique sans y sacrifier à ses clichés les plus datés et la parfaite maîtrise du rythme, clairement, j’étais à la maison. Sauf que. Non content de récidiver dans la qualité, Thibaud Latil-Nicolas a fait le choix audacieux, partagé par mal d’auteurices de talent, de commettre un deuxième volume marginalement meilleur que le premier. Il m’avait fait tendre la joue avec la première baffe, j’ai mangé la deuxième avec délectation.

Alors je dis « marginalement », c’est pas pour faire mon difficile, c’est parce que la base était déjà assez phénoménale, c’était compliqué de vraiment en rajouter (et que je veux m’en garder de côté pour le T3, tmtc). Mais demeure que plein de choses déjà (très) très bonnes ont été magnifiées dans ce volume, et c’est là dessus, forcément, que je vais tacher de m’attarder un peu. Je crois que la force principale de l’auteur du jour, c’est d’avoir parfaitement saisi ce à quoi il était bon, et d’avoir mis le paquet là dessus. J’évoquais les personnages et leurs interactions, je vais en rajouter encore un peu. Parce que si les noms et les caractères sont nombreux, c’était un plaisir complet de retrouver tou·te·s les membres des Chevauche-brumes, comme de rencontrer de nouveaux personnages, avec des dialogues quasi-parfaits pour les faire vivre, dans les bons comme les moins bons moments.
Car à l’instar du premier volume, dans sa parfaite continuité, une immense qualité de ces Flots Sombres est son extraordinaire réalisme, dans le sens où je n’ai jamais eu à suspendre mon incrédulité. Chaque réplique tombe au bon moment pour exprimer les bonnes choses avec le bon ton et les bonnes intentions ; aucun personnage ne semble être là pour remplir une fonction à l’aune du récit lui-même, mais simplement vivre dans les pages avec organisme et complexité. Ces personnages, les piliers indestructibles de la narration, par la multiplication des points de vue – dont je suis toujours aussi friand – nous donnent à voir un monde tout entier vibrant d’oppositions et de convergences. C’est tour à tour magnifique, rageant, drôle, triste, sans jamais nier la complexité des émotions et des ambitions qui nous sont livrées ; la crasse côtoie le sublime sans jamais que l’une ou l’autre commette la faute de paraitre artificiel·le. Alors que c’est de la fiction. Et pourtant, s’expriment à travers ces pages une vérité dépouillée des moindres oripeaux, dans une sincérité nue et magnifique.

Ce roman n’est rien d’autre qu’une collection de moments de bravoure ; c’est sans doute ce qui explique mon empressement à le lire et ma passion à tenter d’en faire la promotion la plus éhontée possible. Tout simplement parce que trop régulièrement, j’ai hoché la tête avec contentement, à la lecture d’un dialogue ou d’un passage qui faisaient mouche, drôles, revendicateurs ou les deux, pour faire l’impasse dessus. Thibaud Latil-Nicolas, subtilement mais fermement, a pris des positions dans ce roman, déjà amorcées dans le T1, et je les ai profondément aimées ; tout particulièrement son traitement des personnages féminins. Car si j’ai appris à me méfier des « femmes fortes et indépendantes » qui ne se définissent que par leur rapprochement des personnalités « masculines », j’ai par contre pris goût à des caractères absolument détachées de nos visions binaires classiques, doués d’une véritable unicité. La force des femmes de ce volume, c’est bien qu’elles ne se définissent que par rapport à leur culture propre, détachée des nôtres ; c’est un sacré effort de la part d’un auteur, je crois, que de parvenir à faire vivre son monde et les valeurs qui vont avec à travers autant de sources d’altérité. Mention spéciale, évidemment, au personnage d’Ophélie comme aux Doryactes qui ont été une source continue de joie littéraire au fil de ma lecture. Elles sont des êtres humains avant d’être des femmes. Ça devrait être la base, mais je constate que ce n’est toujours pas le cas, alors il faut dire quand ça l’est, je crois que c’est important.

Tout comme il est important de signaler l’effort d’assise du Bleu-Royaume et sa cohérence complexe. Les jeux politiques amorcés qui ne pouvaient paraître que des décors ad hoc dans le premier volume se révèlent des toiles intriquées et évocatrices, autant de nouveaux terrains de jeux pour un auteur qui aime rendre ses personnages profonds et délicieusement paradoxaux. Je pense évidemment à Juxs, nouveau venu dans la danse, aussi répugnant que magnifique, capable de bonté comme de malveillance avec la même aisance, sans pour autant jamais se départir d’une réelle constance de caractère. Ce personnage illustre à la perfection une idée que j’aime beaucoup et que j’aimerais plus souvent voir en littérature, celle voulant que les bonnes intentions ne font pas les bonnes actions, et inversement. C’est bête, en soi, j’en conviens, « L’enfer est pavé de bonnes intentions ». N’empêche que je trouve ça rare. Trop souvent, les antagonistes sont trop méchamment méchants, les protagonistes sont trop gentiment gentils, et ça manque du coup cruellement de reliefs. Ici, on a des personnages profondément humains, qui font des choix motivés et logiques, partant souvent de conceptions sincères, avec la réelle volonté de bien faire, pour finalement se fourvoyer du tout au tout ou devoir souffrir des conséquences terribles de décisions difficiles en toute connaissance de cause. Montrer que l’origine du mal peut n’être qu’un aveuglement coupable mais irresponsable comme une hypocrisie inconsciente, ça manque, autant que voir que faire le bien nécessite parfois des sacrifices de vertu. Tout simplement ne pas se résigner à des conflits simplistes, intégrer que quoiqu’il arrive, c’est plus compliqué que ça.
Forcément, que ça me parle. Et pas qu’un peu.

Ouais, c’était sacrément balaise, encore une fois, que voulez vous que je vous dise. Y a tout ce qu’il faut pour moi, là dedans, c’est pas plus compliqué que ça. Entre les valeurs incarnées, les personnages, leurs dialogues, le rythme, l’intrigue, le world-building, le style, la puissance évocatrice, le miroir déformant, c’est tout simplement excellent. Voilà.
Un seul défaut, peut-être, mais vraiment pour être tatillon : clairement, ce deuxième volume nécessite d’avoir le T3 sous la main aussi tôt que possible pour avoir le fin mot de l’histoire.
Perso, j’ai pris des engagements. Donc normalement, je vous redis ça fin mai, si tout va bien. D’ici là, je mets Thibaud Latil-Nicolas dans mon mini Panthéon Personnel des auteurices de fantasy, aux côtés de Guy Gavriel Kay, Isabelle Bauthian ou Lionel Davoust. À sa charge, à ce moment là, d’y rester. Mais je suis confiant, curieusement.

Au plaisir de vous recroiser.
En attendant, que votre avenir soit rempli d’étoiles. 😉

7 comments on “Saga Chevauche-brumes T2 – Les Flots Sombres, Thibaud Latil-Nicolas

  1. L'ours inculte dit :

    Oui

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Sobre et efficace.
      Tout ce que j’aime.

      J’aime

  2. Lullaby dit :

    J’avais adoré le tome 1, il serait temps que je sorte le reste de la trilogie de ma PAL ! 😉
    (ne me juge pas, so many books so little time tout ça tout ça)

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Je ne peux que t’y encourager vigoureusement. =)
      (Je juge personne, pas mon genre. Surtout pas à ce sujet. Courage.)

      Aimé par 1 personne

  3. Yuyine dit :

    Rien à ajouter si ce n’est un petit aspect pro créatures marines qui m’a bouleversé en plus de tout le reste. C’est beaucoup trop bon quand un tome 2 dépasse les qualités d’un tome 1 excellent. Et puis ces personnages… Pfiou qu’ils me manquent!!!

    Aimé par 1 personne

    1. Laird Fumble dit :

      Je sais que je ne suis pas prêt au troisième.

      J’aime

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